Correspondance de Napoléon^ 15735 et
l'acceptation 43
au point de vue moral, quelque chose de louche et d'ambigu. Officiellement, il était toujours un grand personnage; en réalité, il ne comptait plus guère et quand des étrangers de marque venaient à Paris, on leur faisait insinuer de se tenir un peu à l'écart d'un homme aussi mal vu en haut lieu \
Trop fin pour ne pas se rendre compte de cet état de choses, Bernadotte était trop fier pour n'en pas souffrir profondément, trop vaniteux pour ne pas s'en irriter. Je ne crois pas toutefois, que, même à ce moment-là, il ait voué à Napoléon cette haine féroce qu'on lui a parfois attribuée et qui cadre mal avec sa nature capable de sentiments exubérants bien plutôt que profonds. Il est incontestable cependant qu'il en voulût à l'Empereur, mais, et surtout peut-être, il en voulut au régime impérial. Toujours habile à se duper lui-même en drapant ses rancunes dans des théories abstraites et nobles, il se convainquit, de la meilleure foi du monde, qu'un régime sous lequel un homme tel que lui n'avait pas constamment et uniquement brillé, était mauvais dans son principe. On commençait alors, même en France, à éprouver une vague lassitude. Malgré toute sa splendeur, le joug napoléonien semblait parfois un peu lourd et la liberté en apparaissait d'autant plus enviable et plus belle. Bernadotte ressentit ces impressions plus que tout autre : les vieilles formules libérales dont il se