‹ Berlioz 1923Chapitre 25 sur 91 · RIRES · texte numérisé non relu

RIRES

dé \NABEBLIOZ

Pourtant il fallut partir. Berlioz quitte Pétersbourg le 10 mai, après avoir « pensé mourir de désespoir ». À Berlin, où il fait un séjour d'un mois, la protection du roi et de Meyerbeer lui permet de monter la Damnation (19 juin). Peu de monde et demi-succès. Le public berlinois est un peu scandalisé par ces morceaux choisis de Gæthe et trouve que la recherche excessive du pittoresque dénature le caractère du poème.

Le renouvellement de la direction de l'Opéra hâta le retour de Berlioz à Paris (vers le ro juillet). Les nouveaux directeurs, Roqueplan et Duponchel, dont il avait soutenu la candidature, ne devaient-ils pas lui confier le poste de chef d'orchestre, en remplacement du vieux Habeneck? Mais une fois nommés, ils oublient leurs promesses, éludent les démarches et le déterminent même à rendre à Scribe le livret de la Nonne Sanglante, qui sera mis en musique par Gounod. Berlioz putse consoler de cet échec en obtenant peu après un engagement fort avantaseux comme chef d'orchestre du théâtre de Drury-Lane, à Londres. Ceite bonne aubaine arrivait à point :les quelqüe quarante mille francs rapportés de Russie commencçaient à être fortement ébréchés.

Il réussit à partir « seul », après avoir fait une

« succession de coups d'Etat » pour obtenir de

LA VIE (1848) ou Marie la liberté (3 novembre) ‘. A Londres, il est d’abord ébloui par l’accueil fastueux de son directeur, un impresario casse-cou nommé Jullien. Mais son enthousiasme est de courte durée. La

musique italienne, celle que Berlioz ne peut pas souffrir, règne dans les théâtres, et il est obligé Jui-même d’en faire jouer à Drury-Lane. De plus, l’entreprise où il est engagé est loin de réussir : le répertoire est insuflisant, les frais dépassent les recettes, et les appointements promis se font

‘attendre. & La colère, le dégoût, le chagrin »,

s'ajoutant au dur climat de Londres, le rendent

malade janvier 1848). Le 7 février, il peut enfin. donner un concert de ses œuvres, qui fait une bonne impression sur le public et sur la presse.

Mais le directeur aux abois escamote la recette. Bientôt le théâtre sera fermé, l’entreprise transformée en « cirque équestre » et Berlioz non payé restera sans emploi.

Pendant ce temps, en France, c’étaitla révolution. De sa retraite de Londres, Berlioz suit anxieusement les convulsions qui agitent le continent. « La République passe en ce moment son

rouleau de bronze sur toute l'Europe ; l’art mu-

1. Avant de partir pour l'Angleterre, il était allé passer quelques jours à la Côte-Saint-André, avec le jeune Louis. alors âgé de treize ans (mi-septembre 1847). Berlioz n’était plus revenu au village depuis son retour de Fiome en 1832,

76 LU NRORLIOZ Une sical, qui depuis si longtemps partoutse trainait mourant, est qe mort à cette heure... vi sait

Employons donc les minutes’... » Et il commence à rédiger ses Mémoires.

Mais voici que Marie Recio arrive à Londres (24 avril). Elle lui apporte de tristes nouvelles. Toujours les soucis d'argent. Ils avaient donné lieu à des scènes violentes entre les deux femmes, qui se renvoyaient, aux jours d'échéance, les billets souscrits par le musicien, Berlioz entrevoit la ruine : « Une fois que je serai au bout de ce qui me reste, il n’y aura plus pour moi qu’à m'asseoir au coin d'une borne et à y mourir comme un chien perdu, ou à me faire sauter la cervelle... » (mai 1848). concert, donné à Hanover Square Rooms (29 juin), ne produit qu'une maigre recette. À quoi bon resfer à Londres ?

PME" ‘ eu ” Paris, où il rentre le 14 juillet, est encore ” défiguré par les décombres des journées de; juin} . revoit sa femme paralysée, impotente, presque difforme. Il reprend mélancoliquement Ja vie commune dans le faux ménage. \Et plus d'argent ! Les Débats réduisent les honoraires,

la « sinécure » du Conservatoire est même un

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