Touchard-Lafosse, t. 0, p
malaisé de déterminer d'où Tinrent les premières avances. Le comte Platen se rendit à Golhenbourg et s'aboucha avec l'amiral anglais croisant devant le port, et le général russe Tchernitcheff, passant par Stockholm, eut diverses entrevues avec le prince royal, qui affirma son intention d'entretenir des rapports intimes avec le tzar ^ Charles-Jean se gardait cependant de manifester la moindre hostilité violente à l'égard de la France : il voulait bien lui déplaire, mais non se brouiller irrémédiablement, ni surtout immédiatement, avec elle. De fait, les bons rapports subsistèrent un temps, car, le 26 décembre, le baron Alquier, ministre de France, exprimait dans une note officielle toute la satisfaction de l'Empereur et Roi *.
Mais la situation ainsi acquise ne ménageait pas simplement Tamour-propre du prince royal : elle servait encore ses intérêts, étant une première étape nécessaire pour l'accomplissement de desseins plus vastes. Cet équilibre entre les exigences contradictoires de puissances rivales ne saurait naturellement se prolonger, mais ayant été obtenu, il permettrait de profiter des éventualités, de manœuvrer librement au milieu des incidents de la crise prévue et de se déclarer pour l'un
1. Schinkel, t. Vi; p. 34, 35. — . Albert Vandal, t. II, p. 513 et suiv.; L. de Geer, t. II, p. 227.
2. Correspondance de Bemadotte avec Napoléon depuis 1810 jusqu'en 1814, publiée par Bail, p. 96. Le Bas, Suède et Norvège (dans la collection de V Univers pittoresque), p. 318. -- Ce dernier ouvrage contient de nombreuses pièces relatives aux relations entre la Suède et la France à cette époque.
OU l'autre parti, de façon à arriver plus aisément au but proposé. Car Charles-Jean n'avait pas simplement décidé de jouer un rôle actif et brillant, mais précisé aussi en quoi consisterait ce rôle. La réflexion et la prudence très avisée qu'il cachait sous des emportements perpé* tuels et des allures de rodomont, Tempêchaient de se laisser surprendre par les événements ou de se lancer au hasard dans les aventures. Ayant donc démêlé tous les éléments du problème, se trouvant dans une situation convenant bien à ses aptitudes et stimulant son activité, il détermina ce qu'il entendait faire, sans longues hésitations et sans tâtonnements, et, quelques semaines à peine après son arrivée en Suède, se mit à préparer l'acquisition de la Norvège.
Le dessein en lui-même n'était pas nouveau. Déjà, aux siècles passés, plusieurs rois de Suède s'y étaient arrêtés : Charles-Gustave parvint à posséder quelque temps Févêché de Trondhjem et, plus tard, Gustave III rêva lui aussi de conquérir toute la péninsule. Après la révolution de 1809, l'idée se fit jour de nouveau. Des hommes politiques suédois, avant de se rallier à la can-r didature du maréchal Bernadotte, s'assurèrent, en Norvège même, que son succès ne ferait pas obstacle à leurs desseins; puis, aussitôt l'élection accomplie, ils entreprirent de gagner le prince à leurs vues * et, dans ce but, l'un d'eux, le comte Platen, rédigea un long mémoire