‹ Bernadotte, roiChapitre 2 sur 111 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

poserait en outre tout un volume d'explications préliminaires. Mais diverses circonstances spéciales rendent particulièrement malaisée l'analyse du caractère du roi Charles-Jean. Encore qu'il aimât beaucoup à écrire et à parler, il n'a point laissé, que je sache, des Mémoires ou des Correspondances intimes où il exprime avec un peu de continuité ses sentiments et ses jugements. Les ouvrages relatifs à l'histoire de son règne ne fournissent pas non plus toutes les indications que l'on aimerait à y trouver. Le plus important de tous, les Mémoires tirés des papiers de Schinkel, est une mine très précieuse, mais n'a guère qu'une valeur d'annales et la physionomie du roi se dégage mal du prodigieux amoncellement de faits qui s'y trouvent entassés sans nul classement. D'autres sont d'une partialité désolante. Touchard-Lafosse, par exemple, qui, ayant eu communication de documents officiels, donne nombre d'indications curieuses, est un panégyriste systématique. Nauckhoff, au contraire, qui fut maréchal de la cour et partant bien renseigné, détestait tellement le roi que ses Souvenirs, intéressants du restç, sont avant toute chose un réquisitoire haineux dont on ne saurait rien accepter que sous bénéfice d'inventaire.

vin AVANT-PROPOS

Je n'ai cependant négligé de parti pris aucune de ces sources trop peu nombreuses, m'efforçant toutefois de les contrôler constamment les unes par les autres. J'ai tâché du reste de ne point tenir compte des appréciations portées sur le roi. J'ai tenté de déterminer de mon mieux sa conduite exacte dans le plus grand nombre possible de cas, importants ou médiocres, et me suis appliqué à dégager sa personnalité de la masse de petits faits ainsi rassemblés, en cherchant à découvrir les intentions et les sentiments nécessaires pour coordonner et expliquer les actes.

La part d'hypothèse que renferme toujours un essai de reconstruction psychologique est donc augmentée peut-être encore, dans mon travail, par l'absence à peu près totale de confidences directes. J'ai essayé dès lors de séparer suffisamment les faits historiquement prouvés des suppositions auxquelles j'étais conduit. C'est dans le même but que je renvoie, à peu près continuellement et avec une certaine minutie, aux sources consultées, afin de rendre le départ plus facile pour le lecteur désireux de me contrôler.

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