‹ Berlioz 1923Chapitre 23 sur 91 · BERLIOZ, OISE · texte numérisé non relu

BERLIOZ, OISE

Il reprend les Huit scènes de Faust, publiées

‘en 1829. Il y ajoute d’autres scènes, tirées de la

iraduction de Gérard de Nerval et dont il ver-

sille en partie le texte avec l’aide d'un journaliste nommé Gandonnière. Mais le besoin d’argent le force à faire une nouvelle tournée de concerts à l'étranger. Sans cesser de songer à l'œuvre ‘projetée, 1l part pour l'Autriche avec Marie Recio, et le 2 novembre 1845, il arrive à Vienne, où il retrouve son ami Liszt. Les trois concerts qu'il y donne pendant le mois de novembre ont un « succès ébouriffant» etprovoquentdansla presse des discussions passionnées. Puis on monte avec un soin admirable Roméo tout entier, dont l’exécution déconcerte un peule public (2janvier 1846). À Prague, réceniment conquise à la musique romantique, l’accueil est encore plus franc et plus chaud : les trois concerts de Berlioz (19, 25 ei 28 janvier) donnent lieu à des ovations délirantes. À Pesth, la Marche de Rakoczy s'achève dans un «ouragan » de cris et de trépignements. Après un concert à Breslau, il revient à Prague pour y faire acclamer Roméo (17 avril), puis reprend la route de France. Encore une étape fructueuse à Brunswick, et, vers la fin d'avril, il est de retour à Paris.

Au cours de son voyage, il n'avait cessé de

noter denombreuses esquisses pour la Damna-

LA VIE (1846) Na tion. Mais le tourbillon de Paris et la besogne des feuilletons ne lui laissent que peu de loisir pour achever le travail'. Par bonheur l’hospitalité d’un ami, le duc de Montville, lui permit de se retirer quelque temps dans les environs de Rouen pour y travailler en paix. Le 19 octobre 1946, 11 signait la dernière page de son manuscrit.

Aussitôt l’œuvre achevée, Berliozloue la salle de l’Opéra-Comique, recrute les exécutants, organise une réclame intensive. C’est une grosse partie qu'il engage : toute l’entreprise est à ses frais, à ses risques et périls. Hélas! Le 6 décembre 1846, lorsque Berlioz monta au pupitre pour diriger la première exécution de son chefd'œuvre, il avait devant lui une salle à moitié vide. Une secondeaudition, où ilespérait prendre sa revanche, attira moins de monde encore (20 décembre). Et puis ce fut tout. Les amis avaient applaudi, les journaux s étaient montrés induigents, sympathiques, ou même enthousiastes; on avait offert à Berlioz un banquet d'honneur, une médaille commémorative. Mais le publie, « le beau publie de Paris », celui qui

paye sa place, qui fait la gloire et les recettes,

1. De plus, il profite de l'inauguration des chemins de fer du Nord pour écrire, sur des vers de Jules Janin, une petite œuvre de circonstance, le Chant des Chemins dé fer, qu'il va faire exécuter à Lille (54 juin).

de | BERLIOZ

le vrai publiem'était pas venu. « Rien dans ma carrière d'artiste ne m'a plus profondémentblessé que cette indifférence inattendue ‘. »

Berlioz n'est pas seulement blessé dans son amour-propre : il est ruiné. Il doit près de dix mille francs, et il n’a plus rien. Des amis géné- ‘reux unissent leurs dévouements et avancent la somme. Mais pour s'acquitter envers eux, ét pour soutenir ses lourdes charges, il devra recourir une fois de plus aux tournées de concerts à.

l’étranger. « Je suis comme les oiseaux de proie, obligé d'aller chercher ma vie au loin... Il n’y a rien à faire dans cet atroce pays, et je ne puis que

désirer de le quitter au plus vite *. »

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