Mémoires, I
Chapelle Royale des Tuileries et professeur de composition au Conservatoire’. Il sut bientôt gagner, par sa sollicilude affectueuse, la sympathie de son jeune disciple D'ailleurs, le culte commun de Gluck les avait tout de suite rapprochés. L'auteur des Bardes considérait la musique dramatique, représentée par les chefs-d’œuvre de Gluck, comme la plus belle forme de l’art musical, et son enseignement portait beaucoup plus sur la
recherche de lexpression, de la juste déclama-
r. Né en 1760 en Picardie, il apprit la musique dans les maîtrises et parvint, en 1783, à être nommé maître de la Chapelle des Saints-Innocents à Paris, après un concours dont le jury était composé de Grétry, de Gossec et de Philidor. Une ode sur des vers de J.-B. Rousseau, fort applaudie au Concert spirituel, le distingue à l'attention du public et, dès 1786, il devient maître de chapelle de Notre-Dame. Il y fait chanter pendant les offices des oratorios à grands chœurs et à grand orchestre sur des poèmes latins tirés de l’Ecriture, musique « dramatique et descriptive », expliquée par un programme ou « plan ». Ces nouveautés font scandale et Lesueur doit quitter Notre-Dame. Recueilli par un chanoine près de Paris, il écrit la musique d’un drame intitulé Za Caverne ou le Repentir. Sous la Terreur, il donne, avec succès, l’opéra Paulet Virginie ou le Triomphe de la Vertu et un Télémaque dans l'ile de Calypso ou le Triomphe de la Sagesse, composé quelques années auparavant. Au début de l'an IX, il organise la solennité musicale du Temple de Mars (les Invalides) où il emploie quatre orchestres. En mars 1804, il est nommé maître de la Chapelle des Tuileries, en remplacement de Paisiello, et il réussit enfin, avec la protection de l'Empereur, à faire jouer à l'Opéra Ossian ou les Bardes, le triomphe de sa carrière. Dès lors sa réputation est établie, et deux derniers opéras n y ajoutent guère. En 1813, il succède à Grétry à l’Institut. Surintendant de la musique de Louis X VIII, il est nommé en 1818 professeur de composition au Conservatoire, poste qu'il garda jusqu’à sa mort (1837). Outre ses œuvres musicales, Lesueur avait écrit de nombreux ouvrages théoriques, dont la plupart sont restés manuscrits.
NLA/NTE (+825) II tion et des effets descriptifs que sur l'élégance du style, la conduite des idées ou la construction musicale. L’impatient Hector, avide de brüler les étapes, devait y trouver son compte. De plus, Lesueur était un homme à théories, théories souvent bizarres et chimériques, parfois originales et fécondes, qui ont exercé une influence réelle sur la formation du style de Berlioz.
Mais, pour s'être mis sous la douce férule de Lesueur, Berlioz ne songe pas un instant à différer ses ambitieuses tentatives de composition. Dès le printemps de 1823, il écrit sur une scène de Beverley” un fragmentde musique « violente», pour voix de basse et orchestre, qu’il espère un moment pouvoir faire jouer à un gala de l’Opéra. Il a même de plus vastes desseins : il veut composer une grande tragédie lyrique. A force de fréquenter l'Opéra et d’ÿy organiser des manifestations bruyantes en faveur de Gluck avec une phalange d’amis qu'ilanime de son ardeur, à force de lire les partitions des drames gluckistes à la bibliothèque du Conservatoire, il ne rêve plus que théâtre. Il essaie de bâtir un opéra, sur un livret rimé par son ami Gerono d’après Estelle et Némorin de Florian. « Personne heu-
reusement n’entendit jamais rien de cette com-