Touchard-Lafosse, t. II, liv. III, chap. vi
moins aussi volontiers qu'en avant, se préoccupait avec obstination de sa ligne de retraite et déclarait sans vergogne qu'il se déroberait au besoin au contact de Napoléon, dût-il se rembarquer *. Il finit cependant par avancer, battit Oudinot à Grossbeeren le 23 août, Ney à Dennevitz le 6 septembre et arriva le 17 octobre à Leipzig. Mais ses alliés durent le stimuler à maintes reprises. Des manœuvres très savantes interrompaient constamment ses progrès; on put se demander un instant, au commencement d'octobre, s'il arriverait jamais, et il a même été possible de prétendre que son intervention active à la bataille de Leipzig fut la conséquence d'un incident presque fortuit. Ses temporisations exaspéraient les officiers; son chef d'état-major, Adlercreutz, notamment, ne se possédait plus : dans un accès de fureur, il entra chez le prince et balbutiant son mauvais français, lui jeta à la face : « Savez-vous ce que l'armée dit de vous? Oui, elle dit que vous avez peur et que c'est pour cela que vous n'osez pas avancer. » Charles-Jean piqué au vif se monta à son tour et donna les ordres de marche ^.
Cette réserve hésitante s'explique du reste fort bien et Charles-Jean en a lui-même indiqué les causes. Moreau l'étant venu trouver, écouta l'exposé de son plan de campagne et le déclara sans ambages détes*