‹ Berlioz 1923Chapitre 61 sur 91 · Lettre à sa sœur Adèle, 17 avril · texte numérisé non relu

Lettre à sa sœur Adèle, 17 avril

aucun doute, comme Wagner, le besoin d’une conception dramatique nouvelle : on la pressent dans toutes ses œuvres, on la devine dans ses écrits littéraires ‘, mais elle n’a jamais pu prendre corps ; elle est restée presque toujours à l’état d'aspiration confuse. S’il avait pu la préciser et la réaliser, les conditions de la musique française au xix° siècle auraient été, selon toute apparence, profondément modifiées. En réalité, sa production dramatique se réduit presque à une œuvre de jeunesse et à une œuvre de vieillesse, dont chacune a des mérites éminents et d’incomparables traits de génie, mais dont aucune n’aatteintla plénitude etla perfection d’un véri-

table chef-d'œuvre.

1. « Je sens bien ce que je pourrais produire en musique dramatique, mais il est aussi inutile que dangereux de le tenter. D’abord, la plupart de nos théâtres lyriques sont d'assez mauvais lieux, musicalement parlant, l'Opéra surtout à cette heure estignoble. Ensuite je ne pourrais donner l'essor à ma pensée dans ce genre de composition, qu'en me supposant maître absolu d’un grand théâtre, comme je suis maître de mon orchestre quand je dirige l'exécution de mes symphonies. Je devrais disposer de la bonne volonté de tous, depuis la première chanteuse et le premier ténor, les choristes, les musiciens, les danseuses etlescomparses, jusqu’au décorateur, aux machinistes, et au metteur en scène. Un théâtre lyrique comme je le concois est, avant tout, un vaste instrument de musique : j'en sais jouer, mais pour que jen joue bien, il faut qu'on me le confie sans réserve. C’est ce qui n’arrivera jamais » (Mémoires, Il, 342-343). En lisant ces lignes, écrites en 1854, on ne peut s'empêcher de songer à Wagner.

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