‹ Bernadotte, roiChapitre 37 sur 111 · Schinkel, t. VI, p. 46 et 324; De Geer, p · texte numérisé non relu

Schinkel, t. VI, p. 46 et 324; De Geer, p

2. 0. Alin, Den Svensk Norska Unionen (l'Union entre la Suède et la Norvège), p. 1, note, et Appendice, p. 1. — Cf. Albert Sorel, l'Europe et la Révolution française, t. I, 324. -

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tnila complètement Tidée ainsi fournie, la justifia à ses propres yeux à Faide d'arguments tout personnels, et la fit complètement sienne enfin, par la netteté qu'il sut lui donner et par les procédés ingénieux et précis qu'il découvrit immédiatement pour la réaliser.

Le déplacement de territoires était trop considérable pour pouvoir s'effectuer sans le concours ou l'assentiment des grandes puissances. C'est cet assentiment que Charles-Jean entendait obtenir en tirant parti de l'importance que donnerait à la Suède une rupture entre la France et la Russie. L'essentiel de la manœuvre reviendrait donc à se mettre d'accord avec le parti ayant le plus de chances de demeurer vainqueur, ou, pour mieux dire, à tâcher de faire pencher la victoire du côté du parti le mieux disposé. Mais des négociations étant évidemment nécessaires pour être renseigné à cet égard, il demeurait impossible de se décider immédiatement d'une façon définitive. Cependant, uû accord sur les bases souhaitées semblait, a priori, difficile à réaliser avec la France, la Norvège appartenant au Danemark, devenu depuis trois ans notre allié très fidèle. Par contre, l'Angleterre, adversaire constant de Napoléon, et la Russie, son adversaire de demain, n'auraient pas les mêmes objections; Alexandre, notamment, désireux de s'assurer la possession paisible de la Finlande, verrait avec plaisir la Suède se rejeter vers l'ouest. Charles-Jean se trouvait ainsi amené, par la logique même de son dessein, à envi-

sager comme vraisemblable une alliance avec les ennemis de la France. Les premiers échanges de vues auxquels il procéda le confirmèrent dans cette opinion et lui firent préciser rapidement la marche à suivre. Voulant acquérir la Norvège, en profitant de la rupture entre la France et la Russie, il lui faudra tirer parti des appréhensions d'Alexandre et de FAngleterre de manière à leur faire prendre des engagements positifs avant que les hostilités soient commencées; ensuite, favoriser au besoin le tsar, car si Napoléon écrasait son rival, celuici se trouverait naturellement hors d'état de tenir ses promesses.

Ainsi résumé en quelques phrases, tout ce plan diplomatique prend naturellement un air de précision géométrique. qu'il n'eut sans doute jamais, même pour son auteur. Celui-ci était trop bon diplomate pour ne pas admettre la possibilité d'incidents imprévus et ne point laisser flotter, par conséquent, sur ses combinaisons à longue échéance, cette nuance de vague toujours nécessaire pour permettre la conception rapide de nouveaux desseins, sans que l'esprit risque de. se sentir entravé par la rigidité des projets déjà formés. Enfin, son intelligence, très vive mais prime-sautière et tant soit peu décousue, ne se plaisait point aux enchaînements de syllogismes. Il est néanmoins hors de doute que le prince de Suède envisagea, toutes les hypothèses que je viens d^ résumer, en pesa mûrement les conséquences et en déduisit un plan de conduite ûù se retrouvaient

tous les traits que j'ai essayé de marquer. Il est certain également que ce plan se dégagea dans les premiers mois qui suivirent son départ de France : on est cependant convenu de le nommer la « politique de 1812 » parce que ce fut seulement en celte année-là qu'il apparut clairement à tous les yeux.

Pour faire réussir cette politique, 3 fallait compter avec les résistances inévitables des puissances et même avec les sentiments des Suédois auxquels de pareils desseins ne pouvaient qu'être antipathiques. Il y avait assurément parmi eux un parti prônant l'acquisition de la Norvège, mais ses adhérents, peu nombreux du reste, ne voyaient pas, selon toute vraisemblance, la conséquence fatale de leur programme. Acquérir la Norvège, c'était, en effet, renoncer implicitement à un autre dessein, cher celui-là au peuple tout entier : au lendemain de la guerre désastreuse de 1809, les Suédois pensaient, avant tout, à tirer vengeance de la Russie et à lui reprendre la province qu'elle s'était adjugée, la vieille terre de Finlande, conquise jadis par saint Erik, associée pendant près de sept cents ans à toutes les fortunes du royaume et devenue vraiment suédoise par le long travail des siècles. Une alliance avec la. Russie devait donc apparaître comme une monstruosité véritable. L'idée d'une rupture avec la France ne pouvait être populaire non plus, puisque Ton aurait voulu relever le pays grâce à l'appui de Napoléon. Seule l'entente avec l'Angleterre, corollaire nécessaire de

Tentente avec la Russie, ne devait point soulever de protestations, puisqu'elle favorisait les intérêts du commerce. Ainsi Charles-Jean, parfaitement d'accord avec les Suédois quand il se proposait de jouer un grand rôle ou simplement de sauvegarder l'indépendance et la dignité du pays, se trouvait en désaccord complet avec eux aussitôt qu'il précisait son plan d'action.

Chose naturelle du reste. Lorsqu'on lui parlait de reconquérir la Finlande, Charles-Jean demeurait frappé surtout par les inconvénients que présenteraient une frontière complètement ouverte et l'hostilité incessante d'une voisine aussi formidable que la Russie. Les Suédois, eux, ne s'arrêtaient guère à de pareilles considérations, emportés quUls étaient par leurs rancunes ou leurs espérances, dominés, en un mot, par de purs sentiments. Mais ces sentiments, le prince royal ne les éprouvait pas, par le seul fait de sa qualité d'étranger : il lui était même presque impossible de les comprendre, assistant et collaborant, depuis vingt ans, à d'incessants remaniements de l'Europe, à propos desquels nul n'invoquait jamais d'arguments d'un pareil ordre. Le vieux fond de libéralisme qui perçait constamment dans ses discours et même parfois dans ses actes lui faisait admettre, sans doute, les « droits imprescriptibles des peuples », mais il ne donnait naturellement pas à ces mots la signification qu'ils ont acquise au cours d'événements plus récents et l'on ne peut vraiment s'at-

tendre à trouver en lui un champion du principe des « nationalités » cher à Napoléon III, ou un partisan des « droits historiques j> prônés par les patriotes allemands.

Il n*était pas non plus homme à s'inquiéter outre mesure des objections. Il essayait consciencieusement de convaincre tous ceux qui l'approchaient et exposait ses arguments avec sa loquacité et sa grandiloquence accoutumées. Mais si ses interlocuteurs ne se déclaraient pas satisfaits, il ne s'en troublait guère et faisait toujours prévaloir sa volonté. Le jour où un maladroit lui parla de la Finlande avec une obstination vraiment trop grande, il entra dans une colère épouvantable et le mit à la porte*. De pareilles extrémités ne furent d'ailleurs que rarement nécessaires. L'hostilité contre la politique de 1812, pour réelle qu'elle fût, ne se manifesta jamais très ouvertement. Le respect inné des volontés royales et l'ascendant pris par le prince fermaient le plus souvent la bouche à ceux qui se trouvaient en position de parler. Les membres du conseil « approuvaient respectueusement », quittes à se lamenter entre eux et le secrétaire d'État pour les affaires étrangères avait la mort dans l'âme en rédigeant des rapports parfaitement conformes aux vues de son maître^. Il convient de remarquer du reste qu'en pareille matière^ une opposition, quelle qu'elle fût,

1. Schinkel, t. VI, pp. 102 et 108. — Engestrôm, t. II, p. 204.

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