Lettre à Ferrand, » janvier
large mouvement d’idées qui està l’originedenos démocraties modernes. D'ailleurs, la réflexion désintéressée sur les grands problèmes de Pactivité humaine n’a jamais été son fort. Même en matière d'art, bien que son œuvre de critique soit considérable, il n’a jamais essayé, comme l’a fait un Rameau ou un Wagner, d’élucider dans une étude un peu approfondie, quelques-unes des questions qui lui tenaient le plus à cœur’. Ses idées artistiques sont éparses dans ses articles et dans sa correspondance. Son esprit vit au jour le jour et se contente de réagir, d’une manière parfois géniale, aux circonstances qui se présentent. La pensée spéculative le laisse à peu près indifféreut. |
Tel est l’homme, autant qu'il est possible de se faire une idée générale de cette nature singulière et tourmentée, Une vocation puissante, contrariée par les difficultés de la vie et plus encore par les faiblesses du cœur, altérée par un amour maladif de la gloire, privée du recueillement fécond et des fortes convictions morales. Une vocation si noble et si haute pourtant, qu’on regrette parfois que Berlioz ne nous ait pas per-
1. De la musique classique et de la musique romantique n’est qu'un article de jeunesse. Son seul ouvrage d'ensemble, le Traité d’instrumentation, est surtout un recueil d’observations et de préceptes techniques. |
'L HOMME ET L'ARTISTE = as
mis d'oublier l’homme et de ne songer qu'à l'artiste.
Berlioz est artiste peut-être encore plus que musicien, L'art ést pour lui une sorte de vie idéale, qui comprend la musique, mais qui la déborde infiniment. Personne ne sent mieux que lui « ce qu’il y a de sérieux et de noble dans la mission de l'artiste »', Personne en France n’a contribué davantage à faire rentrer la musique dans l’unité indissoluble de l’art.
Sans doute, comme beaucoup de musiciens, il est peu attiré par les arts plastiques *, Mais il en rejoint l'inspiration par la littérature. Il est essentiellement poète, et il reste poète en musique. Virgile, Shakespeare et Gœthe ont agi sur lui au moins autant que Gluck, Beethoven ou Weber. Il suit avec passion le mouvement littéraire de son tempset lit assidûment Hugo, Vigny, Lamartine, Ballanche. Il possède lui-même de remarquables dons d'écrivain”. Sa prose a une