Le 23 septembre 1864. Berlioz ne l'avait pas revue depuis
1816. — V.les Mémoires (dernier chapitre) et les Lettres à Estelle publiées dans la Revue bleue en 1903.
2, C’est sa belle-fille qui rapporta ce détail à Berlioz. — A part les trois lettres publiées dans les Mémoires, Berlioz détruisit, sur la demande de Me Fornier, toutes les lettres qu’il recut d’elle,
d'en écrire de plus Paie olautenl d’un peu
de douceur amoureuse la vieillesse du malade.
Il relit Shakespeare, Virgile, Paul et Virginie. Quand ïl ne souffre pas trop, il va passer-la soirée chez quelques amis dévoués (les Damcke, les Massart), indulgents pour sa nervosité terrible et pour ses brusques sautes d’humeur. Il ajoute à ses Mémoires l'épisode relatif à M°° Fornier, et arrête définitivement son manuscrit à la date du 1° janvier 1865. Il se décide à Le faire
imprimer, mais à condition qu'on ñe le mette en.
vente qu'après sa mort. L'impression terminée,
(juillet), il dépose les douze cents exemplaires dans son cabinet de la Bibliothèque du Conservatoire, qu’il ne fréquentait guère. Il en confia pourtant quelques-uns à ses amis. Un exemplaire était naturellement destiné à M F ornier : . vers le milieu d’août, Berlioz alla le lui He à Genève, où elle était vefue habiter avec son
fils. De retour à Paris (10 septembre), il se
retrouve seul avec son mal, passant « les trois
quarts de sa vie au lit », et ne pouvant dormir que grâce au laudanum. | Cependant, en 1866, la musique lui donne encore quelques joies. Il accepte avec plaisir de surveiller pour le Théâtre-Lyrique les études de l’Armide de Gluck (janvier-février). Ses œuvres
sont applaudies plusieurs fois dans les concerts,
FU
DAVID (r869) 2 D TOS
notamment le septuor des Troyens aux concerts Pasdeloup. Puis c'est encore Gluck qui le reprend, Gluck l’idole de sa jeunesse et la consolation de son déclin. L'Opéra monte Afceste et charge Berlioz de mettre au point l'interprétation. Ce travail l’occupa presque tout l'été, jusqu'à la belle représentation du :12-octobre, dont le succès fut un peu pour lui. Quelques semaines après, il part pour l’Autriche, où les Viennois vont exécuter la Damnation. Brisé par le voyage, trop nerveux pour diriger utilement les répétitions, sa musique le galvanise, et, malgré tout, le concert du 16 décembre est un triomphe. A peine de retour à Paris, « exténué, à demi tué », il prépare un autre voyage : en fé-
vrier 1867 il se rend à Cologne pour diriger un
*, concert de ses œuvres, organisé par Hiller.
Ges agitations ne pouvaient qu'aggraver son état. De plus, une nouvelle douleur lui était réservée, qui fut pour lui un coup terriblé. A la “‘fih de juin 1867, Berlioz apprit que son fils unique, Louis Berlioz, était mort à la Havane, emporté par la fièvre jaune. I aimait ce fils
« comme un frère ». Certes, il l’avait bien né-
1. Il avait trente-trois ans et commandait un navire qui faisait le service du Mexique. Témoin dès l’enfance des tristes divisions de sa famille, ardent et effréné lui aussi, il avait choisi cette vie errante de marin, dont la liberté l ai sans doute.
gligé autrefois, il avait même été assez dur pour lui. Mais la mort de Marie Recio les avait rapprochés, et maintenant ils avaient «, , l’un pour l’autre une affection inexprimable . Quand il apprit cette mort, Berlioz eut un moment de désespoir furieux ; un de ses amis le trouva se roulant sur le plancher et criant : « C'était à moi de mourir! »
Désormais, 1l est anéanti, dégoûté de tout. IL s'enfonce dans la mort. Un séjour aux eaux de Néris ne fait qu'aggraver sa maladie (août). Avant de rentrer, il s'arrête en Dauphiné, chez son beau-frère et rend encore visite à M"*° Fornier. Il ne devait plus la revoir.
Soudain, un dernier éclat, comme la lueur suprème de la lampe qui s'éteint. Des offres tentantes, extrêmement flatteuses, le décident à aller diriger six concerts à Pétersbourg. Il reste trois mois en Russie (mi-novembre :1867-miféviier 1868) ; trois mois de triomphes épuisants. Il passe dans son lit presque tout le temps que lui laissent les répétitions et les concerts. Mais, quand il se relève, d’admirables orchestres lui chantent les plus vibrants poèmes de sa jeunesse. Ces efforis terribles, ces émotions, ces joies dangereuses achèvent de le brûler. A son retour, il n’est plus qu’une ruine. Ilse sait perdu : le médecin n’a pu le lui cacher. Tout ce
qu'il désire, c’est le soleil de Nice. Il s’y rend aux premiers jours de mars et tente quelques promenades au bord de la mer. Mais à deux reprises, 1l tombe frappé de congestion. Au bout de quelques jours, dès qu'il peut se soutenir, il se décide à rentrer à Paris, toujours tout seul.
Il ne quittera presque plus le lit jusqu’à sa mort. Pourtant en août, encore un voyage, le dernier de ce grand voyageur. Il se traîne à Grenoble, pour présider un concours d’orphéons : il préside, exténué, sans pouvoir répondre aux ovations ni aux toasts. « Je sens que je vais mourir, écrit-il à son retour; je ne crois plus ATien.. 1» |
Le 25 novembre 1ïl trouva encore la force d'aller voter à l’Institut”. Puis ce fut une lente agonie qui dura plus de trois mois, jusqu'au ë mars 1869, à midi et demi. Après une vie si irépidante, Berlioz s’éteignit doucement, peu à peu. Perdendost..…….