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LES ŒUVRES VOCALES

On peut grouper sous ce titre les diverses œuvres que Berlioz a écrites pour les voix et qui ne se rattachent ni à l’oratorio, ni à la musique de théâtre. Elles sont sans doute assez proches du genre de la cantate ; mais elles s’en distinguent généralement par l’absence de toute donnée théâtrale. Elles n'en portent pas moins, d’ailleurs, la marque dutempérament dramatique de Berlioz.

Cette production comprend des œuvres chorales (de beaucoup les plus importantes), et des mélodies à voix seule. |

Les principales œuvres chorales, avec accompagnement d'orchestre, appartiennent à la musique religieuse et sont chantées sur les paroles latines de la liturgie catholique". La première en date est le Resurrexit et iterum venturus, présenté à l’Institut comme envoi de Rome en 1831°. Le choix du sujet montre bien que Berlioz con-

1. Berlioz prend d’ailleurs les plus grandes libertés avec le texte sacré, qu'il coupe, ajuste ou répète sans scrupules, selon les besoins de la musique.

2. Ce morceau provenait du Credo de l’ancienne Messe de 1825, que Berlioz utilisa encore dans le Requiem et dans Benvenuto Cellini.

L'ŒUVRE 193 serve jusque dans la musique d'église ses tendances de musicien dramatique : la Résurrection, l’Ascension, le Jugement dernier, tels sont les tableaux de cette petite fresque musicale, qui nous paraît aujourd’hui un peu rudimentaire, mais qui contient quelques beaux effets descriptifs *.

Ce premier essai annonce déjà, par la conception et par le style, les deux grandes œuvres chorales de Berlioz, la Messe des morts et le Te Deurn.

La Messe des morts (1833), plus connue sous le nom de Requiem, est une des œuvres maïitresses de Berlioz. C’est aussi celle où il a utilisé Le plus complètementtousles moyens expressifs de La musique. « Enivré et exalté » par l’immensité du sujet”, il le conçoit non pas à la facon classique comme une suite traditionnelle de chants pieux, mais en romantique et en dramaturge, comme une évocation tragique de la détresse humaine, des affres de la mort et des

épouvantes du jugement final*: Aussi Berlioz

1. À noter le début de l'Zterum venturus, que Berlioz reprendra dans le Tuba mirum du Requiem.

>. Lettre à sa sœur Adèle (17 avril 1837).

3. Berlioz fait allusion à cette conception nouvelle, plus dramatique que religieuse, dans un passage de la même hatire "40e. J'ai voulu ramener cette partie de l’art à une vérité dont;Mozart et Cherubini m'ont paru s'éloigner bien souvent.»

P.-M. Masson. 13

rêve d’une accumulation colossale de voix et d'instruments : la partition indique « 80 Soprani et Alti, 60 Ténors, 70 Basses » ; mais cette masse chorale peut être « doublée ou triplée », pour arriver, s’il est possible, à « un chœur immense de 700 à 800 voix ». Il y a 25 premiers violons, 25 seconds, 20 altos, 20 violoncelles, 18 contrebasses, les bois et les cuivres à l’avenant ‘. Et dans le Tuba mirum il y ajoute « quatre petits orchestres d'instruments de cuivre (Trompettes, Trombones, Cornets et Ophicléides) placés à distance les uns des autres, aux quatre angles du grand orchestre ». Tout cela, « pour reproduire musicalement les grandes images de la prose des morts »°, pour évoquer le drame annoncé par le texte liturgique.

La Messe des morts se compose de dix morceaux de dimensions et d'importance inégales. L’introiït (Requiem et Kyrie) s'ouvre par une brève introduction d'orchestre quiamène le thème prin-

cipal, entonné par les basses :

1. La partition autographe révèle des proportions encore plus gigantesques : 35 premiers violons et 35 seconds, 2b altos, 30 violoncelles, 25 contrebasses, etc. Ce goût des grandes. masses est dans la tradition des fêtes révolutionnaires, On en trouverait déjà des exemples dans les œuvres de Méhul et de Lesueur.

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