‹ Berlioz intimeChapitre 3 sur 34 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

compatriotes et des contemporains, et que je mettais en ordre mes notes et mes documents pour commencer à réaliser le plan que je m'étais tracé. Les dates inscrites au début et à la fin de ce livre indiquent la période de temps que j'ai consacrée au travail de la rédaction ; il y a juste un an aujourd'hui que la dernière ligne de ce volume a été écrite. J'ai pu, depuis lors, préparer la rédaction du second, et, dans l'intervalle, faire paraître deux études spéciales sur d'importantes questions d'art : j'ai tâché de définir les lois essentielles du drame lyrique moderne, à propos du Parsifal de Richard Wagner et de ses autres chefs-d'œuvre, puis à l'occasion du remarquable ouvrage de Saint-Saëns, Henri VIII. Mais j'avoue que ces deux ouvrages ont été inspirés par des prétentions bien plus modestes que celles qui m'ont amené à concevoir et à exécuter cette longue étude de Bprlioi intime.

Du reste, ce n'est nullement par crainte de la critique ni de l'opinion que je m'abstiens de mettre ce volume dans le commerce. Je suis habitué, après onze années du métier de publiciste, à supporter toute la responsabilité de ce que j'écris, et les reproches que mérite cet ouvrage, je suis le premier à me les adresser, ne me laissant pas aveugler par une vanité inconvenante. C'est un sentiment beaucoup plus désintéressé qui me guide. De tous les jugements que j'attendais sur ce travail, il me manquera désormais celui de tous que j'appelais de mes vœux les plus chers. Le seul ami que j'aurai eu en ce monde ne sera plus là pour prendre sa part de mon succès, si l'appréciation du public devait m'être favorable, ou, dans le cas contraire, pour m'éclairer de ses bienveillants et affectueux conseils sur les fautes et les erreurs que j'ai commises. C'est avec une amére tristesse que je laisse lire par d'autres ce livre que je n'aurai pu placer sous ses yeux, lorsque tant de douces espérances s'étaient éveillées en lui à la nouvelle de mes projets, au récit de mes travaux, à la lecture des premiers fragments publiés. 11 est dédié à cette mémoire vénérée. S'il doit passer en d'autres mains, il est réservé au petit nombre de ceux qui se sont inscrits comme souscripteurs, en supposant qu'il ne s'adressait qu'aux admirateurs dévoués du grand maître : c'est bien à ces derniers seuls, en effet, que ces pages sont destinées.

Assurément si je ne m'étais pas inscrit au premier rang de ceux-là, je n'aurais jamais osé, de peur que l'on pût se méprendre sur mes intentions, essayer de dire strictement la vérité sur Berlioz. Ses adversaires sont encore trop nombreux et trop violents pour que l'histoire impartiale reprenne déjà ses droits. Mais

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