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quotidien d'un valet de chambre expert, secondé par d'innombrables papillotes. Ses mouchoirs, d'une batiste prodigieusement fine, repassés avec un soin spécial, ne le satisfaisaient que difficilement : chaque matin on en présentait, sur un plateau d'argent, une pile tout entière et le plus grand nombre allait joncher le tapis, avant que Son Altesse Royale eût daigné choisir. Ses chaussures mêmes sortaient de l'ordinaire : dans un pays humide et froid, dans une saison où les « galoches » sont de rigueur, il se montrait dans les rues avec des bottes d'une finesse inattendue, si bien que ses futurs sujets demeuraient stupéfaits jusque devant la ténuité de ses semelles *.
Et ses manières n'étaient point indignes de son élégance. Nulle trace de cette raideur cassante que donne souvent aux parvenus la crainte de manquer de dignité. Il savait se montrer déférent : je n'ai pu démêler son opinion véritable sur son père adoptif, mais il prodigua toujours au somnolent Charles XIII toutes les marques du respect convenable. Vis-à-vis des femmes, il était d'une galanterie délicate et parfaite; à l'égard des. hommes, et sauf quand on l'avait irrité, toujours affable
1. Ulfsparre, Mémoires inédits, passim; Trolle-Wachtmeister, passim^ Cf. NauckhofT, Anteckningar af en afliden hofman (Notes d'un homme de cour défunt), publiées d'abord dans un journal et reprises par A. Ahnfeld dans la publication : Vr svenska hofvels och arislokratiens lif. (Tableaux de la cour et de l'aristocratie suédoises, t. \\). Malgré un parli pris évident de caîricature, les indications de NauckhofT s'accordent assez bien avec celles fournies par Ulfsparre et par Trolle-Wachtmeister. Toutefois, en le citant ici pour la première fois, je tiens à rappeler la réserve formelle que j'ai faite à son sujet dans l*Avant-Propos.
et bienveillant. Il appelle « mon ami » tous ceux qui rapprochent, écoute avec attention et intérêt toutes les requêtes et ne termine pas volontiers une audience sans adresser à son interlocuteur quelques phrases aimables qui, chose particulièrement flatteuse, ne sont jamais banales et vagues : les généraux s'entendent rappeler discrètement un épisode glorieux de leurs campagnes, les hommes politiques tel ou tel détail qui leur fait honneur. Car si Charles-Jean ignore à peu près tout de la Suède oii il ne connaît personne, il possède Tart de se renseigner et tire très adroitement parti des indications qu'il s'est procurées. 11 se garde ainsi des maladresses que tels souverains de naissance n'évitent pas toujours et remplit avec beaucoup de tact et d'aisance une des parties — accessoire, peut-être, mais en tout cas délicate — du métier de roi *.
Et ce métier si difficile lui semble familier également dans les occasions solennelles. Il reçoit les députations avec aisance, ne se trouble point devant les ovations et résiste sans faiblir au choc des discours. Toujours prêt à répondre, il parle même au besoin sans qu'on Tait provoqué, car il aime par-dessus tout à haranguer et ne se prive pas volontiers de ce plaisir. Lors donc de son arrivée dans le Nord, il commence avant même d'avoir mis le pied sur le sol de la Suède, et adresse, à Elseneur,
1. Trolle-Wachtmeister; Ulfsparre; Tegner, G.- M. Arnsfeld, t. III, p. 268; Faltmarskalk Grefve J.-C. Toll, biografisk teckning (Étude biographique sur le feld-maréchal comte Toll), p. 115; Schinkel, notamment t. VI, p. 1, et t. V, p. 308; Engestrôm, t. II, p. 180; etc.