‹ Berlin, la cour et la villeChapitre 6 sur 52 · Mélanges poslliumes, pp. 289 et · texte numérisé non relu

Mélanges poslliumes, pp. 289 et

« Comme tu dois t'ennuyer, ma pauvre Marie! écritil dans la même lettre. Au moins moi, je passe des après-midi d'oubli à la Bibliothèque. » Oubli de tout ce qui lui manque, famille, amour, argent, l'argent qui s'en va à manger, comme il dit. Il se revanche de la vie sur les livres : poèmes, histoire, philosophie, théologie, critique d'art, biographies, ouvrages techniques, rien ne le rebute et tout le tente1; il en sort pour flâner un peu au long des quais, s'imprégner de ces paysages parisiens qu'il aime comme Baudelaire et Verlaine les ont aimés, eux aussi :

Bon Breton né sous les tropiques, chaque soir J'allais le long d'un quai bien nommé mon revoir*...

A l'époque (septembre 1881) où il écrit à sa sœur la lettre dont on vient de citer un passage, la vocation littéraire de Laforgue ne fait plus aucun doute pour lui-même, mais il n'a encore publié que trois petits morceaux dans la Vie Moderne, la revue de Charpentier que dirige Emile Bergerat, et une ballade, assez banvillesque et d'ailleurs charmante, dans un journal de modes3 ; le profit qu'il en peut tirer est des plus minces : on lui a donné vingt francs à la Vie Moderne ; au journal de modes, on lui en a promis vingt-cinq, mais il est vrai qu'on oubliera de les lui

Page 1