‹ Berlioz 1923Chapitre 31 sur 91 · Lettre inédite, citée par Boschot, III · texte numérisé non relu

Lettre inédite, citée par Boschot, III

LA VIE (1863) nue (avril), confirme le succès général de Béatrice et Bénédict.

‘Cependant au Théâtre-Lyrique, le directeur Carvalho commence à préparer la représentation . des Troyens, ou plus exactement d’une partie des … Troyens. L'œuvre intégrale est jugée beaucoup trop longue, et l’on oblige Berlioz à supprimer … les deux premiers actes (La prise de Troie). Ce sont les trois derniers seulement qui seront . représentés, refondus en cinq, sous le titre . Les Troyens à Carthage. Et encore que de mcdifications, que de petites coupures, auxquelles é Île musicien doit consentir à contre-cœur ‘! Bientôt même, Carvalho à court d'argent, découragé par l'échec des Pécheurs de perles de Bizet, lésine sur les dépenses, restreint les répétitions, et . «risque la première représentation avec une préparation insuffisante. Pourtant la soirée du 4 novembre 1863 fut un succès fort honorable Pour Berlioz : si lé développement musical et | les nécessités de la mise en scène donnent une impression de longueur qui provoquera de nou- - velles coupures, on admire fort le duo d’amour,

on redemande le septuor, on acclame à la fin le

1. Pendant les études de sa pièce, qui commencèrent dès juin, Berlioz s’absenta deux fois de Paris, pour un festival à Strasbourg (21 juin) et pour la reprise de Béatrice à Bade (14et 18 août). sl

102 BERLIOZ nom de Berlioz. Pour lui, qui se souvient du désastre de Bénvenuto, c’est vraiment une victoire : « Succès magnifique ; émotion profonde du public, larmes, applaudissements interminables...! » Succès éphémère, qu’une vingtaine de représentations suflirent à épuiser. Un mois et demi après, le vingt décembre 1863, le Théâtre- Lyrique donnait la dernière des Troyens.

Désormais la carrière artistique de Berlioz est finie. Miné par la maladie, hanté par la pensée de la mort, il renonce à toute production. En mars 1864, il donne sa démission du Journal des Débats, où d’Ortigue le remplaçait déjà depuis quelque temps. Il peut s'arrêter maintenant : il a une dizaine de mille francs de revenus, — et plus de femmes. Quant à écrire de la musique, il n’en a aucune envie. La croix d’officier de la légion d'honneur, qu'il recoit pour la fête du 15 août, donne au vieillard désabusé quelques instants de joie puérile. Puis il retombe dans l'isolement et dans la lassitude. Au milieu de ses souffrances, il s’abandonne avec une sorte de volupté à la méditation de la mort: sa promenade

favorite est le cimetière Montmartre, où il a

1. Lettres intimes, 5 novembre 1863. La presse fut en grande majorité favorable à Berlioz, mais sans enthousiasme excessif.

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