Lettres intimes, 30 août
>, Ibid. Il avait déjà son passeport tout prèt,... et même une aimable compagne de voyage, « une jeune fille de dixhuit ans, charmante et exaltée, qui s’était enfuie de chez un misérable qui l’avait achetée enfant... Si elle m'aime, jetordrai mon cœur pour en exprimer un reste d'amour »,
riette loger dans Le petit hôtel de la rue Saint- Marc. Pour essayer de se tirer d’embarras, il organise, avec le concours d'artistes dévoués, un bénéfice Berlioz-Smithson, soirée moitié litté+ raire et moitié musicale. Hélas! ce fut un fiasco complet. Ophélie ne plait plus au public. Berlioz, qui a voulu pour la première fois diriger orchestre, s’éembrouille dans sa partition de Sardanapale ei met en fuite une partie des auditeurs; lesmuüsicienseux-mêmes,alléscuant l'heure tardive, l’'abandonnent aussi; on réclame en vain la Symphonie fantastique, qui ne peut être exécutée ; ét le pauvre Berlioz doit se tourner vers la salle, en suppliant: « Messieurs, ayez pitié de moi... » (24 novembre 1835).
Mais il ne se laisse pas abattre. Moins d’un mois après, il donne un « concert de réhabilitation », conduitcetté fois par le chef d'orchestre Girard. Le succès est complet. Le public applau-. dit fort la Fantastique, le Roi Lear, et deux romances nouvelles de Berlioz.
Cependant, ilfallait vivre. Le «bénéfice » n'avait guère produit plus de deux mille francs, vite engloutis par les créanciers. Au milieu de janvier 1834, Berlioz réussit à obtenir un nouveau séméstre de pension, en promettant de partir bientôt pour l’Allemagne. Et il reste à Paris. Il fait La chronique des concerts dans le Rénovateur,
LA VIE (1834) 4 collabore à la Gazette musicale, que lançait à ce moment l'éditeur Schlesinger. Il peut alors quitter Fhôtel meublé et louer dans le village de Montmartre une petite maison avec jardin, où Henrietté, enceinte et souffrante, attendra com-
modément sa délivrance.
Cherchons loin du bruit de la ville Pour le bonheur un pur asile.
Viens aux champs couler d'heureux jours!
A la veille de partir pour Montmartre, Berlioz publiait, dans la revue la Romance, une mélodie sur ces vers de Béranger (Les Champs). Ce furent vraiment des jours de bonheur. Avril dans le jardin, l’agrément de la maisonnette après les longs séjours à l'hôtel, l'amour, plus tendre d’être fécond, dissipent les soucis et les peines. Parfois quelques amis sont invités dans lermitage de Montmartre : d’Ortigue, Gounet, Jules Janin, Eugène Sue, Legouvé, Alfred de Vigny. Liszt, Chopin (le « cher Chopinetto »), tels sont les hôtes habituels du jeune ménage. On cause sur l'art, sur Îles artistes, sur les incidents de la vie parisienne et l’on commenté déjà l’œuvre nouvelle que Berlioz est en train d’écire. |
Cette œuvre, c'est Harold en Italie, «sympho-
nie avec alto principal », que Berlioz destine à
Paganini'. Déjà fort avancée dès le milieu de mars, elle fut terminée à Montmartre le 22 juin ; 1834, comme l'indique la dernière page du manuscrit, et d’ailleurs souvent retouchée par la suite. La première audition eut lieu le 23 novembre, devantun publicélégant etsympathique. A défaut de Paganini, c’est le violoniste Urhan, tout dévoué à Berlioz, qui joua la partie d’alto principal. Grand succès, suivi d'articles enthousiastes. Succès éphémère, dû surtout aux amis « berliozistes », comme on les appelait déjà. Berlioz le comprit bien, lors de la deuxième audition (14 décembre), en voyant la salle presque vide. Ces deux concerts ne lui avaient rien rapporté. Le zèle de ses amis, le dévouement de
l'orchestre, qui prêta son concours gratuit, assu-
rèrent par bonheur près de deux mille francs
de recette à une troisième audition (28 décembre). … A l’échéancedejuillet 1834, le ministère n'avait
pas eu la cruauté de refuser le second semestre
de pension ou d’exiger le fameux séjour en
Allemagne juste au moment où le lauréat rebelle allait être père. Le 14 août 1834, Henriette mit au monde un garcon qui recut le nom de Louis. La | petite famille, avec la nourrice, vint s'installer à
Paris en octobre, et cette fois dans un véritable