Trolle-Wachtmeîster, t. I, p
tempérament à se mettre en avant et sa carrière avait encore développé cette disposition naturelle, en l'habituant à agir et à commander. La modestie, d'autre part, n'étant pas sa vertu dominante, il n'était pas homme à douter de ses propres lumières. De fait, son existence même l'avait mis au courant de questions très diverses : tour à tour ambassadeur, ministre, commandant d'armée ou gouverneur de province, il avait pu s'initier peu à peu au maniement des affaires, de la même manière et en même temps qu'il se familiarisait avec les usages des cours. Il savait donc bon nombre de choses : une assurance imperturbable, sa faconde toujours adroite et la souplesse de son esprit lui permet talent de s'occuper des autres sans commettre d'erreurs trop apparentes, en tout cas sans souffrir lui-même de son ignorance et sans se sentir jamais arrêté par elle* Enfin, — et c'est la remarque à laquelle il en faut toujours revenir, — Charles-Jean était venu en Suède afin de montrer ce dont il était capable et son impatience à cet égard ne pouvait supporter aucun délai.
Mais cela encore n'était pas pour déplaire aux Suédois, puisque eux-mêmes sentaient le besoin d'un gou vernement plus énergique et plus actif. Ils conservaient cependant certaines de leurs appréhensions premières. Au moment de la diète d'Orebro, Engestrôm avait objecté à Fournier que Bernadotte, s'il était élu, obéirait trop aveuglément aux ordres venus de Paris, compromettrait ainsi la dignité de la Suède et la ruinerait,
d*autre part, en rompant brutalement avec TAngleterre.
De telles craintes subsistaient et, par une véritable aberration de logique, les Suédois prétendaient toujours mériter les bonnes grâces de Napoléon tout en discutant avec lui et en pactisant avec ses ennemis. Exactement informé sans doute de cet état des esprits, guidé en outre par ses opinions et ses sentiments personnels, Charles-Jean fit immédiatement des déclarations adroites et catégoriques. Il parla de la France avec émotion ; avec convenance, de l'Empereur, auquel « rattachaient la plus vive réconnaissance et une infinité d'autres liens* », mais ajouta que les intérêts économiques du pays lui seraient toujours sacrés. Le comte Rosen, gouverneur de Gothenbourg, la ville la plus commerçante du royaume, Tétant venu saluer à son débarquement, il lui dit : « Je dois beaucoup à l'Empereur Napoléon, mais je ne suis pas venu parmi vous pour être son préfet et son douanier en chef... Sans doute, ce serait pour moi un bonheur de concilier vos intérêts avec ceux de mon ancienne patrie, mais si le bien de la Suède l'ordonnait, je n'hésiterais pas un instant à me prononcer contre la France ^ » Et il résumait enfin ses sentiments et ses intentions dans une formule parfaitement claire et suffisante pour déchaîner
{.Recueil de lettres, proclamations et discours de Charles XIV Jean, t. I, p. 1.