‹ Bernadotte, roiChapitre 38 sur 111 · Engestrôm, t. II, p · texte numérisé non relu

Engestrôm, t. II, p

n'avait aucun moyen d'action légal. Nous verrons par la suite, quand nous en arriverons au gouvernement intérieur, Charles-Jean obligé de compter avec ses conseillers et ses peuples. Mais rien de tel pour le moment. La constitution réserve au seul souverain la direction des affaires extérieures; or le roi, définitivement annihilé, voulait par définition, ce que voulait le prince royal. Les instructions données par celui-ci furent donc toujours exécutées avec intelligence et zèle, même par des agents qui ne les approuvaient point, et il put, n'ayant pas à lutter contre des difficultés suscitées en Suède même, se consacrer sans arrière-pensée aux négociations.

Durant le cours de Tannée 1811 et les premiers mois de 1812, la Suède abandonna peu à peu sa position indépendante et neutre de la fin de 1810. Les rapports avec la France se tendirent progressivement. . Ce n'est pas que Charles-Jean se livrât à aucune manifestation brutale ni parût vouloir prendre l'initiative d'une rupture. La cour de Stockholm semblait s'appliquer, au contraire, à conserver des relations cordiales. Elle n'obtempérait point aux injonctions venues des Tuileries, mais ses refus mêmes demeuraient conciliants et elle continuait à faire preuve d'une amabilité prévenante : au moment de la naissance du roi de Rome, par exemple, un ambassadeur extraordinaire, choisi parmi la plus haute noblesse du royaume, fut immédiatement

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envoyé à Paris et chargé de remettre au nouveau-né les insignes de Tordre des Séraphins*. Mais, au fond, les vues des deux gouvernements divergeaient complètement et chacun pensait avoir, à Fégard de l'autre, de légitimes sujets de plaintes. D'abord et surtout, Napoléon n'était aucunement disposé à approuver les desseins sur la Norvège et ce seul fait supprimait déjà toute possibilité d'entente complète et franche. Charles-Jean d'autre part, se faisait de lui-même, — et de la Suède puisqu'il la gouvernait, — l'idée la plus avantageuse, et si son extérieur et ses manières étaient d'un prince de race, son âme conservait quelque chose de la susceptibilité très irritable des parvenus. Il ne pouvait donc que se montrer froissé en voyant les épîtres grandiloquentes qu'il adressait à son ancien maître lui valoir une communication diplomatique rappelant que l'Empereur et Roi correspondait personnellement avec les seuls souverains'. Il devait enfin, d'une manière plus générale, souffrir constamment de la supériorité dédaigneuse dont Napoléon faisait nécessairement preuve dans ses rapports avec la Suède.

Se considérant volontiers comme supérieur à tous les autres monarques, habitué à imposer ses moindres désirs et confiant dans une puissance dont lui-même entrevoyait à peine les limites, l'Empereur voyait une quantité négligeable dans ce petit royaume vaincu, gou-

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