Mémoires, I
P.-M. Masson. 2
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mirateur de Gluck et de Weber! Mais aussi, cinquante francs par mois. C'était presque la fortune. En juillet, il a la joie d’être admis à concourir pour le prix de Rome. Joie de courte durée. Sa cantate d'Orphée déchiré par les bacchantes, dont les effets d'orchestre sont mal interprétés par un médiocre pianiste, est déclarée « inexécutable », et n’obtientaucune récompense! Alors c’est une terrible crise de désespoir et d’ « indignation concentrée», que vientencore aggraver la maladie, une esquinancie mal soignée. Son père, vaincu et inquiet, se décide enfin à lui rendre sa pension. | Renouveau. Berlioz dit adieu sans regrets à son métier de choriste et s’enivre de sa liberté. Il retrouve avec délices les soirées de l'Opéra et - les braves « néophytes » qu’il entraîne au bon combat. Il s’avise même d’aller à l’Odéon voir les représentations anglaises, attiré par Shakespeare et poussé par le destin... | Le 11 septembre 1827, la troupe anglaise de Kemble, installée depuis quelques jours à l’'Odéon, joua Hamlet devant une salle vibrante où s’agitaient les principaux coryphées du romantisme naissant, Delacroix, Hugo, Vigny, Dumas, Gérard de Nerval. Berlioz était là. « Shakespeare, en tombant ainsi sur moi à l’improviste,
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ÿ me foudroya…. Je reconnus la vraie grandeur, la vraie beauté, la vraie vérité dramatique ‘. » Le coup de foudre fut double : en même temps que Shäkespeare exaltait son imagination, Ophélie “avait faitla conquête de son cœur. Blonde, grande mais épanouie, une carnation admirable, des yeux rêveurs et ardents, une voix chaude et prenante, Miss Harriet Smithson, Irlandaise d’origine, jouait dans la troupe de Kemble les rôles de « grande amoureuse ». Quatre jours après, on donne Roméo, et Ophélie devient Juliette. Berlioz délire, ne dort plus, court comme un fou dans les rues et dans la campagne. À son désir de gloire s’ajoute désormais le besoin de se faire connaître d'elle.
Que de secousses en ces quelques mois! Que d’influences décisives! Après Shakespeare et Ophélie, c'est Gœthe, dont le Faust, traduit en français par Gérard de Nerval, parut en décembre 1827 : « Le merveilleux livre me fascina de prime abord, je ne le quittai plus. » Au printemps de 1828, c’est Beethoven, révélé au public français par Habeneck à la Société des Concerts du Conservatoire. « La secousse que
1. Mémoires, 1, 97 et suiv. Pourtant il n'en pouvait juger que par « le jeu des acteurs » ; car, de son propre aveu, il ne savait pas alors un seul mot d’anglais et il n’entrevoyait
Shakespeare « qu'à travers les brouillards de la traductiou de Letourneur ».
j'en recus fut presque comparable à celle que m'avait donnée Shakespeare. Il m'ouvrait un.
monde nouveau en musique, comme le poète m'avait dévoilé un nouvel univers en poésie‘. »
Berlioz veut donner lui aussi un concert composé uniquement de ses œuvres. Ce n'est pas sa Messe* qui lui procurera la notoriété dont il a besoin. Pour attirer l'attention d'Henriette, il faut un coup d'éclat, un grand concert dans cette même salle du Conservatoire où l’on acelame les symphonies de Beethoven. Et Berlioz se met en campagne : par les relations qu'il compte dans le parti ultra, il se concilie la bienveillance du ministère. La résistance sournoise de Cherubini, directeur du Conservatoire, doit céder devant l’ordre du Surintendant des Beaux-Arts, à qui Hector a signalé la mauvaise volonté de cet« agent subalterne ». À vingt-quatre ans et demi, pour son premier concert, Berlioz obtient la salle du Conservatoire.
Le concert eut lieu le 26 maï 1828, Le programme comprenait l’ouverture de Waverley, une Mélodie pastorale (solos et chœurs) extraite du 2° acte des Francs-Juges, la Marche religieuse des Mages, le Resurrexit tiré de la Messe, l’ou-