‹ Bernadotte, roiChapitre 4 sur 111 · TroUe-Wachtmeister, t. l, p · texte numérisé non relu

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plus grande que celle prévue par la constitution. Ils auraient pu avoir, en fait, la direction complète de l'Etat, et il eut été à souhaiter, peut-être, pour le bien du pays, qu'ils assumassent un pareil rôle. Mais personne, parmi eux, n'était vraiment capable de le remplir. D'aucuns, comme le baron d'Engestrom, ministre des Affaires étrangères, homme doux, effaré et médiocre, n'avaient point Tintelligence nécessaire. D'autres, tels que le chancelier, baron Wetterstedt, étaient des . hommes d'une valeur incontestable, mais n'avaient point eu sur leurs collègues un ascendant suffisant pour devenir la cheville ouvrière du gouvernement. Tous enfin étaient plus ou moins retenus par un respect superstitieux pour la volonté royale et par les habitudes d'obéissance contractées sous le régime précédent. Quant à la Diète, qui ne se réunit que de loin en loin, son organisation même lui rend Tinitiative difficile et son intervention active dans la direction de l'État constituerait une véritable révolution que les souvenirs fâcheux du Temps de la liberté ne rendent pas souhaitable.

Ainsi, malgré sa marche parfaitement normale et régulière, le gouvernement de la Suède, privé, en fait, d'un de ses organes principaux, était déplorablement faible et manifestement insuffisant. Capable d'administrer dans une période heureuse, on ne pouvait guère espérer lui voir prendre des décisions énergiques et porter rapidement remède à tous les maux du pays.

Rien, d'autre part, ne permettait d'escompter un avenir meilleur, car on ne savait même pas quel serait le roi du lendemain. La succession de la couronne, en effet, n'était pas assurée. Charles XIII n'ayant jamais eu d'enfant et ses seuls héritiers naturels étant les fils de Gustave IV, irrévocablement exclus du trône, la Diète de 1809 avait dû se préoccuper du choix d'un héritier présomptif en même temps que du choix d'un roi. Christian-Auguste d'Augustenborg, apparenté à la famille royale de Danemark, avait été ainsi proclamé prince royal de Suède au mois de juillet 1809 : mais, moins d'un an plus tard, le 20 juin 1810, il mourait d'apoplexie et les Suédois se trouvaient par conséquent réduits à se demander de nouveau avec angoisse à quel prince étranger et inconnu ils allaient confier leurs destinées. Et cette incertitude du lendemain qui eût, à elle seule, constitué un danger, s'ajoutait, on l'a vu, à la faiblesse d'un roi cacochyme, à la ruine intérieure et à l'abaissement vis-à-vis de l'étranger : tout contribuait donc à rendre la situation de la Suède lamentable, tout justifiait le jugement que le chancelier russe Romanzow portait dans ce même été 1810 : « La Suède est un agonisant qu'il faut laisser mourir en paix^ ».

Les Suédois eux-mêmes se rendaient compte du fâcheux de leur position, mais naturellement, ne s'y

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