‹ Bernadotte, roiChapitre 61 sur 111 · Correspondance de Talleyrandj p. 218, note · texte numérisé non relu

Correspondance de Talleyrandj p. 218, note

Il voulut des profits d'argent ^ rétablir sa fortune, fortement diminuée par la confiscation de ses dotations françaises. Lors donc que les négociations avec l'Angleterre amenèrent sur le tapis les discussions pécuniaires, il stipula non seulement pour la Suède, mais pour luimême. La Suède eut des subsides destinés à payer ses troupes; le roi dont il était Théritier eut la Guadeloupe, et, plus tard, quand l'île fut restituée à la France, vingtquatre millions en argent liquide*. Le trait est déjà caractéristique, mais voici mieux encore : il songea sans hésitations et sans remords à quitter la Suède, le jour où il crut pouvoir trouver dans un autre pays une situation plus enviable.

J'ai dit comment, aux jours heureux, son imagination débridée concevait des projets grandioses, l'hégémonie de l'Allemagne, par exemple, et d'autres chimères encore. Le jour où Thypothèse de la chute de Napoléon commença à se faire jour, il se demanda ainsi tout naturellement : pourquoi ne le remplacerais-je pas? Sous le Directoire, il avait aspiré confusément au rang suprême et considéré Bonaparte comme un rival gênant. Depuis, ces désirs qui n'avaient pu prendre corps sommeillaient en lui, prêts à surgir de nouveau dès que l'étoile de l'Empereur semblerait pâlir. Or ce moment-là était venu maintenant. Quant à fixer l'instant exact où il rêva de nouveau d'occuper le trône de France, quant à déter-

1. Traité du 3 mars 1813 déjà cité. Convention du 13 août 1814, dans Martens, Nouveau Recueil, t. H, p. 55.

miner les circonstances précises qui purent surexciter ses désirs, c'est chose impossible même à essayer, d'autant plus qu'il ne caressa pas solitairement ses convoitises ambitieuses. Qui les étudie se heurte immédiatement à d'autres personnages, capables eux aussi d'embrouiller les questions et de dérouter les historiens : notamment la plus agitée des femmes, le plus brouillon des politiques et le plus insaisissable des souverains — car Charles-Jean écouta les épanchements de Mme de Staël*, lut des mémoires de Benjamin Constant et reçut des encouragements d'Alexandre*. Il se peut que la question ait été soulevée à Abo. En tout cas, pendant la campagne d'Allemagne, au fur et à mesure que les succès des alliés s'accentuaient, le rêve s'imposa davantage et finit peut-être par influer sur tel ou tel détail de la conduite du prince. Celui-ci traita des prisonniers français avec une courtoisie rare*; peutêtre ne voulait-il pas simplement se montrer dans l'attitude particulièrement seyante du héros victorieux et magnanime et songeait-il à se ménager des complices. Sa conduite permet généralement des hypothèses variées. Une chose cependant demeure certaine : il n'avait à ce moment-là que des désirs, très vifs peutêtre, mais non des projets arrêtés et mûris. Or, quand

l.Lady Blennerhassett, Madame de Staël et son temps, traduit par Dietricht, t. 11, pp. 459 et 582; Albert Sorel, Madame de Staël, p. 58.

2. Schinkel, t. VllI, p. 7'J et 315. — Cf. Lettres de Benjamin Constant à sa famille, publiées par J. H. Menos, p. 515.

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