LA NOUVELLE FANTASTIQUE
J'ai dit que Berlioz, en se défendant au chapitre de la Distraction violente de vouloir raconter son petit roman, avait pourtant essayé d'en faire un récit, mais à l'aide d'une certaine audace d'imagination. C'est ce récit qui fut sa vengeance véritable, car nous venons de voir que son expédition niçoise, qui devait aboutir à un drame lugubre, échoua misérablement dans un retour à la vie « plein d'allegria ».
C'est, en effet, l'épilogue de cette aventure tragi-comique que Berlioz a voulu écrire, en publiant dans les Soirées de V Orchestre le conte intitulé Euphonia ou la Ville Musicale, Nouvelle de l'avenir. C'est simplement l'histoire de la distraction violente, sous la forme d'une Nouvelle fantastique. On pourrait renverser les termes et dire que c'est une nouvelle Fantastique, dans laquelle Berlioz s'abandonne à une colère impétueuse contre la trahison de Camille Moke, de même que, dans la première Fantastique, il avait « sanctionné » sa rupture avec Henriette Smithson par la Ronde du Sabbat. En prose ou en musique, notre homme n'est guère généreux, paraît-il.
En voici une nouvelle preuve.
Les personnages du conte (ï Euphonia, dont voici la liste, sont faciles à deviner sous leur travestissement de fantaisie. Lorsqu'on a étudié attentivement, comme je viens de le faire, en rapprochant soigneusement les textes et en essayant de lire entre les lignes, les récits des Mémoires,
les confidences de la Correspondance inédite et celles, bien plus sincères, des Lettres intimes, on peut démêler très clairement désormais le sens de cette allégorie qui, jusqu'à ce jour, n'avait été considérée que comme une œuvre d'imagination toute pure. L'apologue, mêlé d'une foule de digressions musicales, tient quarante pages des Soirées ('). Je n'en donne ici qu'une rapide analyse en prenant le texte primitif tel que je le trouve dans la collection de la Gazette Musicale, à la date du 18 février 1844.