Lettre à Ferrand, 15 avril
2. «.. Je ne me connais point en peinture », avoue-t-ildans les Mémoires (1, 348). IL sait pourtant admirer Raphaël et - Michel-Ange (ibid., 216).
3. Voir la belle étude de M. Paul Morillot, Berlioz écrivain, Grenoble, 1903.
222 UT IBERDIDE.
verve et un mouvement capricieux qui font songer à Diderot, avec, en plus, l'accent et la couleur romantiques. Il excelle à décrire une scène et à camper un personnage. Les Mémoires, les articles de critique, la Correspondance* (qui rappelle parfois celle de Flaubert) doivent être mis en bonne place dans l’histoire de notre littérature. Quant aux poèmes de l'Enfance du Christ et des Troyens, ils contiennent des pages d’une réelle beauté littéraire, et montrent bien que Berlioz n'aurait pas été incapable de réaliser, comme le poètemusicien Wagner, le rêve de son vieux maître Lesueur*. |
La conception musicale de Berlioz se ressent de cette forte culture littéraire et de ces dons d'écrivain. La musique est vraiment pour lui une sorte de poésie, servie par une technique spéciale. Aussi a-t-1l l'ambition de réaliser dans | la musique française une réforme analogue à celle que les poètes romantiques ont voulu faire
dans la littérature. Il publie, en 1830, une sorte
1. Il serait temps maintenant de faire une édition d'ensemble de cette correspondance, éparse dans divers recueils factices, dans les revues, ou même encore en partie inédite.
2. « Oh ! s’il était permis au musicien de composer ces paroles ! Dieu ! quene pourrait-il pas faire ! quel vaste champ! quelle mine féconde où l’on n'aurait point encore fouillé !...» (Lesueur, £xposé d’une musique une, imilalive, et particulière à chaque solennité, 1787). 40
de manifeste du romantisme musical : De La musique classique et de la musique romantique”. La musique, dit-il, ne doit pas être seulement un plaisir de l'oreille, elle doit « intéresser l’esprit » et exprimer par les sons des « pensées \ poétiques ». Sa forme la plus haute est « Le genre instrumental expressif », où le musicien, sans le secours des paroles, rivalise avec le poète. Beethoven et Weber ont été les initiateurs de ce genre nouveau. Car, dans l’art musical comme dans l’art littéraire, « le souffle du Nord avait répandu parmi nous les germes d’une nouvelle inspiration * ».
Pourégaler la variété d'expression dela poésie, il faut que la musique possède cette complète liberté que le romantisme vient d’assurer aux divers genres poétiques. « La musique est le plus libre de tous les arts et celui sur lequel a le plus longtemps pesé la chaîne des préjugés et de l'arbitraire... Les romantiques ont mis sur leur bannière inspiration libre... » Berlioz réagit violemment contre l’orthodoxie du Con-
servatoire et contre « les préjugés scolasti-