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D LA VIE (1340) HE

Profitant de ce SUCCÈS, il réussit à organiser à l'Opéra, avec l'appui du nouveau directeur, un grand « festival » de musique (1° novembre 1840). Au programme, le premier acte d’Iphigénie en Tauride de Gluck, une scène de l’Athalie de Hændel, un chœur de Palestrina ; de Berlioz, quatre morceaux du Requiem, trois de Roméo et la récente Symphonie militaire. Quatre cent cinquante exécutants. Le succès eût été com-

plet sans un incident survenu au moment de

l’entr'acte, et qui préoccupa le public pendant la

seconde partie du concert‘. La recette, environ 8.000 francs, permit de couvrir à peu près les frais énormes de ce festival. Mais il ne resta rien pour Berlioz : non content de renoncer au cachet promis, !l dut encore débourser trois cent soixante francs. On lui faisait payer sa gloire.

Ces concerts sans recettes, qui usent inutilement le musicien, sont des triomphes éphémères, des victoires à la Pyrrhus. Berlioz le sent bien. Quoique un nouveau concert, donné le 13 décembre 1840, ait provoqué dans la salle du Conservatoire un « enthousiasme furibond », il ne sera suivi d'aucun autre pendant tout cet hiver, ni pendant l'hiver suivant. En 1842 (1° et 15 fé-

1. Emile de Girardin, le directeur de la Presse, fut giflé, dans sa loge, par un rédacteur du Charivari.

vrier), Berlioz risque deux concerts dans la salle Vivienne et fait entendre pour la première fois Réverie et Caprice, pour violon et orchestre. À la seconde séance, il est obligé de « donnér les trois quarts des billets », pour ne pas avoir une salle vide. Décidément, les sujets de Louis-Phi- | lippe n'aiment pas la musique nouvelle ; et guère plus la musique tout court. Beethoven lui-même, le Beethoven de la Symphonie héroïque, semble lasser l'admiration des auditeurs du Conservatoire. C’est aux virtuoses que va tout le succès : le piano de Thalberg, le violoncelle de Batta triomphent. Mais il n’y a pas de public pour Berlioz.

Au début de mars 1841, il est chargé de diriger à l'Opéra les répétitions du Freischütz, 1 respecte scrupuleusement le texte de Weber ; mais, pour adapter l’œuvre aux exigences de l’Académie royale de musique, il remplace le parlé par des récitatifs de sa composition. Il doit aussi ajouter un ballet, dont il emprunte la musique à d’autres œuvres de Weber. La première représentation (7 juin 1841) souleva maintes critiques, surtout de la part du clan de Castil-Blaze, le premier arrangeur de Æobin des bois. Ce ne fut qu'un demi-succès, mais qui produisit pourtant quelques bonnes recettes. Berlioz pouvait espé-

rer que Scribe, depuis longtemps sollicité, se

déciderait enfin à lui donner un poème d'opéra. En effet, au début de l’automne, le célèbre librettiste lui enverra le premier acte d’une pièce intitulée La Nonne Sanglante.

A ce moment se place un nouvel épisode, àssez iriste, de la vie amoureuse de Berlioz. Hi n'aimait plus sa femme. Aux emportements romantiques avait succédé « une bonne amitié, correcte et calme »”. Au contraire, l’imposante Ophélie, presque obèse dès [a quarantaine, n’était plus la froide fiancée d'autrefois : c'était une épouse ardente, aux « exigences impérieuses », aux jalousies terribles. Elle se sentait trompée et cherchait partout des preuves : elle notait les noms d’actrices dans les feuilletons de son mari, interceptait les lettres, fouillait les tiroirs. Mais « sa jalousie retardait toujours. Le cœur de Berlioz allait si vite qu’elle ne pouvait pas le suivre; quand, à force de recherches, elle était tombée sur l’objet de la pas-

1. Le sujet de cet opéra, dont Berlioz ne devait jamais finir la musique, était emprunté à un roman anglais, le Moine, de Lewis, récemment traduit par Léon de Waïlly. — C'est vers la même époque, sans doute au moment des représentations du Freischülz, que Berlioz publia les six mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier, réunies sous le titre Les Nuits d'été.

Tous ces renseignements nous sont fournis par Ernest ne (Soixante ans de souvenirs, 1, 300-302). Le témoi- ‘ gnage du fidèle et généreux ami de Berlioz ne saurait être suspecté.

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sion de son mari, cette passion avait changé, il

en aimait une autre... ». Lui, dès qu'il pouvait,

s’échappait du domicile conjugal, profitait des aubaines du métier. Artiste et ardent, ses trente-

huit ans savaient apprécier les agréments des

coulisses.

Parmi les femmes rencontrées, une par mal-

heur le fixa, qui n’était guère digne d'être pour

lui une compagne. Marie Recio, de son vrai nom

Marie-Geneviève Martin, fille d’une Espagnole

et d’un officier français, vivait à Paris avec sa

mère veuve, étudiait le chant, et, malgré une

voix assez médiocre, cherchait à débuter à l’Opé-

ra. C'était une longue brune de vingt-sept ans, souple conime ün éphèbe, la peau cuivrée, la chevelure massive, l’œil andalou... Berlioz fut pris par les sens. Grâce à lui, elle obtint, dès le

o octobre 1841, un engagement d’un an à l'Opéra,

pour les rôles secondaires. Ses débuts dans:

le rôle d’Inès de la Favorite, puis, en travesti,

dans le page du Comte Ory, firent beaucoup plus d'honneur à son physique qu’à son talent. De plus, Berlioz, dans un feuilleton des Débats, indisposa par une comparaison désobligeante la maitresse du directeur de lOpéra, M"° Stolz, qui tenait auparavant le rôle du page. Aussi, dès l’année suivante, au terme de son engage-

ment, Marie Recio recevra son congé définitif.

LA VIE (1842) à

Ven |

Voilà donc Berlioz-obligé de pourvoir à l’en-

tretien de deux ménages avec le salaire de son dur métier de chroniqueur et avec les gains problématiques deson art. L’opéra auquel il travaille sera-t-1l jamais représenté ? Scribe ne se presse guère de finir ce malheureux livret de la Nonne

sanglante. Les concerts sont improductifs et le

public reste indifférent. La succession de Cherubini à l’Institut, vacante en mars 1842, sera dévolue en novembre à Onslow. L'auteur de la Fantastique, qui a besoin de gloire.et d'argent, et qui, de plus, est excédé par la jalousie furieuse de sa femme, songe alors à faire des tournées

à l'étranger. Deux concerts qu'il va donner à

Bruxelles, accompagné par Marie Recio, recçoi-

vent un accueñl assez froid, et couvrent à peine

si les frais (26 septembre et9 octobre 1842). L’Alle-

magne sans. doute saura mieux l’apprécier, cette

Allemagne qui a déjà témoigné, à plusieurs reprises, de.la curiosité et de la sympathie pour sa musique. Il trompe la surveillance et la ja-

lousie d’'Henriette, qui soupconne son proiet : il j ? s 9

transporte hors de chez lui, par petits paquets,

ses manuscrits et son matériel de concert; il

réussit à faire sortir sa malle, et, au début de décembre, laissant à sa femme une lettre d’expli-

cations, il s'enfuit.

Marie Recio l'accompagne. heureuse d’avoir

supplanté définitivement l'épouse légitime et de pouvoir se faire entendre, à chaque concert, dans les romances de son grand homme. « Marie miaule comme une chatte », dit-1l, résigné, à son camarade Hiller qu'il retrouve à Francfort ; « et à tous mes concerts il faudra qu’elle chante »*, |

Ce voyage, sur lequel Berlioz fondait tant d’espérances, débuta assez mal. Ni à Bruxelles, ni à Mayence, ni à Francfort, on ne put réussir à organiser un concert, Le premier fut donné à Stuttgart (29 décembre), avec un succès honorable, qui permit à Berlioz d'envoyer quelques bulletins de victoire aux journaux parisiens. A Mannheim (13 janvier 1843), « un petit avorton d'orchestre » joue les œuvres du musicien français devant un public indifférent. Et Marie chantait toujours, révoltée à l’idée de se faire remplacer par une autre cantatrice. Ses prétentions et ses « miaulements » deviennent tellement insupportables à Berlioz, qu’il essaye delalâcher. Il l’abandonne à Francfort et s’esquive sans laisser d'adresse. Dans l'hospitalière Weimar il goûte un instant la joie de la solitude et de la liberté. Mais bientôt la chanteuse le rattrape, le reprend et ne le quitte plus d’un pas. Heureuse-

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