Trolle-Wachlmeisler, t. I, p
résignaient point. Le vœu unanime dans le pays était un désir ardent de porter remède à ses maux, de refaire ses forces et de venger ses désastres. Un tel état d'esprit s'était manifesté à bien des reprises au cours du xvui® siècle : prendre la revanche des défaites de Charles XII fut pendant longtemps le mot de ralliement des divers partis et c'est pourquoi la Suède s'était trouvée impliquée à maintes reprises dans de nouvelles guerres, qui, malheureuses à leur tour, n'avaient fait qu'augmenter les griefs et les sujet» de rancune. Et de pareils sentiments devaient se manifester plus vivement que jamais à la suite des guerres de Gustave IV dont les conséquences avaient été terribles et.les défaites presque sans gloire. Une cause d'un tout autre ordre contribuait'd'ailleurs à aviver à cette époque les désirs de revanche. Le mouvement romantique commençait alors dans la littérature et, comme partout ailleurs, avait sa source dans un retour vers l'étude du passé national. On se reportait volontiers aux pages glorieuses de l'histoire de la patrie, on célébrait les exploits des ancêtres et non point seulement des héros nébuleux du moyen âge, mais aussi des guerriers fameux du Temps de la grandeur. Les campagnes épiques du xvn* siècle devenaient plus populaires que jamais. Les poètes voyaient passer dans la brume du soir les ombres des « Carolins », de « ces hommes aux longues épées., aux baudriers jaunes sur leurs habits bleus », qui s'en allaient là-bas, en Saxe ou en Pologne, mourir
l'élection il
« pour Dieu et le roi Charles ». Et songeant ainsi au tempà où la Suède, puissante et prospère, occupait en Europe une dies premières places, chacun souhaitait plus ardemment de la voir sortir de sa misère présente '.
Mais bien que Ton fût au lendemain d*un changement de régime, ces désirs de revanche et de régénération ne se manifestaient point de façon tumultueuse ou indisciplinée — fait qui pouvait, à lui seul, faire un peu mieux augurer de Tavenir. Tout le monde souhaitait de reprendre la lutte contre la Russie et d'arracher la Finlande au joug de l'ennemi héréditaire, mais personne ne songeait à se lancer de nouveau dans des aventures inconsidérées. De même, il y avait dans le pays des opinions assez différentes : Tabsolutisme et la maison de Gustave IV comptaient encore des fidèles et ceux-là même qui approuvaient la révolution de 1809 étaient loin d'avoir tous les mêmes idées. Mais ces différents partis ne s'épuisaient pas en luttes inutiles; tous désiraient, avant toutes choses, le bien général et, avec un véritable esprit de discipline, savaient lui sacrifier, dans une large mesure, leurs rancunes ou leurs ambitions personnelles.
Le gouvernement de Charles XIII n'était donc pas sérieusement menacé. Ce n'est pas à dire cependant
1. Tegner, Axel, début. — Sur le mouvement littéraire, voir notamment lUustrerad Svensk littei'turhistona (Histoire illustrée de la littérature suédoise), t. II, par K. Warburg; G. Frunck, Nya skolans fôrberedelser och forsta utveckling (Origines et développement primitif de la Nouvelle Ecole); du même, Bref rôrande nya skolans historia (Lettres se rapportant à l'histoire de la Nouvelle Ecole).
que ce pouvoir somnolent parût satisfaisant. Bien des gens se rendaient compte de son insuffisance; mais le renverser eût été évidemment provoquer une crise des plus graves, si bien qu'on se résignait à lui, espérant que la venue d'un prince héritier modifierait la situation. L'âge, la santé et le caractère même du roi le feraient sans doute renoncer prochainement au pouvoir, au moins en fait. Le nouveau prince, s'il se montrait à la hauteur de sa tâche, pourrait donc exercer, dès le principe, une influence considérable et prendre immédiatement, à la direction des affaires, une part très active, voire prépondérante, qui tirerait le gouvernement de sa torpeur néfaste : c'est ainsi que pour des raisons très diverses, l'élection de l'héritier de la couronne se trouvait acquérir une importance plus considérable encore qu'en toutes autres circonstances *.
Les lois constitutionnelles laissent le choix de l'héritier du trône à la Diète; à elle de désigner le prince que le roi adoptera ensuite. Conformément à ces dispositions, Charles XIII invita . les États du royaume à se réunir, le 23 juillet 1810, dans la petite ville d'Ôrebro. Mais, d'autre part, il appartient au souverain de préparer, et même, dans une certaine mesure, de diriger le choix des représentants de la nation; il doit présenter un candidat qui sera examiné par une commission de la Diète dont les conclusions seront ensuite