‹ Bernadotte, roiChapitre 18 sur 111 · Barras, Mémoires, t. III, p · texte numérisé non relu

Barras, Mémoires, t. III, p

l'acceptation 39

qu'il en eût. BernadoUe ayant épousé, au mois d'août 1798, Mlle Désirée Clary, fille d'un négociant de Rfarseille et belle-sœur de Joseph, se trouvait ainsi allié à. une branche de la famille Bonaparte. D'autre part, Désirée avait été autrefois la fiancée de Napoléon qui l'avait connue à un passage à Marseille et l'aurait épousée sans doute si Joséphine ne l'avait ensorcelé à Paris*. Or on a pu prétendre que Napoléon, même empereur, garda toujours au fond du cœur un sentiment assez tendre pour sa première fiancée, sentiment qui contribuerait à expliquer la mansuétude dont il fit souvent preuve à l'égard de Bernadotte *.

La conspiration de Rennes, le vote contre le consulat à vie, joints à tous les incidents antérieurs, étaient suffisants pour justifier, de la part de Napoléon, une certaine rigueur, ou, tout au moins, une absence marquée do faveurs. Or, on l'a vu, la carrière de Bernadotte ne fut aucunement entravée. Il devint maréchal, prince, reçut des dotations considérables et se vit chargé de fonctions importantes et délicates. Bien mieux, il ne tomba jamais en disgrâce complète, malgré ses imprudences ou ses incartades. Les sentiments de Bernadotte n'avaient point changé : lui attribuer une haine féroce et implacable «erait manifestement faux; mais, s'il ne conspirait plus positivement, il semble bien qu'il considérât l'Empereur

1. Hochschild, Désirée, reine de Suède et de Norvège p. 7 et suiv.

2. F. Masson, Napoléon et les femmes, p. J3. Cf. Marbot, t. II, p. 270, et Schinkel, t. VUI, p. 79, note.

comme un rival plus heureux et conservât au cœur une certaine rancune qu'il ne dissimulait pas complètement. Déterminer dans quelle mesure celte rancune put influer sur ses actes, est chose beaucoup plus malaisée. On relève bien, au cours des campagnes de 1805 à 1809, un certain nombre de circonstances un peu singulières où la conduite du maréchal ne fut pas absolument correcte : mais ces faits sont souvent difficiles à établir avec une précision complète et leur interprétation est plus incertaine encore. Le jour des batailles d'Iéna et d'Auerstedt, cependant, Bernadotte paraît bien ne pas avoir agi avec toute la vigueur désirable, en refusant notamment de soutenir Davout*; on a prétendu également que s'il arriva en retard à Eylau, ce fut de son plein gré et parce qu'il désobéit aux ordres reçus-. Cela encore est très possible : en conclure cependant qu'il agit uniquement et sciemment par hostilité contre l'Empereur et dans le seul dessein de lui nuire, serait pour le moins téméraire. Les mobiles de ses actions sont volontiers confus et toujours complexes : on en peut trouver la preuve, à la même époque et à propos de faits^ du même genre, en se rappelant les incidents de la bataille de Wagram, incidents plus généralement connus et plus clairs.

Le 5 juillet, premier jour de la bataille, Bernadotte

1. Commandant Foucart, Campagne de 4806, Notamment p. 670, 694 et suiv. Correspondance de Napoléon, 15787.

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