Saint-Saëns, Portraits et souvenirs, p
tendre juger ces œuvres d’après une réduction
de piano. Berlioz pense naturellement pour l’or-
chestre et même pour un orchestre plus riche et
plus complet que tous ceux qu'on a pu réunir
jusqu’à présent‘. Le sens de l’instrumentation est chez lui un don et un instinct au même titre que l'invention mélodique, un de ces « dons précieux que le musicien-poète, calculateur inspiré, doit avoir recus de la nature® »
Les procédés de composition de Berlioz se ressentent évidemment des intentions poétiques et dramatiques de ses œuvres. L'ordonnance purement musicale des idées doit céder bien souvent aux nécessités du programme. Dans ses premières œuvres d'orchestre, notamment dans les Ouvertures, Berlioz respecte à peu près les principes de la construction classique. Puis
Na se libère de plus en plus du développement
thématique régulier, comme on peut le voir
dans la Fantastique; et même, quand le pro-
gramme l'exige, il finit par renoncer à toute
construction purement musicale, comme dans
1. Voir, à la fin du Traité d’instrumentation, la composition de l'orchestre monstre dont rêve Berlioz (467 instrumentistes et 360 choristes).
2. Traité d’instrumentation, p. 295. Rappelons ici que Berlioz sait à peine jouer du piano et ne connaît d’autres ‘instruments que la flûte, le Hipsolen la guitare... et le tam- bour.
234 BERLIOZ plusieurs morceaux de Roméo et Juliette. Mais si le programme est simple ou réduit au seul titre, on voit généralement reparaître les formes les plus traditionnelles, telles que le scherzo, le menuet ou l’allegro de sonate. Il n’a presque jamais recours, du moins d’une manière com-. plète, aux formes de la variation et de la fugue *. Il sait pourtant combien les rappels de thèmes donnent de cohésion et d'unité à un morceau ou. à une œuvre composée de plusieurs parties. IL est le premier musicien qui ait employé systématiquement ce qu on appellera le leitmotive; et Wagner, qui donnera à ce procédé une ampleur symphonique toute nouvelle, a certainement profité des précieuses suggestions de la Fantastique et de Roméo”. Enfin Berlioz se plait souvent à conclure ses œuvres en réunissant les thèmes principaux; et, suivant un procédé cher à son maître Lesueur, au lieu de juxtaposer ces thèmes, il les superpose, même s'ils n’ont pas entre eux de véritables aflinités musi-. cales. |
Ce rapide examen du style de Berlioz évoque
1 Il déteste la fugue, qu'il juge « barbare, ridicule, absurde » (Considérations sur la musique religieuse, Corres-. pondant, 11 avril 1829); mais il apprécie le style fugué, qu'il. emploie parfois d’une manière très heureuse. Bon nombre de
ses morceaux débutent par des entrées successives en imita-. tions. |