‹ Berlin, la cour et la villeChapitre 5 sur 52 · Mélanges posthumes, p. 2S7 et sqq · texte numérisé non relu

Mélanges posthumes, p. 2S7 et sqq

ans, une fois lecteur de l'impératrice, il fera en septembre le voyage de Tarbes. Il faut lire cette lettre de septembre 1881 , écrite peu après que sa sœur est partie de Paris, départ qui a fait plus pénible l'isolement de Laforgue :

u Gomme ta lettre est triste, ma pauvre petite Marie ; mais il faut de temps en temps de ces séparations, de ces tristesses, pour entretenir la douceur d'enfance de son cœur. Tu ne crois pas, tu me trouves cruel peut-être... »

Sur deux cents francs qu'il vient de toucher et sur lesquels il lui a fallu s'acheter un costume pour quatre-vingts francs, il en prête quarante à un ami et veut en envoyer vingt à sa sœur, s'il est sûr qu'elle peut les recevoir : il avoue ensuite — qui s'en étonnerait ? — :

<( ... Je me suis nourri très irrégulièrement, tantôt avec un franc par jour, tantôt douze sous. Une fois j'ai voulu, après bien des hésitations, entrer dans un petit restaurant à un franc. Je suis sorti de là les joues en feu, la tête lourde ; si tu savais ce que c'est que cette nourriture bon marché, dont la cuisson est bâclée à la diable ! et que de poivre ! Au moins à la maison, j'avais des bols de café au lait, d'énormes assiettes de ragoût, etc., si je n'avais que cela, et c'était sagement cuit1. »

Et pourtant, il ne voudrait pas retourner à la maison : il s'ennuie ou plutôt il porte avec lui ce qu'il appellera plus tard « mes petits accès de nausée universelle ». Il se sent souvent seul et privé de tendresse, mais il peut du moins dévorer avec avidité des livres et des livres, méditer, rêver, aller au Louvre :

Page 1