Touchard-Lafosse, t. H, pp. 290 et
suédoise, et uae évolution d^autant plus importante à escamoter qu'elle était imposée et constituait un recul. A ne considérer que l'apparence, aucun événement n'était intervenu, capable de changer les desseins du prince : tout, au contraire; semblait marcher à ses souhaits. Mais sa finesse et sa prudence habituelles lui montraient que la situation se modifiait, risquant, s'il n'y prenait garde, de devenir dangereuse. Et en cela, il voyait juste. Une période nouvelle de l'histoii'e de la Politique de 1812 s'ouvre en effet au moment de Tentrevue d'Abo. Jusque-là les circonstances ont constamment favorisé les efforts de Gharleâ-Jean ; maintenant les difficultés sérieuses vont surgir, et nous allons le voir aux prises avec elles.
II avait espéré, je l'ai dit, se mettre en possession de la Norvège avant que la guerre entre Napoléon et Alexandre eut pris une tournure trop sérieuse. Satisfait et tranquille, il aurait pu, dans ce cas, assister aux événements avec une certaine philosophie, reculer ou marchander de nouveau son entrée dans la lice. Mais les pourparlers avec la Russie avaient traîné et la Grande Armée s'avançait déjà victorieuse au travers des Etats de son allié, au moment où lui-même pouvait seulement commencer à songer à sa campagne personnelle contre le Danemark* Or si Napoléon l'emportait, la France dicterait de nouveau ses volontés absolues à l'Europe, et 4ians ce cas l'acquisition de la Norvège, fût-elle accom-
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plie, ne saurait être maintenue. Il fallait donc empêcher à tout prix Alexandre de succomber, pour cela ne rien distraire de son armée et avoir la patience d'attendre. Charles- Jean eut le talent de le comprendre à temps et le dit en toute franchise à Alexandre lui-même ^ Mais cette attente forcée finit par se prolonger beaucoup plus longtemps qu'il n'avait supposé. Quand la position de la Russie eut cessé «d'être critique, d'autres causes intervinrent. Et d'abord l'Angleterre persistait dans son attitude : toujours moins intéressée à se lier avec la Suède qu'Alexandre ne l'avait été, elle continuait à exiger que la rupture entre Charles-Jean et Napoléon devint officielle et complète^ et, au sujet de l'action contre <c l'ennemi commun », ne se contentait toujours pas d'une formule générale et vague : elle voulait bien payer, mais seulement des services réels et rendus *. Plus tard, quand la Grande Armée commença sa retraite à travers l'Allemagne, de nouveaux obstacles surgirent. Napoléon ayant pu être vaincu sans le concours du prince royal ce concours devenait moins désirable. Au fur et à mesure que les troupes françaises reculaient, la coalition se reformait sans difficulté et ses chefs étaient en droit d'espérer le triomphe, même sans l'appoint de la Suède. Si celle-ci se montrait vraiment trop exigeante, peut-être y aurait-il moyen d'ailleurs de la remplacer avantageusement et de faire jouer par