‹ Bernadotte, roiChapitre 32 sur 111 · Lebas, Suède et Norvège, p · texte numérisé non relu

Lebas, Suède et Norvège, p

2. Rochechouart; Souvenirs sur la Révolution^ V Empire et la Restau* ration, p. 247.

furent unanimes à déclarer qu'ils n*avaient jamais été aussi émus^

Ainsi Charles-Jean n'apparut pas seulement tel qu'il était, mais tel qu'il voulait paraître. On ne méconnut ^ aucune de ses qualités, ni son intelligence, ni son activité, ni sa bonté, ni ce qu'il y avait en lui de majeslé et de dignité véritables et on ne, remarqua aucun de ses défauts, si ce n'est pour en faire des mérites. On ne s'aperçut point, par exemple, que cette universelle bienveillance qui séduisait tant provenait en réalité d'un grand fonds d'indolente faiblesse, et on admira de bonne foi son outrecuidance agitée et pompeuse. Il semblait dire constamment : « Je suis un grand homme ». Voyant flotter autour de lui Tauréole de la Grande Armée, les Suédois le croyaient volontiers, d'autant plus que l'ayant choisi pour avoir un héros, ils n'étaient pas fâchés de s'entendre affirmer que leur choix avait été bon, fût-ce au besoin par le héros luimême. Et le prince paraissait ajouter : « Vous êtes un grand peuple », car il était évident pour lui qu'un homme de sa trempe ne pouvait commander aux destinées d'un peuple ordinaire. Cette seconde proposition n'était pas non plus pour déplaire. Enfin la conclusion logique de pareilles prémisses : « Ensemble nous allons faire de grandes choses » avivait dans l'esprit de chacun tous les désirs de gloire et de revanche et, du €Oup, l'enthousiasme ne connaissait plus de limites.

i. TpoUe-Wachtmeitsler, t. I, p. 265.

CB. SCHEFER. ^

Mais Tenthousiasme général qu'il souleva n'eut point pour unique conséquence d'assurer à Charles-Jean l'affection et le dévouement de ses futurs sujets : il lui procura, pour les raisons déjà dites, une influence prépondérante dans le gouvernement. Tout le monde ayant été séduit et subjugué, personne ne songeait à résister» Il posséda donc immédiatement toute l'autorité très considérable dont le roi aurait pu user, et le fait fut bientôt consacré par un acte officiel. Étant tombé malade au mois de mars 18H, Charles XIII confia la régence à son fils adoptif, malgré le texte formel de la constitution établissant qu'en cas d'empêchement du roi le pouvoir appartiendrait au Conseil*. La mesure était donc absolument illégale et Tun des membres du Conseil, plein d'admiration cependant pour le prince royal, donna sa démission dès le lendemain, afin de ne pas s'associer à une pareille violation de la loi*. Mais la décision prise consacrait si bien le vœu général que cette protestation, faite du reste sans aucun éclat, passa presque inaperçue et demeura complètement isolée.

Ce fut seulement sept ans plus tard, en 1818, que l'ancien maréchal d'Empire fut sacré roi à son tour, et dans l'intervalle, Charles XIII reprit l'exercice du pouvoir. Son autorité toutefois n'était plus désormais qu'une apparence. La vie politique se trouvait suspendue

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