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ROI

l'arrivée en suède

I. La Suède en 1810 : rélection. — II. Bernadotte en 1810 Tacceptation. — IIL Les débuts du prince royal.

Dans l'été de 1810, au moment où le maréchal Bernadotte allait se trouver appelé à la gouverner, la Suède était vaincue et diminuée au dehors, ruinée et affaiblie au dedans. Diverses causes avaient contribué à cet état de choses dont les origines remontaient assez loin.

Depuis les temps glorieux de Gustave-Adolphe et de Charles-Gustave, le système général de l'Europe avait peu à peu changé. Les Etats se concentrant toujours davantage, les petits disparaissant, absorbés par lés gros, ceux-ci se trouvaient disposer d'armées plus nom-

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breuses et de ressources plus considérables, si bien qu'un pays de deux millions d'habitants pauvres devait se voir fatalement rejeté à Tarrière-plan. Cette diminution inévitable de la puissance relative de la Suède s'était accentuée encore par le fait que ses voisins et rivaux s'augmentaient à ses dépens. A la suite des défaites de «Charles XII, le Hanovre avait enlevé les riches duchés de Brème et de Verden; la Prusse, la majeure partie de la Poméranie. La Russie, l'ennemie traditionnelle et héréditaire, s'était emparée à la même époque de la Livonie, de la Courlande, de la Carélie, de TEsthonie et de l'Ingrie; un demi-siècle plus tard, elle y ajoutait la partie méridionale de la Finlande et maintenant elle venait, par le traité de Fredrickshamn conclu depuis quelques mois à peine, de se faire céder le reste de la province. Ainsi la Suède qui, au commencement du xvni® siècle, occupait la majeure partie des côtes de la Baltique, sans compter divers territoires en Allemagne, ne possédait plus, au commencement du xix% que la Suède proprement dite et quelques districts de Poméranie.

Et le royaume diminué de la sorte, était d'autre part à peu près ruiné. Ici encore l'origine du mal remontait loin. L'épuisement profond résultant dés guerres de Charles XII n'avait jamais complètement disparu depuis lors. A certains moments du xvm® siècle, la situation s'était améliorée et la prospérité avait semblé revenir : mais, parfois, comme sous le règne pimpant et théâtral

de Gustave III, ramélioration était plus apparente que réelle; d'autres fois, comme après l'administration prudente et sage de Horn, de nouvelles calamités étaient venues interrompre le relèvement. Chaque guerre nouvelle, en effet, où la Suède se laissait entraîner, la conduisait à de nouvelles défaites qui réagissaient nécessairement de manière funeste sur son état économique. Les derniers désastres du règne de Gustave IV avaient eu, à cet égard, les conséquences les plus fâcheuses; l'état des finances était de tous points déplorable, la ruine générale dans le pays et la situation risquait d'aller toujours s'aggravant, étant données les entraves qui allaient dorénavant arrêter le développement du commerce. Napoléon s'était montré à certains égards généreux pour la Suède qui l'avait combattu avec acharnement, puisqu'il ne lui avait pris directement aucune province; mais il lui avait imposé d'autre part des conditions plus funestes pour elle que la perte d'un morceau de territoire. A son instigation, le traité de Fredrickshamn stipula l'accession de la Suède au blocus continental, en y apportant toutefois certains adoucissements qui furent supprimés, ensuite, dans le traité de paix avec la France, conclu le 6 janvier 1810. La Suède se trouvait ainsi contrainte de rompre avec l'Angleterre et se voyait condamnée, elle puissance maritime et commerçante, à interrompre tout trafic sur mer.

Si l'on considérait enfin, en cette même année 1810,

le gouvernement du royaume, on y découvrait aussi bien des sujets d'appréhension. Pendant cette période d'un siècle où se consomma sa décadence, la Suède avait subi une série de régimes presque tous mauvais encore que très différents : elle avait passé tour à tour de Pabsolutisme de Charles XII à l'anarchie et aux luttes de partis du « Temps de la liberté », pour revenir ensuite à la monarchie absolue sous Gustave III et surtout sous Gustave IV; Mais, malgré leurs dissemblances, ces divers systèmes de gouvernement présentaient certains traits communs ; tous avaient admis l'existence des mêmes rouages essentiels dont l'origine remontait, du reste, à Forigine même de l'État suédois : d'abord le roi, puis son Conseil et enfin la Diète, composée de représentants des quatre ordres de la nation : noblesse, clergé, bourgeois et paysans. Toutefois, les rapports et l'importance relative de ces différents pouvoirs avaient varié sans cesse, la prépondérance passant successivement de Tun à l'autre par brusques réactions. Lorsque, par exemple, le règne de Charles XII eut montré les inconvénients du pouvoir absolu, la révolution de 1719 fit passer l'autorité, des mains du roi, dans celles de la Diète. Plus tard, les querelles des partis et l'incohérence d'un gouvernement purement parlementaire ayant discrédité ce nouveau régime, Gustave III parvint, par une série de coups d'Etat, à restaurer la puissance royale en éliminant le Conseil et en restreignant l'influence de la Diète. Mais son fils, imbécile et

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fou, fit de son pouvoir Tusage le plus déplorable et se lança aveuglément dans des guerres désastreuses contre Napoléon et contre Alexandre. Une conjuration s'ourdit alors pour délivrer le pays du souverain qui le conduisait systématiquement à sa perte, et, le 13 mars 1809, Gustave IV Adolphe était arrêté dans son palais. La Diète, aussitôt convoquée, proclama sa déchéance et celle de ses descendants, puis appela au trône le frère encore vivant de Gustave III, Charles, duc de Sudermanie, qui devint Charles XIII. Mais la révolution ainsi accomplie ne demeura pas un simple changement de personnes. La royauté ayant mésusé de son pouvoir, le vit restreindre de nouveau. Cependant, chose remarquable dans les circonstances, la réaction s'accomplit cette fois sans exagération, on ne tomba pas d'un excès dans un autre et la constitution de 1809 s'efforça de maintenir un certain équilibre entre le roi, le Conseil et la Diète*.

J'aurai occasion, par la suite, de préciser les attributions de ces trois pouvoirs et d'indiquer les rapports qui existent entre eux. Pour le moment, il suffit de remarquer que le roi doit avoir, de par ses attributions mêmes, une action considérable sur la marche des affaires et que les habitudes et les mœurs politiques

1. Voir le texte même de la constitution de 1809, encore en vigueur dans ses parties principales. En français dans Dareste, les Constitutions modernes, t. II, p. 38. Cf. Emil Hildebrand, Svenska Stats forfaitningens historiska utveckling (Développement historique de la Constitution suédoise), p. 586 et suiv.

tendent à rendre cette action plus considérable encore. Pas plus que les précédentes, en eflfet, la révolution de 1809 n'a brutalement rompu avec le passé et d'anciens usages subsistent, ainsi que d'antiques manières de voir. La tradition monarchique est ininterrompue en Suède et un respect profond y a toujours entouré la personne du souverain. Maintenant limitée, Tautorité de celui-ci continue donc à s'exercer avec toutes les formes employées au temps où elle ne l'était pas et ces formes, accroissant son prestige, se trouvent accroître naturellement son influence.

Malheureusement, il ne fallait pas compter sur Charles XIII pour exercer une influence quelconque car il était de ces hommes qui, loin de pouvoir commander, sont destinés au contraire à se laisser dominer toujours. Lorsque, vingt ans auparavant par exemple, il avait eu la régence pendant la minorité de Gustave IV, son favori Reuterholm l'avait mené à sa guise; plus tard, on l'avait vu tomber complètement sous la coupe d'un soi-disant illuminé, le pseudo-prophète Boheman, et se laisser duper par lui avec une naïveté prodigieuse. En effet, s'il n'avait jamais manqué de courage ni de dignité, son intelligence avait toujours été des plus médiocres. Il en était ainsi dans sa jeunesse, et l'âge, il le faut reconnaître, n'avait point développé ses facultés, tant s'en faut. A l'époque où nous sommes, et bien qu'il dépassât à peine la soixantaine, on le pouvait croire atteint par moments d'un véritable ramollissement

sénile. Il s'attendrissait volontiers, confondait les personnes et les choses et avait parfois des absences de mémoire vraiment singulières : il lui arrivait d'oublier qu'il régnait. Un jour, comme on parlait d'un projet de pèlerinage en Terre Sainte dont son neveu, qu'il avait remplacé sur le trône, paraissait alors très occupé, il s'écria avec conviction : « Comme s'il ne ferait pas mieux de rester tranquillement chez lui et de gouverner son royaume * ! »

Homme de devoir malgré tout, Charles XIII remplissait de son mieux ses fonctions royales. Appuyé sur sa canne à béquille d'or, il venait présider avec zèle et ponctualité les séances de son conseil, mais prenait aux délibérations une part souvent secondaire. Une fois installé dans son fauteuil, il s'y endormait volontiers et les conseillers, bien stylés, respectaient pieusement son sommeil. Les affaires courantes, du reste, n'en souffraient pas trop et s'expédiaient régulièrement. A la fin de chaque rapport, le conseiller qui s'en trouvait chargé s'arrêtait un instant : si Sa Majesté ne donnait p&s signe de vie, il demeurait entendu et le protocole constatait qu'EUe avait daigné approuver la solution proposée *.

Avec un pareil monarque les conseillers auraient pu avoir dans le gouvernement une part très considérable,

1. Anteckningar och minnen af H. G. TrolleAVachtmeister (Notes et souvenirs de H,-G. Trolle-Wachtmeister), édités par E. Tegner, t. I, passim, et t. II, p. 31.

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