‹ Berlioz 1923Chapitre 35 sur 91 · Boschot, Le crépuscule d'un Romantique, p · texte numérisé non relu

Boschot, Le crépuscule d'un Romantique, p

musique est tout entière pénétrée par l'esprit du théâtre. |

Il n’y a rien d'étonnant à cela, si l’on songe à son éducation artistique! Ce sont les drames de Gluck qui lui ont définitivement révélé sa véritable vocation}, qui ont fourni l'aliment le plus solide à ses premières études d’autodidacte. Encouragé par son maitre Lesueur, e’est à Opéra, par l'audition répétée des œuvres de Gluck, de Méhul et de Spontini, que Berlioz prit ses plus fécondes lecons de composition musicale. Puis il fut conquis par Weber, que les adaptations de Castil-Blaze venaient d’intro: duire à l’Odéon. Il ne comprit que plus tard l'intérêt de la musique instrumentale”. D'ailleurs, la révélation de Beethoven, qui le « foudroya » en 1828, ne diminua point sa passion pour le théâtre ; et peut-être Berlioz aurait-il moins goûté les neuf Symphonies, s'il eût eu l'imagination moins prompte à leur donner une interprétation dramatique.

Ses premières œuvres appartiennent au genre de la cantate ou de l’oratorio. À peine sait-il

s'exprimer dans le langage des sons, qu'il veut

1. « J'étais alors adonné tout entier à l’étude et au culte de la grande musique dramatique. Mes idées ne s’étaient point tournées du côté de la musique instrumentale. » (Mémoires, 1, 69-70.)

écrire un « drame lyrique »,ces fameux Francs- Juges qui ne virent jamais le feu de la rampe. L'enseignement même du Conservatoire et le goût musical français contribuaient à l’orienter dans cette voie. La carrière théâtrale apparaissait aux contemporains de Charles X et de Louis- Philippe comme le seul parti pour un musicien désireux d’atteindre le public.

Comment se fait-il donc que Berlioz ait écrit la plupart de ses œuvres pour le concert et non pas pour le théâtre ? C’est que le théâtre lui resta presque toujours fermé. Si l'Opéra avait accepté les Francs-Juges, il est infiniment probable que nous n’aurions pas la Symphonie fantasiique. Si Benvenulo avait réussi, Roméo et Juliette serait sans doute un drame lyrique.

Dans l’indépendance de Ïa vieillesse, Berlioz écrit pour la scène ses deux dernières œuvres. Toute sa vie il songe au théâtre. Comme il ne lui fut donné que rarement de pouvoir faire représenter un ouvrage dramatique, Berlioz porta le drame au concert ‘. De là ces œuvres de caractère incertain, qui ne sont pas les moins originales,

et qui semblent osciller entre l'opéra et la

1, « Concert dramatique », annonce Berlioz en décembre 1832, lors de la première exécution complète de l’Episode de la vie d’un artiste. Il y a là comme un symbole, — On remarquera la fréquence du mot « dramatique » dans les soustitres de ses œuvres.

symphonie. De là aussi l’aspect particulier de

quelques autres de ses productions, fort éloi-

gnées en apparence du genre théâtral. Berlioz.

fut un musicien dramatique entravé dans sa carrière. Voila le fait qu’il faut avoir présent à l'esprit en abordant l'étude de son œuvre.

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