‹ Berlioz 1923Chapitre 17 sur 91 · Voir Boschot, IT, 217 et · texte numérisé non relu

Voir Boschot, IT, 217 et

appartement, non meublé, au 34 de la rue de Londres. Pour cette installation, Berlioz est obligé d'emprunter. L'ancienne actrice, qui ne voulait pas abandonner le théâtre, avait un engagement au Théäire Nautique : c'était là une nouvelle source possible de revenus. Malheureusement, ses débuts furent un désastre (22 novembre), et, trois semaines après, le Théätre Nautique dut fermer ses portes”.

En janvier 1835 la question de la pension se pose pour la dernière fois. Décidément Berlioz échappera au séjour en Allemagne. Après un mois de retard, le ministère consent à payer . le premier semestre, et le second suivra sans trop de difficultés. En même temps (25 janvier) Berlioz débutait au Journal des Débats, le plus important quotidien d’alors, comme chroniqueur pour les concerts. Sa situation matérielle se trouve ainsi notablement améliorée. De plus, son feuilleton lui donne « une position armée » qui peut le rendre redoutable parmi les musi- CIens.

Chroniques aux Débals, chroniques au Rénovateur, chroniques à la Gazette Musicale. Pendant ces premiers mois de 1835, Berlioz est

1. Deux ans plus tard (décembre 1836), elle voulut encore jouer son rôle d'Ophélie dans une soirée des Variétés. L’échec fut affligeant. Désormais elle ne reparut plus sur la scène.

Dh ne VO An Ÿ LRU

Un | BERLIOZ nn

Cr”.

| vraiment, selon sa propre expression, un « manouvrier de la presse DAT accepte même, à ce moment, de collaborer à la collection l’Zéalie pittoresque, où il publie, en trois livraisons, son Voyage musical’. Quel temps reste-t-il pour composer ? De la Fête musicale funèbre, « un immense ouvrage » qu'il projette et qui doit comprendre « sept morceaux », Berlioz ne peut en. écrire que deux, composés à Montmartre, pendant le répit de l'été’. Comment fera-t-il pour mettre sur pied le grand opéra dont il rêve depuis si longtemps?

Berlioz faisait alors, avec une ténacité inlassable, le siège de l'Opéra de Paris. Après avoir un instant songé à un /amilet, ils’était arrêtéau sujet de Benvenuto Cellini, que lui avaient inspiré les mémoires du sculpteur florentin, récemment traduits en français. En août 1834 le livret fut refusé. Mais Berlioz ne se décourage pas. Il entreprend, avec l’aide de ses amis journalistes, une habile campagne de presse : on met en lumière les qualités dramatiques de ses compositions, on demande ce qu’attend l’Académie de Musique

1. En utilisant d’ailleurs divers fragments déjà publiés dans des revues. Ce texte, plusieurs fois arrangé et modifié par Berlioz, passera ensuite dans les Mémoires.

2. L'un d’eux, le Cinq Maiou Chant sur la mort de Napoléon, fut exécuté en automne (22 nov. 1835) à un concert du Conservatoire.

pour lui ouvrir ses portes, on prend même à partie le directeur 'Véron. Celui-ci se défend en faisant parodier Berlioz au bal masqué de l'Opéra (janvier 1835), où le musicien Arnal, déguisé en Père la Joie, dirige un Episode de la vie d’un joueur, charge grotesque de l’Episode de la vie d'un artiste. Berlioz affecta d’en rire, mais au fond il trouva la plaisanterie mauvaise.

Les concerts, qui provoquent ou justifient les articles des amis, forment naturellement une partie essentielle du plan de bataille qui doitlui assurer la conquête de l'Opéra. Berlioz ne les appelait-il pas des « hostilités » ? Après les trois : auditions de Æarold à la fin de 1834, ilavaitintercalé la Marche des pèlerins dans un concert donné par Liszt à l'Hôtel de ville (avril 1835) ; à ce même concert, le « Paganini du piano », comme l’appelle d'Ortigue, joua avec lPorchestre sa Grande Fantaisie symphonique sur deux thèmes du Mélologue. Peu après, Berlioz fait exécuter dans la salle du Conservatoire tout l’Episode de la vie d'un artiste (3 mai). En même temps, il s’intéresse à une nouvelle entreprise de concerts, d’ailleurs éphémère, le Gymnase musical, qui donne en juin deux concerts de ses œuvres !.

Au mois d'août, grand événement : L’admi-

1. Cette société, que Berlioz espérait voir grandir, dut se dissoudre dès le début de 1856. ï

b2 BERLIOZ

nisiration de l'Opéra estmodifiée. Berliozrevient à la charge avec le livret de Benvenuto. Mieux. accueilli cette fois, il se met résolument à l'œuvre, stimulé bientôt par le retentissant triomphe des Huguenots (29 février 1836). Mais ses articles alimentaires lui laisseront-ils le temps de composer ? La pension est finie; depuis le premier janvier, le Rénovateur cesse de paraitre. Quel vide soudain dans le budget de la famille! — Alors, simplement, pour que Berlioz püt écrire son œuvre, lesecourable Legouvé lui prêta deux mille francs *. |

Mais voici quun autre projet va l’occuper tout entier pendant l’année 1837. Au mois de mars, Berlioz, après maintes démarches, obtient du ministère la commande officielle d’une Messe des morts pour une cérémonie funèbre en l’honneur des victimes de lattentat de Fieschi. Ce Requiem était pour Berlioz «une proie dès longtemps convoitée ». Plusieurs fragments étaient déjà esquissés, ou même complètement écrits.

Par là s'explique la rapidité avec laquelle l’ensemble fut composé. En trois mois, malgré les articles à écrire et l’engrenage de la vie parisienne, Berlioz avaitterminé son œuvre (29 juin). Les énormes chœurs commencent à répéter, et

1. Berlioz composa la plus grande partie de son opéra à Montmartre, pendant l'été de 1836.

DA UDE based nr

tout marche à souhait, quand une décision du nouveau ministère supprime la cérémonie funèbre des Invalides. Plus de Requiem! Berlioz en est malade de rage. « C’est un abusde confiance, écrit-1} à son père, un abus de pouvoir, une saleté, un tour de gobelet, un vol. »

« N'importe! le Requiem existe... je viendrai bien à bout, tôt ou tard, de le faire entendre.» Le plus pressé est de se faire payer les honoraires promis et les frais déjà engagés. Le ministère reconnait la dette, mais ne se hâte pas de l’acquitter, Berlioz leharcèle, le menace dans les feuilles. Soudain, voici qu'on annonce la prise de Constantine (23 octobre), où le général Damrémont a trouvé la mort. Pour ceshéros, il faut une cérémonie funèbre ; et pour cette cérémonie, un Aeguiem. Berlioz renouvelle ses ‘démarches et réussit enfin à faire exécuter son œuvre. Le 5 décembre 1837,la Messe des morts retentit dans la nefde l’église des Invalides, où les uniformes des hauts dignitaires de l'État se mêlent aux élégances du Tout-Paris. « L’impression a été foudroyante... Vraiment, c'était d’une horrible grandeur. C’est un succès qui me popularise.., »(Lettre à Ferrand.) Félicitations du gouvernement; journaux « excellents » pour la | plupart, etenfin, après une attente’de deux mois

à peine, quoi qu'en disent les Mémoires, quinze

po ou BÉRLIOZ

mille francs d'indemnité, dont quatre mille au moins pour le compositeur.

Ce succès officiel allait-il gagner à Berlioz le public de l’Opéra? Benvenuto n’est pas encore complètement terminé : il faut achever l'orchestration et écrire l’ouverture. Berlioz s’y emploie au début de 1838, et les répétitions commencent au mois de mars.

Ce fut un labeur épuisant, qui dura près de six mois. Berlioz se heurtait à la routine, à la mauvaise volonté des exécutants, à l'hostilité de toutes « les bêtes venimeuses » dontil se sentait entouré. En mêmetemps, sans compter les mille obligations de la vie de Paris et Les tristes soucis d'argent, il devait suivre les concerts, écrire des articles, multiplier les démarches auprès des hommes politiques pour sa candidature à la direction du Théâtre Italien ‘. Les nerfs « torturés », il tombe malade, et, pendant tout le mois de juillet, il ne quitte guère le lit que pour se trainer aux répétitions. Le mois suivant, premières escarmouches dans la presse au sujetde

1. Il faillit réussir. C’eût été vraiment un curieux spectacle de voir l’ennemi acharné des dilettanti et de l'opéra d’outremonts diriger le théâtre des Italiens. Grâce à l'influence des Bertin, la Chambre fut saisie, le 4 juin, d’un projet de loi confiant aux « sieurs Berlioz et Ci° » la reconstruction'et la direction de ce théâtre, qui venait d’être détruit par un incendie

(15 janvier). Mais ce projet souleva des protestations et fut finalement repoussé par la commission nommée pour l’exa-.

minor

la réprésentation imminente : les journaux - dévoués à Berlioz s'efforcent de détruire l'effet d’un pesant pamphlet de Mainzer contre l’auteur de Benvenuto!'. Enfin, le 10 septembre 1838, l’œuvre de Berlioz est soumise au jugement du public de l'Opéra. :

Il fut impitoyable, ce public. Quelques mots du livret, qui paraissent trop familiers pour l’Académie royale de musique, donnent prétexte à des manifestations écœurantes, rires bruyants, sifflets, cris d'animaux. La représentation se poursuit dans le tumulte, malgré les protestations de quelques amis, devant une salle indifférente aux nouveautés de la musique, ou même délibérément hostile. Deux autres représentations, le 12 et le 14, ne remplissent qu’à moitié la salle, malgré les billets donnés”. La critique a beau décerner au musicien quelques éloges qui ressemblent à des condoléances. Ce début à l'Opéra, si ardemment souhaité, si longuement attendu, est pour Berlioz un désastre.

Tant d'émotions après tant de surmenage avaient brisé le pauvre musicien. Il doit s’aliter

Page 1