Poésies (Merc. de France, éd
a. Lettres à Mme *** (Mélanges posthumes, p. 278.)
3. « Mon père (un dur par timidité) », écrit-il, dans l'Avertissement aux Fleurs de bonne volonté. « C'est un excellent père, va, bien qu'il oit trop lu J.-J. Rousseau. » (Mélanges posthumes. Lettres à sa sœur, p. 2g5). « Notre père était très bon, mais nous avons été élevés très sévèrement, victimes de son admiration pour Jean-Jacques Rousseau. C'est pour avoir lu VEmile qu'il donna ce prénom à son premier-né. Notre père lisait beaucoup. C'était un classique. Il avait grande confiance en son fils Jules dont les premiers vers, corrects et purs, lui plaisaient. Je me demande ce qu'il eût dit des Complaintes : c'est loin de Lamartine, qu'il admirait. Je ne sais si Jules a jamais su qu'il devait son nom au culle qu'avait son père pour Jules César, le guerrier pacificateur romain. Pauvre Jules! si timide, si pacifique, si peu belliqueux. » (Lettre de Mme Labat, née Marie Laforgue, 26 mars 1922.)
même et son incapacité d'intrigue n'étaient pas pour l'aider à y réussir, — non plus que certain penchant aux formes religieuses, et même mystiques, de la pensée et du sentiment où il faut peut-être voir une conséquence de cette hérédité celtique1 dont il se réclame et qui le faisait rêver de sacrifice et d'apostolat.
« Pendant cinq mois, j'ai joué à l'ascète, au petit Bouddha avec deux œufs et un verre d'eau par jour et cinq heures de bibliothèque. J'ai voulu aller pleurer sur le Saint-Sépulcre2. » Conséquences d'une nervosité naturelle exaspérée encore par un déplorable régime à une époque de croissance, et par un afflux excessif des connaissances les plus diverses.
Jules Laforgue n'avait plus alors la chaude atmosphère familiale : le père, malade, était reparti pour Tarbes avec tous ses enfants, sauf l'aîné (qui faisait son service) et Jules réduit à des appointements de i5o francs par mois comme secrétaire de Charles Ephrussi.
L'on trouve un reflet direct et touchant de sa vie d'alors dans la première des Lettres àsa sœur3. Sa sœur Marie, qui était a peu près de son âge, concentrait sur elle la plus grande part des affections familiales de Laforgue; même du vivant de son père, elle représentait vraiment, dans le fond de son cœur, sa famille : c'est surtout à elle qu'il pense après la mort du père, c'est son bonheur qu'il envisage quand il part pour l'Allemagne ; c'est surtout à cause d'elle que tous les
i. J'eutends une inclination aux études religieuses ou aux aspects religieux, tels d'autres bretons : Chateaubriand, Renan, Villiers, Hello et même Leconte de Lisle.
2. Lettres à Mme *** (Mélanges posthumes, p. 379); cf. aussi le fragment intitulé Mes livres au début de Mélanges posthumes, p. 7, 8 et 9.