‹ Bernadotte, roiChapitre 10 sur 111 · Schinkel, t. V, p · texte numérisé non relu

Schinkel, t. V, p

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fît la déclaration suivante : « L'amour-propre est souvent le mobile de nos actions. A l'époque où je fus élu, on disait : Il est proposé, mais il n'osera pas accepter. Ce mot vint de haut. Alors, j'aurais voulu abdiquer mes emplois, rentrer dans la vie privée, mais ce mot : il n osera pas^ m'entraîna et j*osai *. »

Il est fort possible que l'on soit venu rapporter à Bernadotte un pareil propos et il est plus que probable qu'il se sentit en effet piqué au jeu. La petite scène du parc delà Grange est également des plus vraisemblables; tout porte même à la croire rigoureusement exacte. Supposer cependant que le maréchal accepta la couronne de Suède parce que l'Empereur avait dit : « il n'osera », ou dans le dessein d'assurer l'avenir d' « Oscar », serait commettre une erreur évidente. Certes, il n'est jamais difficile de deviner les mobiles qui déterminent un homme à s'asseoir sur un trône : l'ambition et la vanité suffisent pour cela. Mais encore doit-on se demander laquelle d^ ces deux passions l'emporte sur l'autre, et toutes deux peuvent être accompagnées d'une foule de sentiments très divers, capables de les nuancer à l'infini. Or, pour comprendre l'histoire de Bernadotte, il importe d'essayer de démêler ces divers sentiments : la chose est aisée du reste, en se rappelant la situation où il se trouvait à ce moment-là à Paris et il suffit, pour cela, de se remémorer les principaux incidents de sa carrière.

1. Xavier Marinier, La Suède sous Bernadotte, une visite à Charles XIV Jean, Revue des Deux Mondes, 15 juin 1844.

L*ACCEPTAT10N 27

Né à Pau le 26 janvier 1764, fils rravocat, le jeune Bernadette, mécontent, dit-on, de la préférence témoignée à son frère aîné, s'engagea, le 3 septembre 1780, au régiment de Royal-Marine, alors en garnison en Corse *. Il y eut un avancement normal pour l'époque et quelques succès. Caporal le 16 juin 1785, il était sergent la même année, sergent-major en 1788 et adjudant au commencement de 1790. Entre temps la femme de son colonel avait remarqué les charmes du sergent « Belle Jambe » et lui témoignait son admiration d'une façon rien moins que platonique ^ Par reconnaissance sans doute, le jeune homme se montrait fort dévoué à son chef : en 1790, étant à Marseille, il lui sauva la vie dans une émeute, ce qui lui valut, Tannée suivante, le grade de sous-lieutenant au régiment d'Anjou.

Les guerres de la Révolution fournirent au nouvel officier l'occasion de se distinguer et il avança alors avec la rapidité prodigieuse dont on trouve maints exemples à cette époque. En 1793, il est à l'armée du Rhin, commandant une demi- brigade sous Custine; Tannée suivante, passé à Tarmée de Sambre-et-Meuse, il se distingue à la bataille de Fleurus, si bien que Kléber lé fait nommer général de brigade; environ trois moi^ plus tard, son rôle considérable à la prise de

1. Je n'ai pas la prétention de donner ici sur la carrière française de Bernadotte d'autres renseignements que ceux qui se trouvent un peu partout: la plupart des dates sont empruntées à la notice de Hellstenius dans le Nordisk Familjebok,

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