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V. Boschot, LIL

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bien l'expression, l'élément littéraire et poétique qui domine. Berlioz reste bien, en définitive, selon ses propres termes, le « musicienpoète ».

Et cette poésie est essentiellement de caractère dramatique. Elle n’est jamais purement lyrique. Le lyrisme y apparaît, comme dans le drame romantique, à la faveur de personnages qui incarnent plus ou moins les sentiments ou l'idéal de l'artiste, tels que Faust, Roméo, Benvenuto. Mais ces sentiments sont toujours attribués à un personnage défini dont il s’agit de peindre le caractère, et ils sont le plus souvent formulés en termes explicites’. A la façon des musiciens français du xvin® siècle, Berlioz se propose de traiter un sujet expressif donné, de « caractériser », comme on disait alors. Seulement, avec ses dons merveilleux d'acteur, il revit véritablement les sentiments qu’il se propose de peindre. Et il s’y passionne d'autant plus que ces sentiments sont surtout ceux du siècle nouveau, les sentiments romantiques.

À part cette réserve au sujet du lyrisme, on

1. Les uit scènes de Faust fournissent un exemple frappant du procédé : À la suite de chaque titre est indiqué en toutes lettres le caractère du sentiment exprimé dans le

morceau : « Caractère religieux et solennel, — Gaîté franche

et naïve, — Caractère doux et voluptueux, — Joie grossière et désordonnée..….. etc. ».

peut dire que Berlioz a personnifié en France

le romantisme musical. « Hector Berlioz, écrit

Gautier dès 1846, nous paraît former, avec Hugo

et Eugène Delacroix, la trinité de l’art roman-

tique. » « Dans cette renaissance de 1830, il

représente l'idée musicale romantique : la rup-

ture des vieux moules, la substitution de formes

nouvelles aux invariables rythmes carrés, la

richesse compliquée et savante de l’orchestre,

la fidélité de la couleur locale, les effets inat-

tendus de sonorité, la profondeur tumultueuse

et shakespearienne des passions, les rêveries

‘amoureuses ou mélancoliques, les nostalgies et

les postulations de l’âme, les sentiments indéfinis et mystérieux que la parole ne peut rendre, et ce quelque chose de plus que tout, qui échappe aux mots et que font deviner les notes’. »

Bien que la musique de Berlioz reflète fidè-

lement les tendances de la génération roman-

tique, elle a toujours été discutée en France, tant

de son vivant qu'après sa mort. La plupart des

musiciens de carrière lui furent hostiles ; ses pre-

miers admirateurs sont les artistes non musiciens. Il eut toujours contre lui (et il les aura toujours) les trop nombreux professionnels qui

« connaissent » la musique et que la musique ne

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