Barras, Mémoires, t. HI, p
o2 BERNADOTTE ROI
— encore moins s'y tenir. Barras rapporte dans ses mémoires une conversation indubitablement exacte pour quiconque a uii peu étudié Bernadotte. Le général sollicitant le Directoire, demandait à la fois les choses les plus contradictoires : il était altéré de repos et n'aspirait qu'à agir; il souhaitait le commandement de Tarmée d'Italie et sa mise à la retraite, un emploi dans le Nord et le gouvernement des îles Ioniennes. Et parlant de ses désirs variés à l'un des Directeurs, il les exposait avec une emphase prodigieuse^ entrecoupant ses demandes de déclarations véhémentes, de cris, de roulements d'yeux et de grands gestes, de toute une mise en scène ultra-méridionale faisant paraître les discours plus incohérents qu'ils ne devaient l'être en réalité ^ Dans le fond, en effet, Bernadotte ne fut jamais extravagant. Si ses propos déroutent souvent, ses actions s'expliquent toujours sans difficulté lorsqu'on a compris le mobile auquel il obéit à peu près constamment.
La préoccupation de son intérêt personnel ne l'abandonne jamais, mais demeure plus instinctive que raisonnée. Elle ne lui inspire donc point de grands desseins, logiques et suivis, mais se manifeste en chaque occasion, importante ou médiocre, des façons les plus diverses. C'est à elle qu'il convient de rapporter notamment ce manque de hardiesse, de spontanéité ou