‹ Bernadotte, roiChapitre 11 sur 111 · Barras, Mémoires, t. Ili, p · texte numérisé non relu

Barras, Mémoires, t. Ili, p

Maestricht lui vaut le grade de général de division. Après avoir servi deux ans en Allemagne, sous les ordres de Jourdan, il est chargé, au début de 1797, de conduire en Italie vingt mille hommes détachés de l'armée de Sambre-et-Meuse : ce qui le met alors, pour la première fois, en relations directes et suivies avec Bonaparte. Après qu'il eut gouverné pendant quelques mois le Frioul, le Directoire lui confia l'ambassade de Vienne, où il arriva en février 1798. Sa mission, toutefois, ne dura pas longtemps : il Finterrompit lui-même brusquement, dès le mois d'avril, à la suite d'une émeute où la populace insulta Técusson de l'ambassade. Revenu à Paris, il refusa un poste diplomatique à la Haye et un commandement militaire, mais au bout d'un an environ, en juillet 1799, sortit de son inaction en acceptant le ministère de la guerre qu'il garda jusqu'au moment du 18 brumaire.

Le changement de régime n'interrompit aucunement sa carrière. Le Premier Consul le nomma conseiller d'État en janvier 1800, lui confia, en avril de la même année, le commandement de l'armée de l'Ouest, et le. chargea de pacifier la Vendée. Successivement désigné, ensuite, pour commander l'armée de Portugal et l'expédition d'Irlande, il ne joua cependant aucun rôle dans les guerres étrangères avant l'avènement de l'Empire. Maréchal de France le 19 mai 1804, c'est-à-dire dès la création de la dignité, il fut envoyé dans le Hanovre, en qualité de gouverneur, et y demeura de juin 1804

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à septembre 1805. Lors de la guerre contre TAutriche et la Russie, il fut mis à la tête d'un corps d'armée et assista à la bataille d'Austerlitz. Le 5 juin 1806, l'Empereur le créait prince de Ponte-Corvo. Il prit part ensuite aux campagnes de 1806 et de 1807, s'empara de diverses places, telles que Halle et Lubeck, remporta des avantages sur les Russes, notamment à Mohrungen, mais arriva à Eylau deux jours après la bataille. A la suite de la paix de Tilsitt, on le retrouve gouverneur, des Villes Hanséatiques, puis chargé de l'organisation de l'armée destinée à débarquer en Suède. En 1809, il prend part à la campagne contre l'Autriche, mais divers incidents qui se produisirent à Wagram et sur lesquels je vais avoir à revenir, l'obligèrent à quitter précipitamment l^armée. Néanmoins, avant la fin de l'année, il était investi du commandement des gardes nationales chargées de repousser l'attaque des Anglais sur Walcheren, commandement qu'il ne garda toutefois que peu de temps.

Ce sont là, sans nul doute, de brillants états de service, une existence remarquablement variée et remplie. Cependant, en y regardant de plus près, on découvre dans la carrière militaire de Bernadotte certains détails médiocrement heureux. Les incidents auxquels je faisais allusion à propos de Wagram, le retrait du commandement des gardes nationales, lors de l'affaire de Walcheren, ne furent en réalité que la conséquence et Tabou tissement de toute une série de faits plus ou

moins graves dont les premiers remontaient assez loin. Le rôle de Bernadotte, dans plus d'une circonstance, fut étrange et ambigu : la cause en était dans son caractère même.

Cet homme qui avait toujours vécu presque exclusivement en soldat, qui avait pris part à de nombreuses campagnes et s'y était distingué en maintes occasions, qui était, de Taveu de^ tous, un général sinon supérieur • au moins très suffisant et dont la bravoure en tout cas ne faisait point doute, cet homme, chose singulière, n'avait pas, à proprement parler, l'esprit militaire. Se résigner à n'être qu'une partie d'un tout, ne voir que l'intérêt général en faisant abstraction de sa propre personne, exécuter avec intelligence et exactitude les instructions reçues sans vouloir y substituer ses propres conceptions et sans se laisser influencer par des considérations étrangères au service, autant de choses dont il était radicalement incapable. M. Thiers Ta appelé « un général d'un esprit inquiet et susceptible' ». La définition est incomplète car elle ne rend pas compte des multiples aspects d'une nature faite de replis .et de contradictions, mais les deux expressions sont rigoureusement exactes. Les rapports de Bernadotte devenu chef d'Ëtat avec les puissances étrangères nous fourniront des preuves de sa susceptibilité et toute l'histoire de son gouvernement nous le montrera dévoré de

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