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Elles ne parurent qu’en 1830, après la publication du

LA VIE (1830) an

concert dans la salle du Conservatoire (le

er

1” novembre 1829, sous la direction d’Habe-

neck). Le jeune musicien est longuement acclamé par le public: et par l'orchestre. Le voilà désormais célèbre, en dépit de l’Institut. Les cénacles romantiques qu’il fréquente ne tarderont pas à le proclamer « chef d’école ».

N'est-il pas alors le seul musicien français capable de donner une voix aux ardeurs tumultueuses de 1830?

1830, l’année romantique. Atmosphère d’orage dans la politique et dans l’art : la première d’'Hernant, les escarmouches entre philistins et artistes, la Révolution de Juillet, la Symphonie fantastique.

Depuis plusieurs mois déjà Berlioz avait l'intention d'écrire une œuvre orchestrale de vastes dimensions’. Il projette de la faire entendre avant le concours de Rome. Dès le milieu d’avril, il a fini de l’écrire. Mais cette œuvre, où il voulait exprimer toute sa vie sentimentale et surtoul son amour pour Henriette, est fortement modi-

fiée, en cours de composition, par un brusque

Ballet des Ombres, chœur avec accompagnement de piano, aussitôt détruit qu imprimé.

1. La gloire du théâtre, qu’il ambitionnait par-dessus tout, Jui était refusée : il échoue dans ses tentatives auprès de l'Opéra pour faire représenterles Francs-luges etpour obtenir la commande d’une Atala.

revirement qui se produit alors dans le cœur de L impétueux romantique. |

« Elle n’est qu’une courtisane », écrit Berlioz le 16 avril à son ami Ferrand. Que s’était-il donc passé? Le succès de lactrice anglaise n'avait duré qu’un temps. Revenue à Paris après une tournée en Hollande et en Angleterre, elle avait dù accepter les rôles muets, les rôles de « marcheuse », à l'Opéra-Comique. Quelle déchéance pour la pauvre Ophélie! Berlioz dégrisé croit avoir la preuve qu’elle est désormais indigne de son amour. Aussi! la Symphonie fantastique, commencée dans la rêverie passionnée et dans ia tendresse, s’achève dans l'horrible et Le « satanique » (Marche au supplice, Songe d'une nuit le Sabbat).

Le concert devait avoir lieu le 30 mai. Dès le 2x, le Figaro, alors à ses débuts, publie in extenso l'extraordinaire « programme » de la symphonie. Berlioz se promet un succès de scandale; car, à l'entendre, tant de gens savent son histoire! Et il espère bien que « la malheureuse » viendra à son concert. Mais à la dernière heure, divers empêchements (insuffisance des répétitions, manque de matériel, autres spectacles annoncés pour le même jour) obligent Berlioz à renvoyer à l'hiver cette sensationnelle première audition.

Ces quelques mois d'attente [ui paraitront bien

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courts. Ils seront assez remplis d'événements pour occuper sa fièvre de vie intense.

D'abord un nouvel amour, qu’il appelle dans ses Mémoires « distraction violente », mais qui fut en réalité tout autre chose qu’une distraction. Les lettres à Ferrand nous montrent Berlioz

réellement épris. « Tout ce que l’amour à de

plus tendre et de plus délicat, je l’ai. Ma ravissante sylphide, mon Ariel, ma vie... » Son Ariel, c'était la gracieuse et toute fine Camille Moke, ji ; professeur de piano à l’/nstitut Orthopédique, où: Berlioz enseignaitlui-mème la guitare. Au printemps de 1830, elle était encore « l’ange » du pianiste Ferdinand Hiller. Celui-ci, assez naïf pour prendre Hectorcomme «postillon d'amour», ne tarda pas à être évincé‘. Berlioz sut plaire, et fut conquis par les dix-neuf ans de Camille, par ses grands yeux bleus et par ses grâces capricieuses, par son talent de pianiste habile à faire parler Beethoven ou Weber. Il l'aurait épousée tout de suite sans les résistances de M”° Moke, indulgente aux amourettes, mais rêvant pour sa fille un mariage confortable.

Pourtant, 1l ne désespère pas : le prestige du prix de Rome et la gloire des grands concerts peuvent changer bien des choses. Le 15 juillet il

x. Voir dans le Xünstlerleben de Hiller le récit de cette aventure ; cité par M. Prod’homme (Hector Berlioz, 87-88).

entre pour la quatrième fois en loge à l’Institut et se mesure consciencieusement avec Sardanapale, le nouveau sujet de cantate proposé à son inspiration. Il estencore enfermé quand la Révolution éclate. Ses trois dernières journées de travail (27, 28 et 29 juillet) sont précisément les Trois Glorieuses. En achevant sa scène lyrique, il entend l’émeute qui gronde au dehors, les fusillades du Louvre et le choc des balles contre les murs de l’Institut. Le 29 au soir, il peut enfin sortir : pris d’un accès d’héroïsme, il demande des armes, obtient deux grands pistolets d’arçon ét parcourt ainsi les rues de Paris pour tâcher de se battre dans les rangs du peuple. Mais ilest trop tard; tout est fini, et les terribles pistolets restent sans emploi.

Cette fois Berlioz obtient le grand prix de Rome (1 août). Enfin! l’Institut est « vaincu ». Hi la famille est convaincue : le docteur, si dur uaguère, félicite et remercie Lesueur d’avoir conduit Hector « sur le seuil du temple de la Gloire et de la Fortune ». On commence à accepter, à la Côte-Saint-André, l’idée du mariage avec le « gracieux Ariel », bien que le consentement de M*° Moke se fasse encore attendre.

Hector est plus épris que jamais. Sans doute, iln'a pas oublié Henriette Smithson, « cette mal-

heureuse fille Smithson ». comme il l’appelle

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LA VIE (1830). Faber d

dans ses lettres à Ferrand. Il souffre encore quand il la rencontre. Mais la coquette Camille, avec deux mots souriants et railleurs, a vite fait de le reprendre.

Berlioz espère bien qu'une manifestation éclatante de son génie musical finira par décider M°° Moke*. La cantate de Sardanapale est exécutée à la distribution des prix de l'Institut, le 3o octobre, corsée d’un tonitruant finale qui représente l'incendie et l’écroulement du palais. Ce cataclysme musical obtient à la répétition « un succès épouvantable ». Mais, le jour du concert, cette « chose immense, neuve », si impatiemment attendue par le public, manque son effet par la faute d’un cor qui ne part pas. « Fureur à en mourir!...»

Une autre œuvre, qui lui tenait encore plus à cœur n'eut guère plus de chance. Pour Camille, dont la grâce élancée lui rappelait l’Ariel de Shakespeare, Berlioz avait écritune sorte de fantaisie sur le drame de {a Tempête, « ouverture gigantesque et d’un genre entièrement nouveau pour

orchestre, chœur, deux pianos à quatre mains et

1. Il avait déjà participé au mouvement de musique nationale qui suivit la Révolution de Juillet en arrangeant la Marseillaise pour chœur et orchestre. Et huit jours avant la distribution des prix de Rome, il avait publié dans le Correspondant un article intitulé : De la musique classique et de la musique romantique.

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ue NT BAR OI O 7 harmonica »:. Cette nouveauté, annoncée dans les journaux par un curieux « programme », fut donnée le 7 novembre, à l'Opéra, dans un concert au bénéfice de la caisse des pensions du théâtre. Malheureusement, ce jour-là, une tempête véritable s’abattit sur Paris, et la salle resta presque vide.

La Symphonie fantastique devait dédommager Berlioz de tous ces déboires. L'exécution si longtemps différée eut enfin lieu le 5 décembre après-midi, dans la salle du Conservatoire, «au profit des victimes de Juillet” ». D’autres œuvres de Berlioz, l’Ouverture des Francs-Juges, l’'Hymne et Chœur guerrier (des Mélodies Irlandaises) et la scène de Sardanapale figuraient au programme. Ce fut un grand événement romantique. Par des salves d’applaudissements, par des trépignements d'enthousiasme, un nombreux public d'amateurs, d'artistes et de curieux, le Tout-Paris cultivé de 1830, salua cette œuvre ; couleur du temps.

Devant cet étourdissant succès, Camille ét sa mère sont «consternées d’admiration ». M”° Moke

cède enfin et consent à fiancer sa fille avec Ber-

1. Lettres intimes, « octobre 1830 » (à Ferrand). Cette œuvre fut ensuite incorporée au mélologue de Lélio.

2. Le même jour, en soirée, l'Opéra donnait une représentation extraordinaire au bénéfice d’'Henriette Smithson.

LA VIE (1831) renal

lioz, à condition qu'il ira d’abord un an à Rome, pour ne pas perdre sa pension. Le mariage doit se faire dans quinze mois, pour Pâques 1832.

Hector, à demicontent, essaye en vain de se faire dispenser du séjour en Italie. Il quitte enfin Paris à la dernière limite, le 29 décembre 1830, maudissant « le despotisme de routine » qui

l'exile de France et l’arrache à ses amours.

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