Journal d'un poète, éd. Ratisbonne, p
130 IBÉRLIOZ HE Marche du supplice. Ge procédé aboutit naturellement à un emploi très fréquent des modulations enharmoniques". :
L'harmonie de Berlioz a provoqué bien des controverses, qui sont loin d’être terminées. : Pour voir clair dans la question, il ne faut jamais perdre de vue le caractère essentiellement mélodique, monodique, de l'inspiration de Berlioz. Comme sa mélodie est un geste de passion etnon pas l’efflorescence d’une harmonie sousentendue, comme elle est née dans un mouvement expressif et non dans l’atmosphère statique du phénomène de la résonance, il est vain de s'étonner qu’elle ne se plie pas toujours aux exigences d'une harmonie uniquement fondée sur ce phénomène physique. En présence de cette mélodie rebelle, deux attitudes étaient possibles, et il faut reconnaître que Berlioz n’a complètement adopté ni l’une ni l’autre. Ou bien il pouvait, en employant les artifices les plus raflinés de l'harmonie connue, essayer d'accompagner pas à pas les détours capricieux :
1. Il y aurait beaucoup à dire sur l'usage que Berlioz fait de l’enharmonie. Il y aboutit de deux facons, non seulement par la juxtaposition d'accords de tonalités éloignées, mais aussi par la nature même de sa mélodie, qui se meut librement sur tous les degrés de la gamme chromatique tempérée.. Son maître Lesueur affectionnait déjà l’'enharmonie pour les effets d'expression qu'on peut tirer de ce « double-aspect » des accords.
L'HOMME ET L'ARTISTE 24 de son chant. Mais il ne possédait pas suffisam- | ment les ressources de la technique tradition- nelle pour pouvoir le tenter. Ou bien il aurait pu, tirant tout de son propre fonds, tâcher de démêler par un patient effort les harmonies inentendues, et non moins naturelles, quiétaient impliquées dans ce chant poétique. Mais ilaurait dù, pour cela, analyser longuement sa mélodie et ses habitudes musicales les plus familières, se créer peu à peu une technique personnelle, se replier sur lui-même, se recueillir dans de | patientes études. Et Berlioz n’a jamais connu ce recueillement studieux, pas plus dans sa vie musicale que dans sa vie intellectuelle. Pourtant son instinct, parfois gèné par ses connaissances d'école, lui a presque toujours dicté, sur les points essentiels, les harmonies qu'il sentait justes ‘) On peut entrevoir, par quelques-unes . deses prétendues gaucheries, à quelle profondeur il eût atteint, s’il avait persévéré dans ce éne
" I! a du moins suppléé magnifiquement par son instrumentation aux lacunes de son harmo- das - nie. On peut dire qu'il harmonise par les timbres ; a
et ainsi ses fameux unissons deviennent véri-