‹ Berlioz 1923Chapitre 9 sur 91 · Mémoires, I · texte numérisé non relu

Mémoires, I

2. Exécutée de nouveau à Saint-Eustache, sous sa direction, en novembre 1827.

LA VIE (1828) a1

veriure des Francs-Juges, et la Révolution . Grecque. Peu de monde, mais grand succès :

Vouverture des Francs-Juges produit « un effet de stupeur et d’épouvante ». Après le Resurrexit, l'orchestre et les chœurs acclament Berlioz, qui pleure d’émotion, « étendu sur des timbales * ».

Éperonné par cette victoire, Berlioz aborde avec plus d'assurance, sinon avec moins de dégoût, l'épreuve scolaire du prix de Rome. Il enire en loge au mois de juillet 1828, bien décidé à donner à ces « podagres » un petit morceau « bourgeois » qu’il échirera aussitôt le prix obtenu. Mais! sa cantate d’Aerminie ne lui vaut que le second prix,\et seulement au deuxième tour de scrutin, grâce aux suffrages des membres de l’Institut non musiciens.

Toutefois, rentré à la Côte au début de sep- tembre, Hector put constater que cette demi-

couronne officielle avait impressionné favorablement sa famille. On tâche d'oublier Les tiraillements passés. Tout le monde fête Le lauréat. Mais le lauréat a bien d’autres idées en

tête : il est possédé par une « rage de génie »

1. Lettre à Humbert Ferrand, 6 juin 1828. Ce concert fut vraiment la première révélation de Berlioz. Dans son compte rendu, le sévère Fétis, malgré quelques reproches de « bizar-

rerie » etd’« exagération », déclare que Berlioz «a du génie ».

que sa famille ne peut comprendre; il vit avec Shakespeare et avec Gœthe, « les muets confidents de mes souvenirs, les explicateurs de ma vie » (lettre à Ferrand). Il commence à mettre en musique quelques fragments de Faust, notamment la Ballade du roi de Thulé, composée pendant une promenade en voiture dans les environs de Grenoble.

De retour à Paris au début d’octobre, il mène une vie fiévreuse et multiple : création musicale et bouillonnement d'œuvres nouvelles; efforts patients, démarches habiles pour se faire sa place dans le monde parisien ; amour exalté, frénétique pour l’inoubliable Ophélie. Hélas! Harriet Smithson n’a même pas entendu parler du concert «.colossal » destiné à l’éblouir: elle poursuit son existence nomade d’actrice, souvent absente de Paris, au grand désespoir de Berlioz. Elle y reste pourtant quelques semaines au commencement de 1829, entre un voyage à Bordeaux et une tournée en Hollande. N’osantsefaire présenter, Berlioz lui écrit des lettres folles, qu’elle refuse bientôt de lire. Il essaie de faire

“exécuter l'ouverture de Waverley dans une

représentation de charité où Miss Smithson doit . jouer deux actes de Roméo. Vains efforts. Elle quitte Paris le 3 mars, laissant Berlioz désolé,

« dégoûté de vivre », en proie à « mille tortures ».

LA VIE (1829) nu Le 23

Au milieu de ces tortures, il s'occupe activement de la publication des Huit scènes de Faust, qu'il dédie au Surintendant des Beaux-Arts.

Aussitôt la partition gravée, Berlioz en envoya un exemplaire à Gœthe avec une belle lettre, dont Eckermann vante « le ton élevé, des plus respectueux ». Le patriarche de Weimar, peu capable d’apprécier la musique à la lecture, voulut avoir le sentiment de son ami le musicien Zelter et lui adressa l'ouvrage à Berlin. Au bout de deux mois, Zelter répondit enfin par une lettre violente où il marquait tout son mépris pour cette œuvre faite d’ « éternuements », de « croassements », d’ « expectorations »; pour cette « excroissance, résidu d’avortement produit par un hideux inceste ». On comprend que Gæthe, ainsi renseigné, n'ait jamais répondu à Berlioz.

Heureusement la publication des Huit scènes de Faust rencontra à Paris un accueil beaucoup plus bienveillant. La Revue musicale de Fétis y consacra un article élogieux, concluant que « celte partition de Faust, originale jusqu’à la bizarrerie, est l'ouvrage d’un homme plein de

talent et de facilité ». Berlioz commence déjà à

1. Ces huit chants détachés, dont les vers sont empruntés à la traduction de Gérard de Nerval, trouveront dix-sept ans plus tard leur place définitive dans la Damnation de Faust.

se faire un nom parmi les musiciens. Mais il ne

renonce pas à la critique : en même temps que les {uit scènes, il publie dans le Correspondant, revue de propagande catholique, des Consideérations sur la Musique religieuse; peu après, il rédige une Notice biographique sur Beethoven, fort audacieuse pour l’époque, et qu'il juge prudent de ne faire paraître qu'après le concours de Rome. |

Juillet arrive et Berlioz entre en loge. Cette fois, c'est Cléopätre dont il s’agit de peindre le désespoir et la mort en une cantate académique. Le candidat Jeune-France, un peu trop confiant dans le succès final, se laisse aller à traiter le sujet avec toute son ardeur de romantique amoureux. Sa musique paraît trop « volcanique » à Boïeldieu et aux’ autres « vieux podagres », si bien que l’Institut décide qu’il n’y a pas lieu de décerner cette année-là le premier prix’. Rage. Tout est à recommencer. Et encore un an à attendre ! (

Mais, à côté des pensums du concours de Rome, il y a la libre production et les concerts à grand orchestre. Berlioz achève d’écrire ses

Mélodies Irlandaises” et organise un nouveau

1. [l faut lire dans les Mémoires (I, 142) l’amusant dialogue, sans doute un peu chargé, où Berlioz rapporte son entretien avec Boïeldieu.

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