‹ Berlioz 1923Chapitre 20 sur 91 · LA NI · texte numérisé non relu

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musical, puisque l'Opéra ne pouvait guère lui rouvrir ses portes de sitôt, mais du moins une « symphonie dramatique ». Il choisit pour sujet le Roméo et Juliette de Shakespeare) auquel il song'eait depuis longtemps. L’œuvre,commencée le 24 janvier 1839, fut achevée le 8 septembre. Berlioz la dédia à Paganini., La première audition, habilement annoncée dans la presse, eut lieu le 24 novembre 1839, dans la salle du Conservatoire, devant un public d'élite. « C'était un cerveau que votre salle de concert », déclara Balzac à Berlioz, qui dirigeait lui-même les deux cents exécutants. Le succès fut complet et ne fit que s’accroitre à la deuxième et à la troisième audition (1° et 1 décembre).

Mais ces glorieuses journées, qui, en somme, ne sont pas rares dans la carrière de Berlioz, ne produisaient, tous frais payés, que des gains assez maigres : onze cents francs en tout pour les trois exécutions de Roméo, après sept mois de travail. « Décidément, l’art sérieux ne peut pas nourrir son homme », écrit-il mélancolique- * ment à sa sœur Adèle. Il a des moments de « spleen atroce ». Il se sent malade, névrosé et fiévreux. À la maison, sa femme vieillie, qui s'empâte lamentablement, le fatigue par de bruyantes scènes de jalousie. Et toujours le « boulet » du feuilleton !

Le renouvellement du ministère (1° mars r840) permet à Berlioz d'espérer une commande de musique, à l’occasion du dixième anniversaire des journées de juillet. Grâce à ses amis politiques, et à force de « courir les ministères », il est admis à faire exécuter pour la cérémonie commémorative une « Symphonie militaire » ou .« Symphonie de Juillet », qu'il intitulera plus tard Symphonie funèbre et triomphale. Cette œuvre, qui utilise sans doute des esquisses anté- ‘rieures, fut composée en quelques semaines, et la répétition générale, donnée le 26 juillet 1840 dans la salle de concerts de la rue Vivienne, produisit un effet saisissant. Mais le surlendemain, lors de la cérémonie en plein air, les deux cents musiciens militaires, que Berlioz dirige avec un sabre, ont beau s’époumonner, le son se perd dans l’espace, parmi les clameurs et les remous du cortège qui, le long des boulevards, accompagne l'immense char funèbre jusqu’au monument de la place de la Bastille. La même, autour de la colonne, la sonorité est mauvaise, et d’ailleurs bien vite couverte par le défilé intempestif des gardes nationaux et de leurs tambours. Heureusement, quelquesjoursaprès(getr4août), Berlioz put faire apprécier son œuvre dans deux concerts de la salle Vivienne, qui électrisèrent

le public.

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