Mémoires, I
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LA VIE (1824) De NUE D
valu les reproches et les raïlleries de sa famille. Heureusement quelques jours après, Hector peut apaiser ses parents par une bonne nouvelle : il vient d’être reçu bachelier ès sciences physiques (le 12 janvier 1824). Il ne délaisse donc pas entièrement la médecine. Mais plus que jamais il tend à s’en échapper’. Revenuen juin à la Côte- Saint-André, il étonne sa famille par la fermeté de sa résolution. « Que mon frère me cause de peine !.. écrit dans son journal la jeune Nancy Berlioz. Il est inflexible comme un roc. » Et après le départ (25 juillet) : « Il est parti, non sans nous faire verser beaucoup de larmes, surtout à Maman. »
La vocation de Berlioz s’affirme irrésistible dans une lettre à son père, écrite peu après de Paris : «J'aimerais mieux être Gluck ou Méhul mort que ce que je suis dans la fleur de l’âge... Telle est ma manière de penser, tel je suis et rien au monde ne pourra me changer. » Pour justifier ses ambitions, il décide de faire exécuter à grand orchestre une Messe qu’il vient de composer. Mais il ne veut pas recommencer la pieuse expérience du Passage de la mer Rouge.
Pour payer les frais d’une bonne exécution, il lui faut douze cents francs. Après diverses ten-
1. L'école de Médecine reste encore fermée trois mois, en 1824, à la suite d’une mutinerie d'étudiants.
Ha . BERLIOZ
tatives infructueuses', Berlioz finit par trouver la somme, qui lui est prêtée par un de ses com- | pagnons des soirées de l’Opéra, Augustin de Pons. Cent cinquante musiciens sont réunis sous la direction de Valentino, et le ro juillet 1825, la « Messe solennelle à grand orchestre, composition de M. Hector Berlioz, élève de M. Lesueur», est exécutée à Saint-Roch avec un succès extrémement flatteur pour les vingt-deux ans du jeune Hector.
Restait la note à payer, la dette de douze cents francs. Hector tâche de rogner sur la pension mensuelle de cent vingt francs, que lui envoie son père ; il prend un logement plus modeste, fait des repas de huit sous, réussit à donner quelques lecons à vingt sous le cachet.
Qu'importent les privations ! II vit avec son rêve et avec la Musique”. Enhardi par le succès de sa Messe, il avait composé sur des vers de son ami
Humbert Ferrand une « scène héroïque à grands
. Il s'était adressé, entre autres, à Chateaubriand, qui était alors l’idole de la jeunesse.
2, Il se laisse peu à peu conquérir, à ce môment, par les œuvres de Weber, que les étranges arrangements de Castil- Blaze commencçaient à acclimater auprès du public parisien. Le Freischütz fut représenté le 7 décembre 1824, sous le titre de Robin des Bois. Euryanthe, beaucoup plus profondément altérée et devenue La Forét de Sénart, vint en scène le 14 janvier 1826. Moins d’un mois auparavant (19 décembre 1825), Berlioz avait écrit dans le Corsaire un violent article contre Castil-Blaze, qui s'était permis de critiquer Gluck.
L'AUNTIE (1826) ie 15
chœurs et à grand orchestre », La Révolution Grecque. Il Ia présente aux Concerts Spirituels sous le titre : « Le triomphe de la Croix. » Mais, malgré toutes ses démarches, elle n’est pas acceptée. Il se donne au moins la satisfaction de publier à ses frais quelques romances, Le dépit de la Bergère, Toi qui m'aimes, verse des pleurs, Le Montagnard exilé, Le Maure jaloux, Pleure pauvre Colette. Bluettes légères, qui ne peuvent calmer son impatience de gloire. Il veut frapper un grand coup, obtenir les suffrages officiels, en concourant pour le prix de Rome... Mais, refusé dès les premières épreuves éliminatoires, il n'est même pas admis à prendre part au concours,
Le docteur, éclairé par cet échec, supprime toute pension et, maloré les instances de Lesueur, rappelle immédiatement Hector à la Côte-Saint- André: Après un accueil glacial, le père et la mère somment leur fils de choisir une carrière quelconque, autre que la musique. Ils seheurtent à un refus suivi d’un silence obstiné. Enfin, au bout de quelques jours, le docteur finit par céder et consent qu'Hector retourne à Paris « pour quelque temps » afin d'essayer une dernière fois d’y faire ses preuves comme musicien. Mais la dévotion exaltée de M" Berlioz s’indigne
de cette concession : s’il persiste à suivre cette
voie de la musique et du théâtre (pour elle c’est tout un), son fils est excommunié, damné.…. Elle . le supplie à genoux de renoncer à ses « coupables projets ». Ne pouvant le fléchir, elle le maudit, le renie, et le laisse partir sans vouloir " lui dire adieu. « Je dus m’éloigner sans embrasser ma mère, sans en obtenir un môt, un regard, et chargé de sa malédiction !° »
De retour à Paris (août 1826), Berlioz parvient, grâce à Lesueur, à se faire inscrire comme élève régulier au Conservatoire, où il suivra à la fois le cours de composition de Lesueur et les lecons de contre-point et de fugue de Reicha”. Puis il se met à écrire un opéra, Lénor ou les Francs- Juges, sur un livret de son ami Humbert Ferrand. Cet opéra ne fut jamais terminé. Il n’en reste que l'ouverture et divers fragments que Berlioz utilisa plus tard sous une autre forme.
Cependant la dette contractée pour l'exécution de la Messe n'était pas encore payée à moitié. Par