Préface des Mémoires (« Londres, 21 mars
LA VIE (1848) ; 197 instant menacée par le nouveau gouvernement.
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De la douleur, une du véritable, — et
Lcent trente mille francs: C'était du moins la part d'héritage qui devait revenir à Berlioz après le partage avec ses deux sœurs. Vers le milieu d'août, 1l se rend à la Côte-Saint-André. Les affaires éclaircies, il s’abandonne à la douce mélancolie dusouvenir : il va revoir Meylan, l’ancienne maison de son grand-père, la colline autrefois enchantée par la rieuse Estelle. Il retrouve toutes les impressions de son amour d'adolescent. Trente-trois ans ont passé depuis. La Stella montis est maintenant M"*° Fornier, une bonne mère de famille de cinquante et un ans, veuve d’un magistrat de Grenoble dont elle a eu six enfants. N'importe! Il veut lui écrire. Dans une lettre extravagante et touchante, il dit son admiration obstinée; il rappelle son amour d’autrefois et raconte le pèlerinage de Meylan.
Vers la mi-septembre, Berlioz, s’arrachant à son rêve, rentre dans « l’enfer parisien »: les 1. [1 parvint cependant à la conserver, grâce surtout à l'appui
de Charles Blanc, Deux ans plus tard, après la mort de Bottée de Toulmon, il sera nommé bibliothécaire en chef (avril 1850),
2. Mémoires, IT, 325-330. — La lettre est du 6 septembre (et non 6 décembr €) 1848.
deux ménages, Harriet paralysée, à la veille d'une nouvelle attaque d’apoplexie, les caprices de Marie, le charabia espagnol de la pseudobelle-mère, les ruines de la Révolution, le marasme de la musique. Il retouche la Marche funèbre pour la dernière scène d'Hamiet, continue à rédiger ses Mémoires, qui lui fournissent des feuilletons. Il tâche, malgré ses répugnances. pour la Révolution, de s’adapter au nouveau gouvernement : le 29 octobre, il dirige un grand concert organisé par l’Association des artistes musiciens dans le théâtre du château de Versailles.
Mais quelques semaines plus tard (ro décembre), Louis-Napoléon Bonaparte est élu présideut de la République. Dès le début de 1849, Berlioz, prévoyant sans doute de prochaines solennités impériales, se met à écrire le « Te Deum à trois chœurs avec orchestre et orgue concertants ». Au mois d'octobre l’œuvre était achevée. Mais comment la faire exécuter? Pour avoir sous la main, d’une manière permanente, un orchestre et des chœurs,'Berliozimagine alors de fonder, avec ses amis, une Société philharmonique, quidonnera sous sa direction des concerts mensuels.'Le premier eut lieu le 19 février 1850, à la Salle Sainte-Cécile, avec un succès très
flatteur pour les débuts de la nouvelle institu-
tion. Mais le deuxième et le troisième concert (19 et 30 mars) ne produisirent que des recettes dérisoires, à partager entre les deux cents sociétaires. À peine née, la Société philharmonique voyait son existence compromise. Elle sembla se relever un instant avec l'exécution du Requiem, qui rapporta plus de mille francs. Mais des dissensions intérieures, non moins redoutables que l'indifférence du public, minent déja la nouvelle association : l'orchestre et les chœurs sont en hostilité ouverte; les désertions se multiplient et certains commencent à dire que l’on joue trop de Berlioz.
Cependant la société réussit à se reconstituer pour la reprise de la saison et peut organiser trois concerts dans les derniers mois de 1850. Au deuxième (12 décembre) Berlioz donne une nouveauté qu’il fait passer sous un faux nom : « Les adieux des Bergers à la Sainte Famille, chanson en chœur de la Fuite en Egypte, mystère de Pierre Ducré, maître de musique de la Sainte- Chapelle de Paris, exécuté pour la première fois en 1675". » Les recettes, toujours décroissantes, ne laissaient aux musiciens que des parts ridicules, et l'exécution était nalurellement
médiocre. Berlioz, rongé de soucis, les nerfs