‹ Berlin, la cour et la villeChapitre 17 sur 52 · Lettre de Bade, 6 novembre i · texte numérisé non relu

Lettre de Bade, 6 novembre i

plaintes à son premier manuscrit, les envoie à Charles Henry qui s'est constitué « l'ange gardien des Complaintes », et qui tente de les faire éditer par Lemerre, — en payant, cela va sans dire; — mais Laforgue trouve trop élevé le prix qu'on lui demande, d'autant plus que, cette année i884, « par suite d'etc, etc.1 », il vit sur un trimestre d'avances de son traitement. Pourtant, en juin, il se met d'accord avec Vanier, pour la publication des Complaintes*.

La santé de l'impératrice donne cette année-là d'assez vives inquiétudes à son entourage; tout l'horaire habituel en est déréglé; contrairement à ses habitudes, la souveraine est restée à Berlin jusqu'au début de mai. La chaleur survenue soudain la chasse de ce palais sans jardins de Berlin3, et la succession des villégiatures reprend, Bade, Coblentz (d'où Laforgue va passer trois jours à Cassel, admirer « 20 Bembrandt, des Hais, Bubens, van Dyck,tout un trésor »), avec une variante toutefois : sur le conseil de ses médecins, l'impératrice a accepté d'aller faire un séjour au château de Mainau, dansl'île de Mainau sur le lac de Constance, château mis à sa disposition par le grand-duc et la grande-duchesse de Bade, partis au baptême de leur petit-fils. Laforgue a perpétué le souvenir de ce séjour par l'amusant distique mis en épigraphe à l'Imitation de Notre-Dame la Lune :

Ah ! quel juillet nous avonshiverné, Per arnica silentia lunœ !

(Ile de la Mainau, lac de Constance).

Letlre de Berlin, janvier 188/4, à Ch. Henry. Elles ne devaient paraître qu'en juillet i885. Cf. l'Allemagne de M. de Bismarck, par Amédée Pigeon, p. 371

De ce château, il écrit à Gh. Henry :

(( Je suis dans une île; je mange dans de la vaisselle royale les élucubrations de deux cuisiniers français; je n'ai rien à faire, je reçois mes trois journaux par jour et je passe tâglich quatre heures sur le lac, seul, en canot (il y a même deux gondoles ici). Je rame, je rame, je vais fumer des pipes en regardant les pêcheurs jeter leurs filets, je m'amuse à poursuivre des branches qui flottent. Je me couche tôt, éreinté...

«... Au fond, je continue à mener la même vie vide. Il serait temps que je fisse autre chose. Je vous trouve heureux et complet, vous, d'être installé dans une existence. Je vais encore à l'état de colis. J'aurais pu et j'aurais dû faire en ces trois ans des économies qui me permissent de quitter cet ici, de rentrer à Paris, d'y flâner un an en attendant quelque chose. Voilà, je vis au sein de l'Inconscient : il aura soin de moi ' ».

Il restera encore deux années, menant cette même vie, suivant ces « banaux engrenages », ne cessant d'aspirer à rentrer à Paris, quelque peu découragé de voir qu'il ne parvient pas même, au milieu de ce luxe, à mettre un peu d'argent de côté, sentant toujours aussi vive en lui cette nostalgie de Paris qui, à six mois de distance, lui fait écrire :

« Je recommence mon manège : fermer les yeux, pour revoir les endroits de Paris, les magasins du Panthéon, la station d'omnibus à l'Odéon, etc. Je vais me mettre à faire de sérieuses économies pour pouvoir, toutes dettes payées, aller à Paris, sans fugue économique à Tarbes (juin i884).

« Ici, j'ai dans les yeux en ce moment les Linden, dans un joli brin de soleil d'hiver. Je songea la place

i. Lettre à Ch. Henry, île de Mainau, juillet i884.

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