Hiller, Xünstlersleben
LA VIE (1843) 65 ment le concert de Weimar, maigré la voix de Marie, remporta un franc succès (25 janvier 1843). Sur la recette, Berlioz put envoyer deux cents francs à sa femme.
A Leipzig, il recoit un accueil fraternel de Mendelssohn, qui pourtant n'aime pas sa musique. Mais le concert du 4 février attire peu de public et provoque, dans cette citadelle de la musique classique, des critiques scandalisées. A Dresde, Berlioz profita du concours dévoué de Wagner, fort de la récente gloire du Vaisseau Fantôme et devenu kapellmeister de la cour ; il donna deux concerts à grosse recette, qui permirent d'envoyer cinq cents francs à l'épouse délaissée’. Nouveau triomphe à Brunswick et à Hambourg (9 et 22 mars).
; Enfin, le 8 mars, 1l arrive à Berlin. Meyerbeer, directeur général de la musique du roi de Prusse, recoit cordialement le critique musical
des Débats. Le 20 avril, Berlioz donne dans la salle de l'Opéra un concert « royalement exécuté », bientôt suivi d’un second auquel assiste
le roi. Si ces exécutions ne paraissent pas avoir
ému profondément le public, elles valurent à
Berlioz un succès en quelque sorte officiel. Ja-
1. En quittant Dresde, il repassa par Leipzig et y donna un concert de bienfaisance (22 février) où Schumann lui témoigna son admiration pour l’Offertoire du Requiem.
P.-M., Masson. à
mais il ne fut plus comblé d’honneurs, jamais peut-être 1l ne jouit plus pleinement de sa gloire que pendant ce mois de séjour à Berlin.
Puis, ce fut le retour. Encore un concert à Hanovre, un autre à Darmstadt, et, à La fin de mai 1843, Berlioz et la trop fidèle Marie Recio rentrèrent à Paris.
Il était décidé à ne plus habiter avec sa femme. Ce fut, selon sa propre expression, « une séparation à l'amiable ». Il conservait pour la mère de son fils une réelle affection, allait la voir. souvent et avec plaisir, subvenait à l’entretien de la famille, semblait même pour les étrangers habiter toujours le domicile conjugal. En réalité, il vivait désormais avec Marie Recio et sa mère ; et il payait tous les frais de ce second ménage ‘.
Berliozse remetsans enthousiasme à son opéra de la Nonne Sanglante etaux indispensables feuilletons. Il publie dans les Débats le récit de son voyage d'Allemagne, qu’il reprendra plus tard dans les Mémoires. Après avoir préparé à l'Opéra un festival qui ne peut avoir lieu, il réussit à donner au Conservatoire un grand concert de
ses œuvres (19 novembre 1843). Et ce concert
1. Marie, grâce à la protection de Berlioz, obtint un engagement à l’'Opéra-Comique ; mais ses débuts furent si désas-
treux qu’un journal déclara qu’il n’y avait « rien à en faire ».
est un triomphe. Le prestige du voyage en Allemagne va-t-il secouer l’apathie des sujets de Louis-Philippe ?
Nouveau succès avec l'ouverture du Carnaval romain, tirée de Benvenuto. Dès la première exécution (le 3 février 1844), elle fut bissée ; et on l’entenditencore trois fois, à divers concerts, en avrileten mai. Peu auparavant (janvier 1844) avait paru le Traité d'instrumentation, depuis longtemps sur le chantier. Et presque en même temps, le fils du roi, le duc de Montpensier, acceptaitla dédicace des deux volumes du Voyage en Allemagne et en Italie.
Pour lancer ce roman autobiographique, Berlioz attend que quelque grand événement musical attire sur lui l'attention du public. Justement l'Exposition des Produits de l'Industrie, qui s'ouvre au début de mai, va lui fournir l’occasion souhaitée. Après force démarches, il obtient du ministre du commerce la permission d’organiser pour la clôture de l’exposition un festival monstre dans la Salle des machines. Avec une activité admirable il pourvoit à tous les détails de cette périlleuse entreprise : douze cents exécutants à recruter et à dresser, tous les arrangements matériels à régler, le programme à composer sans froisser les auteurs ni les éditeurs,
et même une petite œuvre à écrire pourla circon-
68 BERLIOZ stance ‘. Heureusementle succès le dédommage de ses peines : le public vient en foule, apportant trente-sept mille francs de recette, d’ailleurs presque entièrement absorbés par les frais (1° août 1844).
Cette grandiose manifestation musicale eut un retentissement énorme dans tout Paris. Mais Berlioz, épuisé par la fatigue et les émotions, tombe malade quelques jours après etles médecins l’envoient à Nice (20 août). Il s’y repose près d’un mois, étonné et presque gêné de se retrouver seul avec lui-même. Il ébauche une nouvelle ouverture, La tour de Nice, qui deviendra l'Ouverture du Corsaire.
A peine de retour à Paris, il conclut une entente avec Franconi, directeur du Cirque Olympique, pour organiser toute une série de festi- .: vals. Franconi, homme d'initiative, prête la salle, avance les fonds et promet au musicien une part des bénéfices éventuels. Mais l’acoustique est mauvaise, surtout à cause de la disposition de l'orchestre, placé au milieu du cirque; et cet orchestre lui-même, recruté à grand peine, manque par trop d'assurance. L’exécution fut médiocre, de l’aveu même des amis de Berlioz, et le public ne vint pas. Les quatre festivals du
1. C'est l'Hymme à la France, musique de plein air, largement brossée à la hâte.
Cirque Olympique (janvier-avril 1845 « une mauvaise affaire pour Franconi »°.
Pour Berlioz ce fut un échec qui l’affecta profondément, car il pouvait y voir avec raison un fâcheux présage pour l'avenir. Il traversa une
) furent
crise de découragement et de rage qui se transforma en véritable maladie. L'offre d’une tournée de concerts à Marseille età Lyon (juin-juillet) fit une heureuse diversion à sa tristesse. Mais le meilleur réconfort lui vint de la musique et de l'exemple de Beethoven. Il lui fut donné d’assister, comme envoyé des Débats, aux fêtes organisées à Bonn par Liszt pour l'inauguration de la statue du maitre (10-12 août 1845). Trois journées d’admirable musique, trois journées en communion avec l’âme de celui qu'il appelle « un .bienfaiteur et un ami»”} Exalté par ces belles émotions, il entreprend dès son retour de travailler à une grande œuvre, la Damnation de
Faust.
.1. Le premier de ces concerts (19 janvier 1845) était consacré presque entièrement aux œuvres de Berlioz. Le deuxième (16 février) comprenait Ze Désert de Félicien David, l’œuvre à la mode, récemment acclamée au Conservatoire, et une Marche marocaine de Léopold von Meyer. Auïtroisième (16 mars), séance russe en l'honneur de Glinka, qui se trouvait alors à Paris (Fragments de la Vie pour le Czar et de Rousslann et Lioudmila). Au quatrième, nouvelle’ séance Berlioz et la Marche marocaine orchestrée par Berlioz lui-même,
2. Berlioz, «ivre-mort d'harmonie, las d'admirer », se retira quelques jours dans le vallon de Kœnigswinter, qui gardait encore vivant le souvenir des promenades de Beethoven.