‹ Berlioz 1923Chapitre 55 sur 91 · Scène héroïque (La Révolution grecque) qu'il com · texte numérisé non relu

Scène héroïque (La Révolution grecque) qu'il com

posa en 1828 sur des vers de son ami Ferrand.

Mal dégagée de l'influence de Spontini, elle est,

1. La prière de la même cantate a été utilisée dans le Chant sacré (n° 6 des Mélodies irlandaises). Berlioz a également repris un passage important de la cantate de Cléopäitre : l’invocation de Cléopâtre aux ombres des Pharaons est devenue le Chœur d’ombres de Lélio.

de plus, d’une pauvreté harmonique, que ne compensent pas une mélodie trop souvent vulgaire et une instrumentation encore peu variée. Cette scène, pour deux personnages et chœurs, nous montre, du moins, comment le cadre de la cantate peut s’élargir aisément soit dans le sens de l’opéra véritable, soit dans celui des grandes œuvres chorales.

Le Cing Mai,« Chant sur la mort de l'empereur Napoléon », pour basse solo et chœur (1832), est beaucoup plus intéressant au point de vue musical, et d’un style moins rudimentaire. Cette cantate, qui, par sa coupe et par son refrain, se rapproche du genre de la romance, eut un très grand succès en Allemagne, où certains la préféraient même au Requiem et à Roméo‘. Mais il semble bien que l'inspiration du musicien ait été entravée par le médiocre poème de Béranger, tout juste bon pour une complainte.

La Damnation de Faust (1846) a naturellement fait rentrer dans l'ombre ces œuvres secondaires. Comme beaucoup de productions de Berlioz, cet opéra de concert est une mosaïque faite de morceaux conçus séparément, mais supérieurement ajustés. Une bonne partie de l’œuvre se trouve déjà dans les Æuit scènes de

1. €... Quand on me disait cela, je devais faire une singulière grimace. » (Mémoires, Il, 134; cf: 69-70.)

L'ŒUVRE Te

Faust de 1829°. Le reste a été écrit plus de quinze ans après, en 1845 et 1846, soit à Paris, soit pendant le voyage d'Autriche. Le livret, tiré de la traduction de Gérard de Nerval, a une origine assez composite : Les vers des Huit scènes sont de Gérard; d’autres fragments sont dus à un obscur collaborateur, Almire Gandonnière ; un tiers environ a été versifié par Berlioz lui-même. |

L'œuvre est trop connue, — et trop étendue, — pour qu'on puisse songer à l’analyser ici en détail. Elle comprend quatre « parties »; on pourrait dire quatre actes, si la répartition des morceaux n était pas déterminée au moins autant par les exigences du concert que par les péripéties du drame.

La méditation de Faust devant le printemps qui renaît forme le sujet général de la première partie, La phrase instrumentale du début, diversement reprise et amplifiée, communique une grande noblesse à l'ensemble du chant initial (« Le vieil hiver a fait place au printemps ») et

1. 1. Chant de la fête de Pâques. — 11. Paysans sous les tilleuls. — TT. Concerts de Sylphes. — IV. Histoire d’un rat. — V. Chanson de Méphistophélès. Histoire d’une puce. — NI. Le Roi de Thulé. — NII. Romance de Marguerite et Chœur de Soldats. — VIIT. Sérénade de Méphistophélès. — Il ne faudrait pas croire, toutefois, comme l’ont donné à entendre certains critiques, que ces morceaux aient passé tels

quels dans la Damnation de Faust. Les trois premiers, notamment, ont subi de très profondes modifications.

indique assez bien l’accent de l’œuvre tout

entière :

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Puis, c’est une joyeuse Ronde de paysans,

chantée en chœur, et la fameuse Marche hongroise. Ces deux morceaux sont rattachés au premier par un double lien, musical et littéraire. Leurs thèmes sont annoncés par l'orchestre, comme « de lointaines rumeurs agrestes et guerrières ». Et quelques phrases de récitatif de Faust expliquent leur apparition, un peu à la facon des intermèdes parlés de Lélio'. La Marche hongroise, qui forme le finale de cette première partie, est justement célèbre par l'énergie des rythmes, la plénitude des sonorités, l’étincelante virtuosité de l’instrumentation.

La deuxième partie est extrêmement variée.

1. Ces explications étaient particulièrement utiles pour la Marche hongroise, qui est un admirable hors-d’œuvre. Voir V’Avant-vropos de Berlioz : « Pourquoi l’auteur, dit-on, a-t-il fait aller son personnage en Hongrie? — Parce qu'il avait envie de faire entendre un morceau de musique dont le thème est hongrois. »

D L'ŒUVRE 161 Faust exhale sa mélancolie dans un poignant monologue, et il va boire le poison, quand le Chant de la Fête de Päques lui rappelle la foi de son enfance. Mais un sifflement de petites flûtes annonce Méphistophélès : le démon va révéler à Faust rajeuni la vie etses merveilles. Quelques modulations rapides nous transportent dans la taverne d’Auerbach. Il y a là toute une série de chansons à boire d’une verve et d’une originalité absolument uniques : le Chœur des buveurs, la chanson du rat, suivie de la fugue grotesque sur le mot Amen, etla chanson de la puce, joyeux écot de Méphistophélès. Faust, écœuré, demande à son guide des plaisirs plus délicats : Dans les bosquets et les prairies des bords de l'Elbe, le Chœur des Gnomes et des Sylphes enchante son sommeil par des songes délicieux où apparaît Marguerite. Cette scène pastorale et fantastique s'achève par une pièce purement instrumentale : Au-dessus d’une pédale de violoncelles qui semble représenter Faust endormi, le Ballet des Sylphes dévoile en des sonorités cristallines son adorable mélodie, déjà pres-

sentie maintes fois dans le morceau précédent.

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Enfin (nouveau contraste). voici les soldats et

les étudiants qui passent devant la porte de Marguerite : les premiers chantent un chœur, les seconds une chanson latine; après quoi, selon un procédé cher à Berlioz, les deux chants se superposent en un vigoureux ensemble.

La troisième partie a plus d’unité etressemnble davantage à un acte d'opéra. La scène est dans la chambre de Marguerite. Après les sonneries de la retraite, Faust y pénètre et s’y cache, tremblant d'émotion devant ce « chevet virginal » (Air : Merci doux crépuscule). Bientôt Marguerite paraît, et s’abandonne un instant à son amoureuse rêverie poétiquement commentée par l’orchestre. Elle chante une « chanson gothique », la touchante ballade du Roi de Thulé”, tandis que

1. Dañs une lettre à Kreutzer {16 février 1855), Berlioz parle du « microcosme sentimental contenu dans la Ballade du Roi de Thulé »,

L'ŒUVRE ES : Méphistophélès évoque les esprits infernaux | (Menuet et Chœur des Follets) et entonne sous la fenêtre de la belle üne ironique Sérénade. Faust se montre enfin à Marguerite éperdue (Ange adoré, dont la céleste image). Mais leur duo d'amour est brusquementinterrompu par Méphistophélès, qui vient donner l'alarme. La scène se termine par un grand ensemble, d’une animation extraordinaire, où se mêlent les derniers transports et les adieux des deux amants, les ricanements du Démon et les clameurs des voisins ameutés.

La quatrième partie s'ouvre par l’émouvante « romance » de Marguerite abandonnée (D'amour l’'ardente flamme), quisuflit à marquer le développement de l’action. Tout Le reste forme une suite de tableaux très divers, mais reliés entre eux d’une manière fort naturelle soit par la progression du drame, soit par l'emploi opportun du récitatif. C’est d’abord, dans un cadre de « forêts et cavernes », l’Invocation de Faust à la nature, admirable de noblesse et de puissance, une des plus belles créations de l’art ro-

mantique :

Très large et tres sombrè

Le dénouement estamorcé par une scène de récitatif, où Faust apprend de Méphistophélès que Marguerite, accusée de parricide, attend la mort dans un cachot; pour la sauver, 1l signe sa propre damnation. Alors, c'est la Course a l’abime, chevauchée fantastique, vertigineuse,

secouée de frissons d’épouvante. Puis l’enfer, le

Pandémonium, où damnés et démons, exultant de leur victoire, chantent un « chœur en langue infernale‘ ». Enfin, après un court Æpilogue narratif rappelant le genre de l’oratorio, Le Ciel, vision séraphique, qui forme un contraste completavec ce qui précède : le chœur des « esprits célestes », au son des harpes etdes flûtes, chante l’Apothéose de Marguerite pardonnée?.

La Damnation cle Faust, d’abord accueillie avec indifférence, est maintenant l’œuvre la plus populaire ‘e Berlioz*. Et elle mérite bien la faveur du public. Non seulement elle n’a pas vieilli, mais elle prend avec les années cet air

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