LA SUCCESSION DE FRANCE DE LIÈGE A PARIS
Tandis que le dernier acte du drame militaire se jouait à la Fère-Champenoise (25 mars) et aux barrières de Paris, le prince de Suède, volontairement attardé à Tarrière-garde des envahisseurs, hésitant ou dupe de ses propres habiletés, perdait son temps et sa cause dans une série de scènes à quiproquos et à surprises ; au lieu d'être le deus ex machina qui surgit dans Tapothéose finale, il devenait le personnage trompé aux dépens duquel l'action se dénoue et la pièce se conclut^
Dans la péninsule Scandinave comme sur le Rhin, sa fortune chancelait. La Norvège à peine conquise venait de se révolter et de proclamer régent (9 février) le prince Christian de Danemark. On disait les Anglais secrètement favorables à ce mouvement* L'empereur de Russie, lancé sur la route de Paris, uniquement préoccupé par des idées de revanche militaire, faisait passer au second rang les questions politiques, au moins celles de personnes. Le 17 mars, il disait avec désinvolture à l'agent royaliste Vitrolles : « On a songé à Bernadotte, mais, pour plusieurs motifs, on a renoncé à lui. » Il mettait en avant, selon l'occasion ou son humeur, le duc d'Orléans ou Eugène de Beauharnais, ne
repoussait pas absolupient l'idée d'une république. L'empereur François manifestait de son côté son aversion pour r « aventurier français » et, sans plus se soucier de son gendre ni de son petit-fils, déclarait ne vouloir traiter qu'avec Louis XVIIL Les Bourbons ou leurs affidés se montraient çà et là. Bon gré, mal gré, on recommençait à penser à eux, non seulement dans les conseils de la coalition, mais parmi les populations. Le comte d'Artois, au lieu de rejoindre, ainsi qu'il lui avait été proposé, l'armée suédoise aux Pays-Bas, était rentré sans bruit, par Bâle, sur le territoire de l'ancienne France. Ni la Hollande ni la Belgique n'appartenant au patrimoine de ses aïeux, il préférait reprendre pied directement dans quelque province du vieux royaume; du moins, tandis qu'il se morfondait inaperçu à Vesoul, puis à Nancy, son fils donnait aux Bourbons, dès le 12 mars, une capitale provisoire à Bordeaux.
' Charles-Jean, mal instruit de ce qui se passait derrière le rideau mouvant des troupes alliées, comprit les progrès du parti royaliste en voyant reparaître autour de lui ses émissaires. Vers la fin de février, le marquis de Chabannes avait passé d'Angleterre en Belgique avec une double mission : dénoncer les dispositions de l'Autriche, favorables à l'Empire continué par une régence; puis faire arborer le drapeau blanc sur les places de l'ancienne frontière et y introduire, en attendant mieux, des troupes . suédoises (1). Pour
(1) Par sa belle-sœur, sous-préfète à Tournay, il fit offrir au général Labure, commandant le département du Nord^ le titre de duc et un million de dotation en échange d'une place forte. (Lahdre, Souvenirs^ p. 278.) On peut également consulter sur sa mission la Collection de quelques écrits, imprimée par lui à Londres en 1817, et les pièces réu-
obtenir ce dernier résultat, un nouvel appel s'imposait tant au loyalisme présumé de l'ancien Béarnais qu'à la générosité du prince européen. Le Breton Gouvello précéda Chabannes à Liège. La Maisonfort aidant, il put transmettre à destination son message, ainsi que des exemplaires des proclamations répandues dans le département du Nord. Chabannes, comme tous ses amis depuis vingt ans, était aussi prompt à se faire valoir que propre à se faire duper; il suivit de près Gouvello, et, dans la nuit du 10 au 20 mars, Charles-Jean lui accorda une audience de trois heures, où sa faconde prévint, éluda toutes les demandes.
D'abord il parla des événements de Norvège. En exprimant ses craintes à ce sujet, qui justifiaient son inaction dans les affaires de France, il était évidemment sincère. Il ne fut qu'habile, lorsque ensuite il s'appliqua à contenter l'agent royaliste sans lui offrir aucun gage de son dévouement. Pourquoi Monsieur n'était-il pas venu à sa rencontre ? Il ne lui aurait pas résisté et se serait peut-être ainsi perdu, lui et les siens. Au milieu de considérations sans suite sur les causes de la Révolution, les abus de l'ancien régime, les lettres de cachet, il protesta qu'il aimerait mieux mourir que de rendre sa patrie esclave ; il n'accusa qu'en termes généraux son désir de servir les Bourbons, uniquement pour la gloire. De son côté, la veille, le secrétaire Gréy avait insinué à Chabannes que le prince souhaitait recevoir le titre et les pouvoirs de connétable, ou, lors de la paix, obtenir la Belgique à titre viager, sauf à léguer
nies à nos Archives des Affaires étrangères, France, voL 606. Sa lettre à Louis XVIII, au sortir de son entretien avec le prince de Suède (20 mars)^ est en copie aux Archives de Saint-Pétersbourg.
294 BEKNADOTTE
ensuite sa principauté au roi ! A ce moment, Charles- Jean se préoccupait surtout d'arracher aux Bourbons une pièce authentique, impliquant la reconnaissance de ses droits en Suède, un document bon à invoquer au cas où. Napoléon tombé, on tenterait d'exclure la u maison Bernadotte » du nombre des familles régnantes. Chabannes, qui tenait à avoir réussi, quitta Liège plein de confiance.
La situation se compliquant, Charles-Jean embrouillait comme à plaisir, en croyant les fortifier, les fils de ses intrigues, car, au sortir de ses pourparlers avec Maison et Chabannes, il adressait à Napoléon une lettre dont la teneur est ignorée, mais l'existence indiscutable ; il y renouvelait les assurances données à Franzenberg et maintenait ainsi les chances d'une solution excluant la restauration royaliste sans conditions. Le hasard des opérations militaires fit tourner contre lui ses précautions. Le 24 mars, sa lettre fut surprise en route et portée à Blticher. Trois jours plus tard, autre mésaventure. Le ministre de la guerre français, au reçu du rapport où Maison racontait son entrevue avec Franzenberg et les projets du prince contre les alliés, expédia un duplicata de la pièce dans une direction où le porteur ne pouvait manquer de rencontrer l'ennemi. Ainsi, tout en inspirant des craintes aux envahisseurs et en les poussant à rétrograder, il révélait le double jeu de Charles-Jean, il réconciliait, bon gré, mal gré, le soldat transfuge avec son ancien général. Sa manœuvre réussit ; son courrier fut enlevé dans la nuit du 27 au 28 mars par un parti russe (I).
(i) Langeron, qui, dans ses Mémoires encore inédits, a consacré à Bernadotte «ine longue digi^ession, écrit : u Je parlai à l'empereur de
Pour comble d'infortune, le prince de Suède se voyait destitué, depuis quelques semaines, de cette force militaire qui, sur l'Elbe, lui avait permis d'être une puissance. Alexandre, pour le consoler du démembrement de son armée, imagina de lui offrir une sorte de commandement ou plutôt de haute surveillance sur toutes les troupes cantonnées ou opérant en Belgique ; il déclina cette fonction comme au-dessous de sa dignité. Il tenait à avoir sous sa main ses anciennes troupes pour assurer les espérances qui, ainsi qu'il l'écrivait alors à Mme Moreau, reposaient sur sa tête à Paris. Inquiet et incertain de ce qui se passait sur la Marne et la Seine, sensible d'autre part aux mauvaises nouvelles venues du Nord, il commençait à se sentir à la merci de tout le monde : « Je suis, écrit-il à Blûcher le 19 mars, dans l'impossibilité de faire aucun mouvement actif et ne me trouve point en position d'aller relever personne (1). » Il accusait alors les mauvais procédés de la Prusse et l'interprétation arbitraire que cette puissance donnait alors à leurs récentes conventions. Aussi expédiait-il un de ses hommes de confiance, le général Skjôldebrand, auprès du souverain qui avait été son premier et qui demeurait son seul protecteur. Il lui importait de pénétrer les intentions du tsar au sujet de la révolution imminente à Paris, de lui rappeler la double nécessité d'écraser Napoléon et d'écarter les Bourbons, de lui expliquer à sa façon l'affaire de Franzenberg, enfin et
cette dépêche interceptée; il me dit : Croyez-vous qu'il fût le seul dont je devais me défendre? J'étais obligé de combattre les amis autant que les ennemis. Je vis bien qu'il voulait parler de Metternich. »
(1) Lettre citée dans H. Houssaye, 1814, p. 271. Cf. les lettres (interceptées) de Krusemark au roi de Prusse (17 mars) et à Hardenberf; (20 mars). Archives nationales ^ AFIV, 1668.
surtout de n'être compromis ni à la suite du régime napoléonien, ni à Tarrière-garde du parti royaliste, de façon à devenir, au moment opportun et prochain, le roi soldat et libéral, utile à la Russie et nécessaire à la France. Il lui fallait d'autre part assurer sa situation actuelle vis-à-vis de l'Europe et, pour la faire respecter, en imposer par la reprise de son autorité militaire sur Bulow et Winzingerode : « Le prince de Suède, écrit Suchtelen le 24 mars, aspire à un sort en France, qui fût indépendant de la couronne de Suède. . . Les Suédois, ayant pénétré les projets du prince, sont dans l'appréhension qu'il ne les quitte et ont considérablement perdu de leur enthousiasme. »» Aussi, la veille, Charles- Jean avait-il réitéré, par une lettre à son père adoptif, son intention de rester quand même Suédois.
A ce moment le théâtre de la guerre se déplaçait d'une façon inattendue. Les alliés se rapprochaient de Paris ; Napoléon, séparé par eux de sa capitale, courait vers l'Est rallier les troupes encore disponibles dans les places fortes et prendre à revers les envahisseurs. Skjôldebrand fut enlevé par la cavalerie française entre Nancy et Saint-Dizier et conduit à Saint-Thibault, au quartier impérial. L'empereur n'en était plus à choisir ses moyens de défense ; le hasard mettait entre ses mains une chance de précipiter le retour de Bernadette ; il la saisit.
Il fit donc venir Skjôldebrand, et, pendant près d'une heure, le fixant du regard et donnant à sa voix les inflexions les plus pénétrantes^ il harangua le prince de Suède en sa personne, a Pourquoi s'être ainsi conduit envers moi? Sans lui, j'aurais été au fond de l'Allemagne et plus loin encore. J^aurais pu l'empêcher d'aller
en Suède, et j'ai au contraire approuvé son élection; et il vient maintenant assister, impassible, à la dévastation du pays qui Ta vu naître ! Ne comprend-il pas que la France et la Suède sont deux alliées naturelles, comme au temps d'Oxenstiern et de Richelieu? » Puis, revenant sur lui-même : « Tout était contre moi à mon retour de Russie. Les atrocités des Cosaques m'ont rendu Tamour du peuple ; la revanche approche, Télan de 1792 va revenir; je n'ai jamais été plus fort qu'aujourd'hui. » Il continua longtemps ainsi, avec une éloquence émouvante contre laquelle Skjôldebrand se défendait à peine. « Dites au prince royal, conclut-il, et il le lui répéta en le congédiant, dites-lui de se rappeler qu'il est né Français. » (27 mars.)
Skjôldebrand, reconduit aux avant-postes ennemis, ne devait reparaître à Liège que quelques jours après. Ne recevant pas de nouvelles de son envoyé, surexcité par de nouveaux avis venus de Paris, Charles-Jean quitta Liège le 25 mars incognito, en chaise de poste, accompagné des comtes Lôwenhielm et Brahé, et se dirigea vers le théâtre des événements. Il voyait les chances des Bourbons subitement s'accroître, dépasser les siennes, et commençait à se douter qu'il pourrait tout au plus, au moment de la crise prochaine, jouer un rôle temporaire en France. Peut-être s'imaginait-il devoir trouver à Nancy ces députés que les mécontents de Paris avaient espéré un moment y appeler et y constituer en assemblée délibérante.
A travers un pays dévasté, où il devait se procurer des chevaux le pistolet à la main, il arriva à Nancy et y apprit avec stupéfaction les événements des jours précédents. Alexandre était loin, et la Lorraine pour ainsi
dire à la merci des troupes françaises. De Skjôldebrand, point de nouvelles ; Napoléon pouvait apparaître d'un moment à l'autre dans le voisinage ; enfin le comte d'Artois séjournait à Nancy depuis une semaine. Étourdi, confondu par cette succession d'incidents inattendus, CharlesnJean se demandait si déjà Paris était pris, l'Empire à terre, et s'il surviendrait à temps pour jouer son rôle de médiateur. Il n'avait pas encore réfléchi sur ces diverses surprises, et voici qu'une heure après son arrivée Alexis de Noailles se présentait à sa porte, lui proposait une entrevue de la part du comte d'Artois. Parfaitement oublieux des regrets témoignés quelques jours auparavant à Ghabannes, il la refusa. Il allégua l'incognito sous lequel il voyageait, souleva de futiles raisons d'étiquette, rappela enfin que les souverains alliés .avaient jusque-là écarté d'eux les princes français; que d'ailleurs la cause des Bourbons n'était ni la sienne ni celle de la France, que le canon n'avait pas dit son dernier mot, et que lui-même allait repartir immédiatement pour l'armée. Il envoya ensuite Lôwenhielm adoucir par quelques paroles de regrets la dureté de sa réponse, et le lendemain matin à cinq heures il reprenait en toute hâte la route de Liège.
A. Kaiserslautern, où il s'arrêta pour diner, il se retrouva, dans la personne du comte de Bouille, en face de Louis XVIII. Bouille arrivait d'Angleterre et courait •après lui à franc étrier, l'ayant inutilement cherché à Liège. Cette fois il était chargé de lui offrir, avec le titre de généralissime des armées françaises, « l'autorité et la prééminence nécessaires à l'exécution de ses nobles projets w • Il apportait en outre une lettre autographe où Louis XVIII, s'adressant à son « très affectionné
frère w , associait en eux ingénieusement, pour le triomphe de la bonne cause, le compatriote et le descendant de Henri IV (1). Le prince lut avec recueillement répitre royale, promit de la conserver comme son plus cher trésor (cette fois il était en possession du gage qu'il convoitait); puis il congédia Bouille avec des phrases banales de sympathie et reprit à fond de train sa route vers Liège, où il reparut dans la nuit du 4 au 5 avril.
Presque en même temps que lui, arriva aux Pays-Bas la nouvelle de la prise de Paris et des manifestations en faveur des Bourbons. Tout espoir était-il cette fois perdu? On l'entendit dire : Encore quelques jours, et Ton verra s'il se rencontre quelqu'un pour dominer la France sans élever le drapeau révolutionnaire ni la bannière blanche. Fidèle à son jeu de bascule, il écrivit au prince de Gondé une lettre de félicitations, agrémentée de considérations sur les obstacles que Napoléon, encore debout à la tête de ses derniers soldats, pourrait opposer à la Restauration (2).
Ces obstacles, il essaya de les soulever lui-même. Après avoir communiqué à Suchtelen les propositions de Louis XVIII, le 10 avril, il transfère son quartier général à Bruxelles. Là, sous prétexte d'annoncer les nouvelles de Paris à Garnot, qui tenait encore, non loin de là, la place d'Anvers, il lui écrit, dans une
(1) Un des fidèles de Louis XVIII, Dillon, avait en même temps, dans une lettre à Stedin{>k, qualifié le prince royal de « brillante étoile du Nord » et dit^ comme pour rendre hommage à son origine et à son patriotisme d'autrefois : « Il n'y a qu'un Français qui puisse rétablir la France. » (Stedingk, Mémoires, III, 365-366.)
(2) Archives nationales, dossier Surval. La lettre a été imprimée dans le Dictionnaire des généraux français, par Cocrcelles. (Art. Berna"
^dotte.)
intention assez claire à deviner : « En vous proposant de remettre la forteresse dont vous avez le commandement et de joindre vos troupes à celles que je mène à la conquête de la paix, je témoigne mon désir de conserver à la France un homme qui peut encore lui être utile. » Garnot sut lire entre les lignes et répondit dans le même style. Législateur redevenu soldat, il voulait demeurer tel et attendait de Paris, pour s'y soumettre, les ordres authentiques du nouveau gouvernement : « Cette résolution, ajoutait-il, ne peut manquer d'obtenir l'approbation d'un prince né Français et qui connaît si bien toutes les lois que l'honneur prescrit. » Le prince comprit et ne répliqua pas ; mais la fortune avait-elle cette fois bien dit son dernier mot? Remplaçant dans sa chaise de poste Lôwenhielm et Brahé par Auguste de Staël et Benjamin Constant, il accourut seul, désarmé, au rendez-vous général de l'Europe victorieuse.
Lorsqu'il arriva à Paris, la révolution politique dont il s'était flatté de recueillir le bénéfice s'achevait. On ne s'était pas même donné la peine de le discuter; on l'avait écarté sans phrases, autant dire oublié, et ce rôle souverain de médiateur entre la France et l'Europe qu'il espérait obtenir, Alexandre le tenait à sa place, de l'assentiment de tous. Encore ne l'exerçai t-il qu'à condition de laisser agir une poignée d'intrigants et de mécontents. Talleyrand jouait au maire du palais et disposait de la France en faveur des Bourbons. Au conseil tenu chez lui le 31 mars, où fut débattue la succession de Napoléon, le tsar se rappela bien son protégé : mais, devant des interlocuteurs dont il préjugeait l'opinion hostile, il prononça le nom de Berna-
dotte du ton d'un homme qui s'acquitte d'une promesse et non en maître qui formule et entend soutenir de haut son opinion. On ne dit pas qu'il ait répliqué à l'objection de Talleyrand : a Pourquoi un soldat, quand nous rejetons le premier de tous? »
Quelques jours après, dans la nuit du 4 au 5 avril, il renouvela sa tentative. Caulaincourt, Marmont et Macdonald, arrivant de Fontainebleau, plaidaient devant lui la cause de Napoléon II et de la régence. Voulant échapper à leurs instances et aussi éviter le retour de l'ancienne dynastie, il remit explicitement entre leurs mains la solution du problème politique. Le Sénat venait de voter la déchéance de Napoléon (2 avril). Aux maréchaux maintenant d'établir une constitution à leur gré, de choisir parmi eux le gardien du pacte social, à l'exemple de ceux qui avaient élu le prince de Suède. Cette insinuation formelle ne fut pas relevée, et, le 6 avril, les sénateurs, même ceux qui avaient personnifié avec Bernadotte l'opposition républicaine sous le Consulat, s'en tinrent à Louis-Stanislas-Xavier, frère du dernier roi.
Au premier moment, Charles-Jean avait mieux à faire que de regretter l'occasion manquée; il devait avant tout se justifier auprès du tsar, anéantir les preuves et effacer la trace de ses récentes intrigues. Or Alexandre venait de recevoir les pièces d'un dossier accablant contre lui : la lettre interceptée par Blticher le 24 mars; la dépêche de Maison surprise par les Russes dans la nuit du 27 au 28 ; enfin le rapport de Franzenberg que venait de livrer, on devine à quelle intention, l'ancien ministre de la police Savary. Malgré tout, il ne se souciait point d'accabler son protégé, de paraître s'être
trompé à son endroit et de faire en outre montre d'ingratitude. Il lui convint donc d'interpréter dans un sens inoffensif pour Gharles-Jean les documents accusateurs, d'accueillir sa défense et d'absoudre ses intentions ; mais il lui fit en même temps comprendre que son prompt départ était nécessaire. Gela fait, il n'avait plus à s'excuser auprès de lui d'avoir si faiblement soutenu ses prétentions dynastiques et accaparé son rôle d'arbitre vis-à-vis de la France.
Sur un seul point du territoire envahi, Bernadotte, représenté par l'aventurier Viel-Gastel, s'était montré sous ce dernier aspect ; son intervention avouée avait provoqué sur la frontière du Sud-Ouest des événements d'ordre très secondaire, mais significatifs et qu'il importe de connaître.
On ignorait encore à Bordeaux les événements de Paris et la déchéance de Napoléon, lorsque Yiel-Gastel demanda au duc d'AngouIême l'autorisation de retourner à Pau et d'y organiser, sous le drapeau fleurdelisé, une légion béarnaise. Le prince, toujours défiant, lui confia une simple lettre de recommandation signée du comte Etienne de Damas, sans vouloir s'engager davantage (1). Viel-Gastel partit, et, de même qu'il s'était improvisé général au service de Suède, il se présenta à Pau comme chargé des pouvoirs du duc d'AngouIême. En le voyant arriver, l'administration municipale de Pau pressentit si bien le caractère ambigu de sa mission, qu'elle ne lui parla que de Bernadotte ; « Je viens, lui dit l'adjoint Picot, parfaitement oublieux de ses récentes imprécations, remercier en votre personne
(1) Le duc d'AngouIême à Wellington, Bordeaux, 10 avril (Wel- LiKGTON, Dispatches, VIII, 739).
S. A. R. le prince de Suède... Combien le nom de votre illustre prince est cher à notre cœur! Depuis vingt ans nous le répétons avec orgueil ; mais désormais nous ne pourrons le dire qu'avec transport, avec un cœur brûlant d'amour et de reconnaissance. » Viel- Gastel répliqua par quelques phrases banales et équivoques. Un de ses premiers actes fut de faire imprimer un placard qui, dans la nuit du 10 au 11 avril, fut glissé sous la plupart des portes et affiché à tous les coins de rue. Voici le texte de cette pièce extraordinaire, qui montre bien sous quelle protection son auteur entendait placer l'ancienne dynastie restaurée et à quelles gasconnades, pour ne pas dire plus, il avait recours :
NOUVELLE OFFICIELLE [sîc)
Un aide de camp de milord Dalhousie, venant de Bordeaux et se rendant au quartier général de Wellington, a apporté à M. le comte de Viel-Gastel les nouvelles suivantes, qu'il s'empresse de communiquer au public.
L'entrée dans Paris de l'armée alliée, commandée parle prince royal de Suède, aux acclamations de : Vive notre libérateur ! Vive Louis X VIII ! Vive le prince royal de Suède !
Les maréchaux Ney et Victor se sont réunis, avec leurs corps d'armée, à celle des alliés ; ils ont fait leur entrée dans la ville de Paris le 31 mars dernier, au milieu de l'allégresse générale. Le drapeau et la cocarde du grand Henri, signe du bonheur des Français, a {sic) été arboré dans cette capitale.
La ville de Paris a adressé une proclamation à S. A. le prince royal, pour remercier ce guerrier sublime et généreux de la paix qu'il va accorder à notre chère patrie.
« Réjouissez-vous, habitants de cette ville : ce grand homme naquit parmi vous (1).
Le dimanche suivant, jour de Pâques, le drapeau blanc fut arboré solennellement sur une des tours du château de Henri IV. Le corps municipal et Yiel-Gastel présidèrent aux réjouissances publiques, et autour d'eux les acclamations dociles du populaire saluèrent dans un singulier pêle-mêle Louis XVIII, Wellington, Bernadotteet son aide de camp. Un contemporain signale un épisode de la fête assez caractéristique et très vraisemblable. Viel-Gastel, à l'en croire, rassembla autour de lui la foule dans la grande cour du château, commenta à voix haute les nouvelles soi-disant venues de Paris et donna pour conclusion à sa harangue le cri de : Vive Bemadotte! Un cri unanime de : Vive Henri IV I lui répondit ; même un des assistants, vieux soldat de la république, pour achever de dissiper l'équivoque, entonna le cinquième couplet, celui qui commence par : Tremblez, tyrans, et vous, perfides, L'opprobre de tous les partis (2) !
(1) Archives des Affaires étrangères^ France, t. 336, f. 29.
(2) D'AsFELO, Souvenirs historiques du château de Henri IV, p. 152. — L'auteur^ de son vrai nom Latapie, a laissé en Béarn une détestable réputation et ne mérite guère créance. Toutefois il parait avoir vu certains faits et lu certaines pièces dont on doit tenir compte, car elles suppléent en partie celles que le principal biographe suédois de Bernadotte (Schinkel) n*a pas su retrouver. Il aurait connu une lettre de Viel-Castel^ à l'adresse des Anglais, qui contient ces mots : « Je dois établir dans une ville principale, sous les ordres du héros du Midi, une
Cette comédie ne pouvait durer. Yiel-Gastel tenta de la prolonger en provoquant l'adhésion des maires au nouveau gouvernement, en ébauchant l'organisation d'une légion béarnaise et d'une compagnie d'élite dite des Chevaliers de Henri IV. Il fit des tournées dans le pays, poussa jusqu'à Tarbes et se décida enfin à révéler les nouvelles vraies de Paris, que Wellington lui avait transmises de Toulouse. Cependant l'attention avait été éveillée à Bordeaux sur ses actes ; le duc d'Angouléme l'accusa d'usurpation de pouvoirs, le comte de Damas lui prescrivit de suspendre ses préparatifs militaires. D'Antin arriva à Pau (20 avril), authentiquement investi du titre de commissaire royal. Ce jour-là finit le rôle de Yiel-Castel; il se débattit encore quelques jours contre les ordres reçus, puis disparut subitement de Pau sans qu'on sût ce qu'il était devenu.
Il avait regagné Bordeaux, où il arriva en accusé, le 6 mai. On lui reprochait de s'être livré, pour subvenir aux frais de sa soi-disant mission, à des opérations financières équivoques, de s'être couvert indûment du nom du duc d'Angoulême, enfin, ceci était le véritable grief, d'avoir agi en réalité et uniquement pour les intérêts du prince de Suède. Le 12 mai, sur un ordre signé Damas, il fut arrêté par la gendarmerie et conduit au fort du Hâ. Il y resta près de deux mois; mais, comme
chambre d'État qui jugera au nom de la France le tyran. » Ailleurs il écrit : m II (Bernadotte) prétendit se créer un royaume nouveau, borné au nord par la Garonne et le canal du Languedoc jusqu'à la mer, au midi par la chaîne des Pyrénées depuis l'Océan jusqu'à la Méditerranée, dont la ville de Pau aurait été la capitale, quoique Bordeaux en fit partie. »
V. aussi Documents sur le département des Basses-Pyrénées de 1805 à 1848 (Pau, 1850), p. 98-100, 104.
il avait trouvé moyen d'émouvoir en sa faveur les bons royalistes de la ville, un avocat plus tard célèbre, Martignac, rédigea en sa faveur un copieux mémoire où il exposait, avec une série de pièces à l'appui, sa conduite en Béarn et demandait pour lui des juges. Or il fallait éviter un débat public, au cours duquel d'augustes noms pouvaient être mal à propos prononcés. Des démarches, dont on devine sans peine le premier auteur et dont l'empereur de Russie se fit l'intermédiaire, aboutirent à faire remettre Viel-Gastel en liberté. Nous retrouverons plus tard sous un masque différent, toujours en face de Bernadotte, cet étrange aventurier.
Revenons maintenant au prince de Suède, que nous avons laissé arrivant à Paris, pour prendre, sans avoir combattu, sa part de la victoire. Il était descendu chez son beau-frère absent, à l'hôtel Marbeuf , plus vaste que son hôtel de la rue d'Anjou. Deux compagnies de la garde impériale russe, entourées de canons, campaient dans sa cour. Une seule fois, il affronta la vue des Parisiens, lorsque, perdu au milieu d'un immense étatmajor, il alla recevoir l'empereur d'Autriche arrivant à Paris. Après avoir accepté de se montrer à l'Opéra à côté des souverains, il s'y rendit à la dérobée et, du fond d'une loge grillée, entendit monter vers eux des acclamations dont il ne voulait point prendre sa part ; acclamations serviles et honteuses, pensait-il, qui lui prouvaient à quel degré de bassesse un régime despotique peut faire descendre une nation.
C'était maintenant que le néant de ses prétentions lui apparaissait. Davout, Garnot, Maison, qu'il avait cru pouvoir entraîner à sa suite, adhéraient sans hési-
tation au nouveau régime, les deux premiers en arborant le drapeau blanc à Hambourg et à Anvers, le troisième en allant saluer avant tous, au nom de Tarmée, Louis XYIII à Calais. Benjamin Constant ornait bien une nouvelle édition de V Esprit de conquête d'un chapitre additionnel où il qualifiait Bernadotte de « grand homme » ; mais dans son Journal il déplorait tout bas la a sotte chute » de son héros, et dès le 3 avril il avait reconnu les faits accomplis. L'Anglais Lewis Goldsmith réimprimait à Paris un pamphlet publié à Londres où il reprochait à Bernadotte, rejeté d'office au milieu des bonapartistes, d'avoir pour frère un galérien et d'être arrivé au faîte de la fortune par la trahison, la rébellion et l'assassinat. Schlegel, la veille encore à ses gages, se croyait indulgent en répétant sur lui le mot de Sieyès en l'an VII : « C'est un merle qui se croit un aigle ! « Enfin le tsar recommandait aux Français une autre renommée que la sienne, celle de Moreau, par la bouche de Lanjuinais et de Garât.
Ainsi, contre son attente, le prince de Suède se vit soudain relégué au second rang des vainqueurs, presque sur la même ligne que les rois d'Espagne ou d'Angleterre ; parmi les a sauveurs de l'Europe » , il comptait moins que Blticher et Schwarzenberg. Par contre, durant son séjour à Paris, redevenu involontairement Français, il se posa, bien qu'avec discrétion, devant ses anciens amis, comme un adversaire, non des nouveaux détenteurs du pouvoir, mais du nouvel esprit de gouvernement (1). Talleyrand et Fouché vinrent renou-
(i) « Le prince^ affirme Suremain dans son Journal, a écrit à Blucher et k Wellington pour leur proposer de se rendre indépendants. C'est un fait connu du roi de Prusse et du ministère anglais. » L'assertion est très
vêler avec lui connaissance, celui-ci déjà railleur et malveillant envers les successeurs de Napoléon, répondant à Stedingk qui lui disait : « Eh bien ! voici qu'on défait les malles de Louis XYIII. — Oui, et on les refera bientôt. « Quelques maréchaux se hasardèrent auprès de leur ancien collègue ; c'étaient ceux qui venaient d'abandonner avec éclat Napoléon déchu : Ney, Marmont, Augereau. Bernadotte trouva piquant de se justifier devant eux comme Suédois en leur reprochant de n'avoir pas rempli jusqu'au bout leurs devoirs de Français. Il refusa une invitation à dîner d'Augerèau, et à Ney, qui s'écriait : u Nous périssions, il fallait bien nager » , il répliqua : « Non, il fallait vous noyer. » Les maréchaux à leur tour n'abordaient pas sans contrainte leur camarade d'autrefois transformé en Altesse royale, chevauchant, avec le grand cordon de l'Épée, au milieu des souverains étrangers. Entre eux, ils lui reprochaient d'avoir été la cause déterminante des défaites de 1813, puis d'avoir, au dernier moment, empêché l'empereur, en éveillant en lui de fausses espérances, de traiter à Ghâtillon. Même la femme de son camarade Lefebvre, la légendaire Mme Sans- Gêne, aurait jeté à ses oreilles, par une porte entr'ouverte, la qualification de traître qui, à son aspect, brûlait tant de lèvres.
Ses anciens amis de l'ère révolutionnaire où consulaire paraissaient déconcertés par sa présence et ne se souciaient pas de le revoir, au moins publiquement. La police aperçut Tallien sortant de son hôtel, à demi
nette et appuyée de détails significatifs ; mais que signifie cette bizarre proposition faite aux deux généraux ? Le texte des lettres nous manque et permettrait seul d'affirmer quelque chose de précis.
caché dans une voiture fermée. Barère, toujours servile, risqua une lettre, accueillie d'ailleurs comme il convenait, où il demandait à Bernadette de lui obtenir le pardon des Bourbons et, s'il était possible, une place dans leur gouvernement. Seul, Lafayette montra quelque empressement, se présenta deux fois et ne fut pas reçu : « Je suis trop malheureux « , lui fit dire le prince, honteux de leurs plans avortés (1). Il se trouvait en effet fort embarrassé de sa personne entre les alliés et les Français qui ne le comptaient plus ni les uns ni les autres pour un des leurs. Il se consola tant bien que mal de ses déboires en se laissant raconter par ses familiers qu'on regrettait de ne l'avoir pas vu arriver avant les Bourbons, et que, si la volonté nationale eût été sérieusement interrogée, les choses se fussent passées autrement. Bourrienne, son ancien commensal de Hambourg et son émule en haine contre Tempereur, figurait parmi les puissants du jour. Dans ses conversations presque quotidiennes avec ce personnage, il ne lui cacha ni l'espoir qu'il avait conçu de régner en France, ni l'étonnement que lui causait le rappel de l'ancienne dynastie.
Dans l'amertume de sa déception, il en venait à défendre le souverain déchu contre l'auteur de De Buo^ naparte et des Bourbons, Devant Stedingkqui lui vantait la brochure à la mode, il la déclarait une œuvre peu généreuse puisqu'elle s'attaquait à un grand homme déjà accablé, menteuse puisqu'elle le qualifiait d'étran-
(1) Note de police du 17 avril [Arch.Nat., F^, 6.573). — Lafayette, Mémoires, t. IIL (Appendice V, intitulé Le général Bernadotte.) — Barcre, dans ses Mémoires, déclare (III, 199) qu'il n'attendait alors rien des Bourbons ; c'est le biographe suédois de Bernadotte (Schinkel, t. VIII, chap. Vf) qui nous révèle ses inutiles sollicitations.
ger, injuste puisqu'elle lui refusait jusqu'au courage. Après avoir accusé plus ou moins haut, pendant quinze ans, la servilité des Français, il ne voyait plus que leur ingratitude. Jusqu'au bout, il se crut l'homme nécessaire et laissa entendre qu'il demeurait seul en état de réconcilier au pied du nouveau trône les diverses fractions de l'armée impériale ; il eût accepté temporairement, sans renoncer à la Suède, le titre de connétable ou les fonctions de généralissime en France. Tout espoir étant perdu de ce côté, il se déclara bravement heureux de l'issue des événements. Sa raison, à défaut de son cœur, lui commandait un prompt retour à Stockholm : uDans ma position, agir autrement serait un crime, et même y penser serait plus qu'une faute. »
Sa résolution prise, il se hâta de liquider les affaires qui le rattachaient à son ancienne patrie. Stedingk et Wetterstedt adhérèrent en son nom au traité général de paix et firent reconnaître par le nouveau gouvernement français le changement d'état de la Norvège. Il ne pouvait plus être question pour Gharles-Jean de revendiquer la principauté de Ponte-Corvo rendue au Saint-Siège. Il renonça de même à la Guadeloupe, mais moyennant une indemnité d'un million de livres sterling prélevé sur l'indemnité générale de guerre et, en fait, versé entre ses mains par les Anglais. C'était tout bénéfice pour son trésor privé ; il manifesta néanmoins son regret de ne point garder, à titre de propriété personnelle, un lambeau de terre française.
Du côté des Bourbons, il pouvait tout craindre dans Tavenir. En ce moment, on lui savait gré de sa haine et de son offensive heureuse contre le « Corse » , mais lui-même allait constituer une exception permanente
au principe de la légitimité et une anomalie dans Tétat nouveau de l'Europe. Déjà la presse royaliste lui signi^ fiait à mots couverts de quitter promptement la France et prédisait sa prochaine expulsion de la Suède, coïncidant avec le retour du fils de Gustave IV. Aussi Charles- Jean partit-il de Paris dès la fin d'avril, sous couleur d'aller mettre ordre aux affaires de Norvège; du moins il ne s'éloigna qu'après avoir obtenu, avec toutes les satisfactions de forme qu'il pouvait espérer, la reconnaissance implicite, par la dynastie restaurée, de ses droits en Suède et de sa situation en Europe.
S'étant fait prudemment précéder aux Tuileries par Stedingk, l'ancien courtisan de Marie-Antoinette, il se présenta le 23 avril chez le comte d'Artois, lieutenant général du royaume. En l'abordant, il lui manifesta ses regrets de s'être dérobé devant lui à Stralsund et à Nancy ; mais la conduite de l'empereur Alexandre lui avait dicté la sienne. Maintenant que le vœu de la nation (il appelait ainsi le vote du Sénat impérial) s'était manifesté, il apportait spontanément ses félicitations. Il se permit aussi quelques conseils, s'il est vrai qu'il ait répété à Monsieur cette maxime attribuée à Mazarin et pratiquée dans ses bons jours par Napoléon : « Pour gouverner les Français, il faut une main de fer dans un gant de velours. » Non seulement la visite fut rendue, mais une invitation à dîner fut faite et acceptée.
En regagnant ses États par la route des Pays-Bas, le prince de Suède rencontra et entretint, au château de Compiègne, le nouveau roi, celui dont il avait quinze ans auparavant, comme ministre, dénoncé solennellement la lâcheté aux armées françaises. Ici encore il ne résista pas à la tentation de donner des conseils au
descendant de Henri IV et au prince qui mettait la dernière main à la Déclaration de Saint-Ouen ; il exposa ses vues, qu'on ne lui demandait pas, sur le meilleur mode de gouvernement pour la France. Pédagogue politique incorrigible, il fit comprendre qu'il repoussait, comme n'étant plus de saison, tout appel au droit divin, toute constitution octroyée. C'était parler à la fois comme Alexandre, l'élève de Laharpe, et comme Lafayette, l'ami de Washington. Il eût préféré voir Louis XVIII s'en tenir quelque temps à la dictature pure et simple, étourdir ses sujets par des phrases sonores sur le patriotisme et la gloire nationale, et leur dicter, sans y paraître, une constitution émanée en droit de la volonté populaire. Bernadette s'est montré toute sa vie très libéral en paroles, avec des retours involontaires, dans son langage et sa conduite, de caporalisme et de jacobinisme. S'il eût régné en France, il eût continué le régime impérial, avec l'empereur en moins, et quelques hommages de forme à l'esprit de 1789 en plus.
Dès le mois de mai 1814, le prince royal de Suède avait quitté la France pour toujours, avec la perspective d'un exil cette fois irrévocable.