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lances affectueuses de Liszt, prend la résolution
de réaliser un projetdepuis longtemps caressé :1l veut composer, poème et musique, une grande œuvre théâtrale sur un sujet tiré de l’Énéide de Virgile. Ce projet deviendra l’opéra des Troyens.. Mais l'auteur de Benvenuto ne se fait pas d’illusions sur les difficultés de l’entreprise : ilconnaît « les coutumes de l'Opéra de Paris », l'hostilité du public pour les tentatives trop grandioses et trop originales. Et puis aura-t-il le temps, ou même la force, de mener l’œuvre à bonne fin? A peine revenu à Paris, après huit jours de maladie, il repart pour Bruxelles où il donne trois concerts sans recette {milieu de mars).Ilse hâte de prendre sa revanche auprès des Parisiens : le samedi saint, une nouvelle exécution de l’Enfance du Christ, dans la salle Favart, produit cinq mille francs de bénéfice.
Presque aussitôt, une autre affaire se présente, une « immense machine », grosse de .risques et de fatigues fil s'agit de faire entendre à Saint-Eustache, au moment où va s'ouvrir l'Exposition universelle, le fameux Te Deum terminé depuis six ans. Neuf cents exécutants, sept millefrancs defrais, une organisation « babylonienne ». Berlioz se démène, se multiplie, inonde d’un flot de réclame Paris, la province et l’étranger. Par bonheur le 30 avril, le public
é BERLIOZ |
remplit la vaste église, l’œuvre « formidable »
« ‘est exécutée sans une faute avec un succès com-
| ‘plet, et Berlioz est vainqueur: Victoire épuisante, dont il se repose à peine. Après un mois de demi-répit toujours traversé par mille besognes, il part pour Londres, où il doit diriger deux concerts à la New Philharmonic (8 juin 1855).
Wagner était à Londres depuis le printemps} comme chef d'orchestre de la société rivale, la Old Philharmonic. Les deux musiciens vont se trouver forcément en contact, Sera:ce l’entente fraternelle, telle que depuis longtemps la souhaite Liszt, leur ami commun? Berlioz n'y est nullement opposé, bien que l’attitude de Wagner à son égard ait pu lui causer quelque appréhension‘. Tout d’abord, ils s’observent, ils se jugent réciproquement comme chefs d'orchestre, et sans indulgence. Mais un diner chez le violoniste Sainton les rapproche. Ils restent seuls pendant cinq heures, se révélant enfin l’un à l’autre,
causant avec « abandon de toutes les questions
1, En 1841, Wagner, alors à Paris, avait écrit dans l'£uropa de Dresde, sous le pseudonyme de Freudenfeuer (feu de joie), un article assez dur sut Berlioz. Et dans Opéra et Drame (1851), il se refusait à voir en Berlioz autre chose qu’un inveuteur de « mécaniques » musicales, cirrévocablement enseveli sous les décombres de ses machines ».—Il faut signaler aussi la lettre de Wagner à Liszt (8 sept. 1852), souvent citée, mäis qui est restée inconnue au musicien français. Sur les rapports de Berlioz et de Wagner, voir Tiersot, Zector Berlioz et la Société de son temps, p. 249 et suivantes.
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qui se rapportent à l’art, à la philosophie, à là vie ‘ », Peu après (25 juin 1855), Berlioz écrivait’ à Liszt : « Wagner est superbe d’ardeur, de chaleur de cœur, ét j'avoue que ses violences mêmes me transportent... » Wagner, de son côté, se découvre pour Bérlioz « une cordiale et profonde amitié,.… qui est partagée ». Malheureusement, cette amitié réciproque nè duréra pas longtemps. Quand Wagner quitte Londres, les deux musiciens s’embrassent avec effusion; mais à peine est-il parti qu’un fragment d’Opéra et Drame, reproduit dansle Musical World par un journaliste malfaisant, rappelle malencontreusement à Berlioz, les appréciations peu charitables de Wagner à son égard. M*° Berlioz, butée dans sa jalousie de femme, est hostile à un rapprochement durable entre les deux rivaux et exploite toutes les causes de discorde. Enfin Berlioz, outre les divergences d'idées qui le sépareront de plus en plus de Wagner, sera bientôt blessé de se voir peu à peu supplanté par lui dans l'amitié de Liszt.
Reéntré en France (8 juillet), ilrétrouve « l'ennui
1. Lettre de Wagner à Liszt (Zurich, 5 juillet 1855). « J’emportai de cette rencontre une profonde sympathie pour mon nouvel ami; il se révéla pour moi sous un jour tout différent de velui sous lequel je l'avais vu jusqu'alors. Chacun recônnut tout à coup dans l’autre un COmpagnon d’infortune, et je mé trouvai plus heureux que Berlioz. ».
parisien » et les tâches forcées : fonctions de juré à l'Exposition dans la section des instruments de musique, innombrables épreuves de gravure à corriger, rédaction de l’Art du chef d'orchestre, qu’on lui a demandé pour.
l’édition anglaise du Traité d’instrumentation ; trois festivals à diriger au Palais de l'Industrie pour la clôture de l'Exposition (seconde moitié de novembre). Que deviennent les Troyens au milieu de cette fièvre ? Sans doute il n’a guère pu y songer, et peut-être même sent-il sa résolution faiblir. Par bonheur un nouveau séjour à Weimar va lestimuler et le décider définitivement”.
Il trouve Liszt et la princesse Wittgenstein plus passionnés que jamais pour l’art wagnérien, encore tout frémissants de la récente révélation de la Walkyrie. Il en résulte une certaine gène entre Liszt et Berlioz, qui assiste sans entrain à une représentation de Lohengrin dirigée par son ami ; mais aussi une émulation bienfaisante dont les Troyens profiteront. La princesse, enthousiaste pour toutes les grandes entreprises d’art, gronde gentiment Berlioz, luifait promettre de ne plus tarder. Quand il rentre à Paris (début
1. Berlioz et sa femme restent à Weimar du 8 février 1856 jusqu’à la fin du mois. On y donne Benvenuto et la Damnaton.
de mars 1856), il se met résolument à l’œuvre.
Avec des alternatives d’élan et de lassitude, de confiance et de dégoût, il commence à « dégrossir le plan de la grande machine dramatique ». [1 y travaille pendant tous les moments de répit de sa vie toujours agitée, même en fiacre, tout en faisant les visites d'usage pour une nouvelle candidature à l’Institut. Elu cette fois, le. 21 juin 1856, il est tout joyeux d’être « devenu un homme respectable », sans compter les « quinze cents francs de rente », qui représentent le salaire de quinze feuilletons. Et naturellement, la joie redouble son ardeur au travail : vers la fin de juillet, il peut envoyer à la princesse Wittgenstein le poème des Troyens.
Une saison à Plombières, où il songe plus que jamais à son œuvre, un concert au casino de Bade (14 août), et le voici de retour à Paris (début de septembre), décidé à poursuivre avec ardeur sa «tâche phrygienne ». La cantate l’Impériale, publiée avec une dédicace à Napoléon II, vaut au musicien une grande médaille d’or à l'effigie de l’empereur, avec ces mots gravés : « Donné par l'Empereur Napoléon à M. Hector Berlioz. » Le don était flatteur et peut-être de bon augure pour Îa fortune des Troyens. Mais Berlioz connaît trop bien les goûts du public
parisien pour ne pas s’abandonner au doute et
92 BERLIOZ ‘au découragement, quand il n'est pas enflaramé | par l'ardeur de la création. Et puis il ést grave-
ment malade : les troubles nerveux dont il souf-
frait se sont accentués : une névrose intestinale
s’est déclarée, qui le force à passer des journées au lit, qui le rend « malheureux et morose, découragé et dégoûté » {lettre du 25 novémbre). Il est «inquiet, frémissant, et néanmoins toujours travaillant », Au printemps de 1855, il a presque écrit la musique du premier et du quatrième:
acte. Un nouveau séjour à Plombières ét le succès d’un grand festival à Bade (mi-juillet- 20 août) le ramènent à Paris plus valide et plus confiant dans son œuvre. Au mois de décembre, Berlioz en est au cinquième acte.
Mais la maladie le reprend et le retient souvent au lit pendant le mois de janvier 1858. Il a alors quelques brèves entrevues, quelques conversations assez gênées avec Wagner, qui est de passage à Paris et qui tâte le terrain pour Tannhäuser. Fâcheuse coïncidence, juste au moment où Berlioz achève les Troyens et va se méttre en campagne pour tàcher de les faire représenter.
Cômmeé elles sont navrantes ces démarches du pauvre grand homme qui ne peut pas réussir à faire entendre son œuvre ! Dès le 7 avril 1858, la partition ést complètement terminée. En vain il multiplie lés tentatives pour tâcher d’intéresser
DU BR) sp ct à l'opéra nouveau ‘. Le mois d’août arrive, époque du festival annuel de Bade, et Berlioz quitte Paris sans avoir oblenu aucun résultat. Enfin, à son retour de Bade (vers la mi-septembre), il reçoit une lettre d'audience. L'Empereur, qui « avait son air de 25 degrés audessous de zéro », prend le manuscrit et promet de le lire « s’i pouvait trouver un moment de loisir ». Voilà Berlioz renvoyé aux calendes grecques.
Pendant l'hiver, quand il n’est pas trop malade hi trop découragé, il prépare la publication d’un nouveau recueil d’articles fantaisistes, les Grolesques de la musique, dont le vire sonne faux quand on connaît ses misères”. En janvier -1859, la maladie redouble et le dégoûte de tout, ,.mèême,ses chers Troyens*. Pourtant, il trouve la force de donner un concert le samedi saint (avec l'Enfance du Christ) et d'aller à Bordeaux
MER les Mémoires, 1, 374. En attendant, pour mieux revoir son œuvre, il en écrit la partition de piano. C'est vers
la même époque ‘(fn mai) qu’il rédige le Post-Scriptum des Mémoires.